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Complainte d'un autre vendrdedi


C'est dingue ce que je peux me faire chier. Pas juste aujourd'hui non, en général. Je me fais chier en général, dans ma vie. C'est quelque chose de nouveau pour moi, l'ennui. L'année se termine, je regarde en arrière, je ne peux faire qu'un constat : je me suis gravement emmerdé. Pour la première fois de ma vie, j'ai passé une année de merde, une année à me faire chier. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fait des trucs, j'ai progressé, j'ai pas à proprement parler perdu mon temps. Et c'est peut-être ça le problème en fait : j'ai été beaucoup trop sérieux. J'ai travaillé pour me faire de la thune, j'ai bossé pour résussir mes examens, j'ai écrit (environ 140 000 mots) pour m'aguérir, mais je me suis pas forcément amusé. Résultat, fin juin, un compte en banque bien rempli, un diplôme, deux romans et trois nouvelles, mais aussi une fatigue physique et morale intense, une lassitude générale inquiétante et très peu de mouvement autour de moi. Mes envies d'ailleurs me reprennent, mais mon envie d'écrire ne me quitte pas (Dieu merci).


Comme par hasard pour te faire encore plus chier, tu entends les rires des gens dans la rue alors que toi "tu te racontes sans fin et tu te ressasses. Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre ?"

1.7.05 13:42


Stringfellows, 22/12/04

Il s’installa sur un canapé, toujours en velours, toujours rouge. Bonnie commença à se déhancher lascivement, le regardant droit dans les yeux. Autour de la taille, elle avait un petit bout de mousseline rouge qui lui descendait un peu plus haut qu’à mi-cuisse. Elle le dénoua. Découvrant un string rouge liséré de blanc. A cette vue, il commença lentement à se décomposer. Ses lèvres entrouvertes effleurèrent sa bouche et, en guise de baiser, elle y déposa un souffle. Puis il sentit ce même souffle dans son cou, et ses cheveux lui caressèrent le côté du visage. Il ne pouvait se retenir de haleter, il se noyait dans son odeur. Elle dégrafa sa brassière rouge et découvrit sa poitrine adolescente. Ses tétons se trouvèrent rapidement à quelques centimètres de son visage. Elle lui tourna le dos, s’allongea sur lui. Il la regardait alternativement dans les yeux et dans les seins. L’axe de ses yeux était légèrement oblique, ce qui lui donnait un air félin. Il se fit la réflexion qu’elle devait avoir vingt et un ans, peut-être vingt-deux. Elle était bien trop belle. Elle enleva son string. Elle était épilée intégralement, comme pour jouer encore plus à la petite fille subitement devenue femme. Elle continua sa danse lascive, elle acheva de le démanteler. Le moment devint critique, son cœur flirtait avec les cent-vingt pulsations minute. Elle déposa alors un léger baiser sur sa joue droite et lui dit tout doucement merci. La magie prit fin. Il fut debout. Il fut marchant. Il fut assis. Il ne fut plus… l’espace d’un instant.

2.7.05 18:50


Les oiseaux se cachent pour mourir


Laisse les gondoles à Veniseuh


Le printemps sur la Tamiseuh


Ne défait pas les valiseuh


On est siii bien



On est si bien que ça ? Je demande à voir. On avait quand même prévu de partir en vacances, on a fait les valises et tout, on a les billets d’avions… on va pas rester chez nous comme des clandés quand même, merde ! T’es chiante à toujours changer d’avis au dernier moment. Je te signale qu’on a pas pris d’assurance annulation. T’es pénible Sheila, t’es vraiment pénible.


Il paraît que les oiseaux se cachent pour mourir. Il paraît aussi que personne en a rien à battre. Moi en tout cas je m’en branle. Je dis ça parce que je viens de retrouver un piaf qu’était venu agoniser dans mon imprimante. En l’occurrence, c’était un oiseau qui s’était caché pour mourir, mais mal. J’en ai chier pour le virer de mon bureau parce que ces trucs là ça vole. Il a fini par s’enfuir par la fenêtre de la salle de bain. Il ira claquer ailleurs. Tout ça pour dire quoi ? Que je sais pas ce qu’est la compassion, que ce soit pour les oiseaux ou pour les humains. Que les problèmes des autres me font chier, qu’ils ont toujours l’air moins passionnants et plus graves que les miens. Que Sheila est une chieuse et que c’est la dernière fois que je planifie des vacances avec elle.


3.7.05 15:55


Mythologie

Samedi j'ai fait les soldes.


Le mythe, c’est quoi ? C’est une ontophanie. A la base de toute la cosmogonie de la Grèce antique, tout ce qu’il y a c’est le pourquoi qui a commencé à hanter l’homme du moment où il a pris conscience du temps. Parce que prendre conscience du temps, c’est comprendre qu’il y un après et un avant, et l’homme qui forcément ne connaît que l’homme ne peut s’empêcher de se poser la question de savoir ce qu’il y avait avant. Pourtant c’est pas tant de savoir comment il est arrivé là qui l’intéresse, que pourquoi. A ce titre le mythe des origines le plus frappant est celui des Egyptiens : Atoum, le premier Dieu, le principe vital finalement, naissant de Noun, le chaos originel où rien n’était différencié. Et qu’est-ce qui est frappant là-dedans ? C’est qu’il naît de sa volonté propre, il a décidé de naître. Ce qui veut dire qu’avant même d’être, il possédait déjà une volonté, donc avant l’être est la volonté d’être. L’homme confronté à la question de savoir pourquoi et comment le cosmos a été créé, monte des cosmogonies d’une complexité extrême pour cacher le fait que sa seule réponse à la question est que la vie est apparue parce que telle était sa volonté. Et notre science moderne ne nous dit rien d’autre. Elle nous dit  que le vie naît là où elle trouve des conditions favorables, elle nous dit en détail le comment mais jamais le pourquoi. Le mythe des origines égyptiens, à bien y regarder, n’a pas l’air plus absurde ou invraisemblable que la théorie scientifique actuelle. Elles ont chacune leur lot de monstres, d’explosions et de mutations. Et finalement tout ce qu’a fait le monothéisme, et notamment dans l’Ancien Testament la Genèse, c’est mettre Quelqu’un derrière cette volonté, rien de plus. C’est ça Dieu.


 


J'ai trouvé une super belle cravate chez Bil Tornade. 

4.7.05 18:10


A toutes les putes que j'ai aimées avant


 

J’avais huit ans et j’ai fait boire la tasse à Abdallah à la piscine municipale parce que lui aussi il était amoureux d’Aurélie. Elle l’a jamais su, que j’étais amoureux d’elle. Un jour j’étais ado et je l’ai croisée dans une autre piscine, elle faisait de la natation synchronisée et quand elle me l’a dit j’avais aucune idée de ce que c’était. Aujourd’hui son hymen doit plus être qu’un vieux souvenir.
J’avais dix ans et Nadia, une de mes cousines, m’a enfermé avec elle dans une chambre et m’a embrassé, elle avait trois ans de plus que moi. Un soir on dormait ensemble dans mon lit, tête-bêche, et j’ai glissé mon pied sous sa chemise de nuit pour vivre mon premier contact avec une chatte. Aujourd’hui dés qu’on se voit, on s’engueule et j’ai toujours envie de coucher avec elle.
J’avais onze ans et dés que j’ouvrais la bouche pour parler à mon kiné c’était pour échafauder des plans concernant Emma, ma voisine du cours de math. J’ai fini par traiter sa jumelle de macaque, ce qui a définitivement hypothéqué mes chances. J’ai rêvé d’elle la semaine dernière.
J’avais treize ans et à toutes les récrés je me battais avec Sandrine et j’angoissais en me disant qu’il fallait que je sorte avec avant qu’on me pose mes bagues et que mon acné empire. Aujourd’hui j’ai plus de boutons et des dents droites et elle était amoureuse de mon meilleur pote.
J’avais quatorze ans quand j’ai écrit une lettre à Aurélie, une autre Aurélie. Une lettre que je lui ai jamais donnée. Trois ans plus tard elle m’expliquait qu’elle s’était retrouvée seule chez elle avec son mec et qu’il s’était barré alors qu’elle était prête à coucher avec lui. Je l’ai croisée à la gare y a un mois et s’il le faut, je suis prêt à me couper un doigt pour baiser avec elle.
Aurélie, Nadia, Emma, Sandrine et l’autre Aurélie étaient blondes, toutes.

Bonnie aussi est blonde...

(Ai achevé Women de Charles Bukowski)

5.7.05 00:00


Daphné

Je m’essouffle les amis (hypothétiques). J’ai même plus le cœur à me branler, c’est vous dire. Je devrais écrire, mais j’ai pas l’énergie nécessaire. En ce moment, y une douzaine d’éditeurs qui tiennent ma vie entre leur main et ils le savent même pas. Les gens changent sans arrêt autour de moi et j’ai toujours pas trouvé ce que je veux. C’est vrai que le niveau d’exigence est salement élevé.


Daphné. Une fille droite animée par une farouche volonté de s’investir. Tout du moins c’est ce qu’on ma dit d’elle. Moi. Un (ex ?) branleur égotique amoureux d’une chimère, fatigué et instable. A priori, rien à voir. Oui mais voilà, Daphné est ravissante, Daphné est comme une sucrerie et moi j’adore les bonbons même si je les aime tellement que je fini souvent avec des caries et mal au ventre.


Bonnie. Ma chimère, je sais même pas son vrai prénom. Les six mois passés dans son obsession sont symptomatiques du vide de ma vie. Pas de passion, pas d’amis, pas de copine ; elle est venue prendre toute la place. Pour elle, j’ai griffonné un jour dans mon carnet noir « Je veux […] arquer mon être dans le sens de toi ». C’est exactement ce que j’ai fait. Aujourd’hui elle est l’alpha et l’oméga.


Si on s’arrêtait à delta. Delta comme Daphné.  En grec, ça veut dire laurier. Je devrais m’arrêter à delta, mais j’arrive pas à me sortir mon ange rouge de la tête. Daphné est ravissante mais elle est tout ce que je déteste : étudiante coincée  en philo slash lettres. En fait, si on veut, Daphné est un accessoire. Ironie du sort pour une fashion victim.


Je suis à bout, je sais pas ce que je leur veux aux filles. Je suis attiré par les filles que je trouve féminines mais ma conception de la féminité étant celle d’un phallocrate arriéré (ou peu s’en faut), les filles qui m’attirent m’ennuient profondément. Je considère l’ensemble du sexe opposé et une vague de découragement m’envahi. Je m’écroule avant même de m’être lancé dans la bataille. Est-ce que je les aime tellement que je les déteste ? Est-ce que ma souffrance vient du fait que je ne parviens pas à rester indifférent alors que je les crois incapables de me satisfaire ?


Daphné donne-moi la réponse, via ton corps et ta bouche. J’ai besoin d’y croire encore. Oui, ça se trouve c’est tout simplement ça, j’ai juste besoin d’y croire.

6.7.05 15:09


Bonnie

Hier j'avais un pass pour deux pour le Hustler Club, rue de Berri. C'est là que travaille désormais Bonnie, mon ange rouge. Je n'y suis pas allé. Pourtant ce n'est qu'un détail. Ce n'est qu'un détail parce que, outre cette décision, j'ai également pris celle de lui faire mes adieux la prochaine fois que j'y retournerai. J'attendrai la rentrée et de savoir si mon roman (éponyme) a trouvé un éditeur. J'irai la voir, je paireai et elle dansera pour moi, je lui dirai à quel point elle a compté pour moi, je lui dirai adieu et, si livre il y a, je lui donnerai.


Je n'avais jamais imaginé avoir un jour la force de prendre cette décision. J'avais toujours cru que seuls les événements la séparerait de moi, jamais que cela procéderait de ma volonté. Mais après six mois d'obsession et un mois après l'achèvement du roman, le désir est né en moi de pouvoir évoluer en dehors de cette fascination perpétuelle, cette emprise exclusive. J'arracherai à ma vie une beauté et une grâce infinie car il n'y plus rien à en tirer si ce n'est la sensation fugace qui me prend parfois d'être incommensurablement misérable. Il me restera quelques poèmes, ce roman, des images qui se flouteront avec le temps, que je peinerait de plus en plus à évoquer.


J'eusse aimé mettre le monde à ses pieds, l'élever au-dessus des terriens que nous sommes. Je ne l'ai pas réellement connue - car la retenu était dans tous les mots que nous avons échangés, et la fille cachée derrière ces bouts dérisoires de tissu qui faisait la strip-teaseuse - je ne l'ai pas connue, donc pas aimée, mais elle a peut-être été celle qui a le plus compté dans ma vie. J'ai cru un jour l'avoir perdue, et j'ai alors vu mon monde s'écrouler autour de moi comme une forteresse de sable piétinée par une bande de mauvais garçons. Qu'est-elle, elle qui comble le vide, prend tout la place ? Pourquoi dois-je renoncer à tant de beauté ? Comment vais-je le faire ? Quelles traces laissera-t-elle en moi à terme ?

7.7.05 15:17


Genet

Quelle langue est plus belle que celle de Genet ? Cette incroyable pureté syntaxique émaillée de termes argotiques mise au service du trivial le plus poétique, cet enchevêtrement de segments de phrase, propositions, appositions. Ces incroyables effets de suspension. Toutes ces choses qui donnent à sa phrase ce rythme lent, lancinant presque. Sa langue est un éther, elle lénifie. Mais il nous offre aussi des jeux sur les sons en dehors de la musique si particulière de son écriture. Le plus évident, c'est cet usage régulier de la dérivation et de la répétition qui ne se contente pas de décliner les sonorités mais donne également une unité supplémentaire à sa phrase. La langue de Genet est un émerveillement incessant. Elle ne nous dit rien d'autre que la beauté et le trouble où elle le plonge. Elle nous surprend sans cesse par sa richesse et son audace faite de construction à la limite de la rupture mais tenant toujours en parfait équilibre sur un fil des plus fins.


"Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux, né pour être mac, si noble d'allure qu'il paraissait être nu toujours, moins ce geste ridicule et m'attendrissant : le gros dos, tantôt sur un pied, puis sur l'autre, qu'il devait faire pour enlever son pantalon et son caleçon. Ondoyé, c'est-à-dire béatifié aussi, canonisé quasi, fut Mignon, avant sa naissance dans la ventre chaud de sa mère. On lui fit cette sorte de baptême blanc qui devait, dés que mort, l'envoyer dans les limbes; bref, une de ces cérémonies brèves mais mystérieuses et extrêmement dramatique dans ce noeud serré qu'elles sont, somptueuses, où furent convoqués les Anges et mobilisés les suppôts de la Divinité et la Divinité elle-même."

8.7.05 13:36


Un monde de Barbie

J’aime ma crasse, grâce à elle je me sens exister. Rester trois, quatre jours sans me laver, ça me dérange pas. Pourquoi être obsédé par la propreté, pourquoi prendre deux douches par jour ? De quoi ils ont peur ? Ils me font rires ces gens qui flippent de tout, genre ils font tomber de la bouffe par terre et après ils veulent plus la manger. Comme si y avait des maladies hyper virulentes qui traînaient par terre et qu'ils allaient se retrouver terrasser par ebola ou je sais pas quoi. Ou alors ils bouffent pas les fruits sur les arbres. Qu’est-ce qu’il y a ? T’as peur de la chiasse ? Mais bouffe la cette pomme, si t’as la chiasse ça va pas te tuer. Tout est aseptisé et les gens trouvent ça cool. La boulangère prend une pince pour te filer ton croissant comme si on la soupçonnait d’avoir la peste et personne trouve rien à redire. Et les bonnes femmes sont outrées parce que je mets mes pieds sur les barres du métro. Nan mais faut arrêter la paranoïa. Moi, j’en ai rien à battre de l’hygiène et pourtant je suis jamais malade. Quand j’ai la chiasse je vais aux chiottes et point barre, mais je me prends pas la tête à savoir si tout est bien net et propret, si c'est la poire de mon jardin qui m'a filé la courante ou pas. Plus j'observe cette sorte de psychose galopante de l'aseptisation à tout prix, plus j'en viens à croire que le rêve des gens c’est de plus avoir de merde qui sort de leur cul. Un monde sans chiotte où tout serait propre et où tout sentirait bon, comme un monde de poupée Barbie. Les meufs auraient pas de trou du cul et pas de chatte comme les Barbie et les mecs on serait comme des Ken, avec un slip inamovible et rien dedans. On arrêterait de baiser et on serait tous contrôleur de l'hygiène. On passerait six heures par jour à se laver, et six autres heures à nettoyer sa barraque. Et comme Barbie on aurait un camping-car rose. Chouette, non ?
9.7.05 15:31


A Movable Feast

Hier une addition de deux-cent euros au Caveau du Palais et une bouteille de vodka descendue à deux sur le Champ de Mars.



 


J'ai une sainte horreur du dimanche, surtout quand le samedi soir a été tumultueux. Le dimanche est le lendemain de fête par excellence. Rien d'autre à faire de se repasser le film des bons moments de la soirée de la veille, rendant ainsi plus sensible le caractère vide et creux de la journée qui la suit, et souvent de celles à venir. Je déteste les lendemains de fête, comme j'ai détesté les lendemains de Bonnie. Rester seul avec ces instantanés imprimés au fond de la boîte cranienne qui semblent fait uniquement pour me rappeler qu'ils sont l'exception alors même que je souhaiterais qu'ils soient la règle. Je veux juste m'amuser tout le temps, tous les soirs. Faire des conneries, chanter faux, gueuler n'importe quoi, faire des rencontres, embrasser des inconnues, me battre avec des inconnus, vivre. Que, dans la mesure où la fête ne se cantonne pas à un seul jour, elle ne puisse pas avoir de lendemain.


Je déteste ce putain de sentiment de nostalgie de merde qui vient m'étreindre par instants pour me dire que je n'ai pas la vie que je veux.


 

10.7.05 18:27


Steph'

J'aimerais nous (qui?) replonger au coeur de l'été 1999. La vie de lycéen s'achevait et pour moi commençait celle d'étudiant. Lors une des nombreuses soirées passées chez mon meilleur ami de l'époque devant M6 et son Boulevard des Clips, avec une bouteille de coca, un paquet de mikados, un paquet de chamalows et un morceau de leerdammer, nous tombons sur ce clip hallucinant. Tellement hallucinant que je ne suis même pas sûr qu'on ait pensé à rire tout de suite. Un jeune chanteur africain remuant, vêtu d'un costard trop grand et mal coupé, incrusté sur un fond tantôt orange, tantôt vert, tantôt mauve, tantôt montrant une forêt filmée de traviole défilant à la vitesse d'une jeep fatiguée, "chante" une chanson aux paroles sibyllines, voire mystiques. Apparemment Steph' est partie, depuis il nage mieux, mais il attend quand même son retour pour retrouver la joie de vivre. Forcément quand nous entendons "cela t'as irrité, t'es partie", nous pensons "cela t'as irrité tes parties". Exemple frappant de comique involontaire. Comme je ne suis pas mesquin, je ne ferai pas mention du playback mal synchronisé à la première reprise du refrain (2min 15sec), je me contenterai de saluer l'ingéniosité du réalisateur qui a su, avec peu de moyens, nous offrir un des plus beaux clips qu'il m'ait été donné de voir.


 


Bien sûr ce clip est bien plus qu'une perle, c'est une mine d'or et l'on ne saurait en épuiser toutes les ressources : paroles, musique, justesse du chant, instrumentalisation, réalisation, esthétique. Itoura Moussongo a illuminé l'été de mes dix-sept ans, il m'a laissé un souvenir impérissable et je rêve de le voir un jour en concert. A ce titre, je tiens à remercier le responsable de la programmation des clips de la nuit de M6 qui officiait en 1999. Mais assez de bla bla, place à la musique. 


Itoura Moussongo - Steph' (mpeg)


(Si vous avez vu ce clip en 1999, alors vous avez aussi vu celui d'un certain Anus, intitulé Tata Vespa. Aidez-moi. Que devient-il ? Pourquoi ? Où puis-je trouver son clip ?)

11.7.05 16:45


Jeunesse

Demain mon meilleur ami signe son premier CDI. Un de nos très bon pote a son diplôme en poche et est actuellement en stage. Il est le prochain sur la liste. Ses amis à lui, que j'ai rencontrés y a pas longtemps, sont tous dans la même situation. Y en a même certains qui bossent depuis un certain temps, et y en a même un qu'a un gosse.

Les choses changent, les gens aussi, et même si je cours vite, le monde du travail me rattrape. Et ça m'angoisse. La vie d'étudiant, c'est bien. Les soirées en semaines parce que de toute façon tout le monde sèchent les cours du matin; les flammekueches chez Maître Kanter à 3h du mat'; les cuites régulières parce qu'ont n'a pas à assurer au boulot le lendemain; les milles et une façons d'accommoder les pâtes; les virées en Noctambus parce qu'on a pas la thune pour le taxi; la bière à 33 centimes le demi-litre chez Lidl; les gueules décalqués dans le premier métro quand on croise les gens qui vont au boulot; les meufs sur lesquelles on fantasme à la fac et qu'on finit par rencontrer parce qu'en fait c'est une copine de machin qui connaît bien truc qu'est en TD avec nous. Je veux pas que ça s'arrête. Je veux pas voir les gens autour de moi devenir sérieux et se ranger.

Est-ce que la jeunesse se calculerait pas en nombre de conneries plutôt qu'en nombre d'années ?
12.7.05 20:09


London 2012


Je comprends pas qu'on ait perdu les JO. On avait pourtant bossé comme des dingues sur les logos.

13.7.05 19:22


Julie

Elle est venue et elle a dit : « La vie c’est pas regarder la mer et se demander ce qu’on va faire demain ». Ça l’est pas mais peut-être que ça devrait, en tout cas j’aimerais que ce le soit. Je pense que c’est jouable. Elle aime sa mère et elle déteste son beau-père. Mais son beau-père gagne des tonnes de frics et c’est grâce à lui qu’elle habite dans un cent-vingt mètres carrés à Neuilly, qu’elle porte un jean Diesel, une veste Prada et un sac Vuitton. Tout du moins c’est ce qu’elle portait hier. Sa couleur préférée c’est le rose. Pour ça faut habiter sur la côte, peu importe laquelle mais sur la côte, sinon je vois mal comment on peut regarder la mer tous les jours. Et faut pas bosser trente-cinq heures par semaine parce que si c’est le cas on sait très bien ce qu’on va faire demain. Pour les trente-cinq heures j’en suis loin, c’est ce que je bosse par mois, il faut juste que je déménage, faut que je choisisse une mer. Elle se plaint tout le temps de son copain parce qu’il lui dit qu’elle est grosse. Je comprends pas, elle fait un petit trente-huit seulement. Elle se plaint qu’il la ridiculise en face de ses amis mais elle l’oublie le sac Dior et les week-ends à Deauville. Peut-être une île dans le pacifique, là-bas une cabane suffit, le seul problème c’est les moustiques, j’ai horreur de ça. Mais là-bas y a rien à faire demain. Faut voir, ça coûte rien d’essayer. Au début son copain a fait semblant d’être juif, parce qu’elle l’est. En fait il est Arménien, chrétien orthodoxe, mais elle l’a toujours pas dit à son père. Leur vie, ce sera jamais regarder la mer et se demander ce qu’ils feront demain.

14.7.05 15:18


La plage des conflits

Ai découvert que se couper soi-même les cheveux n'est pas forcément synonyme d'échec. Ai passé une partie de la nuit à commenter une documentaire animalier sur france 5 avec mon meilleur pote. On a les 14 juillet qu'on mérite.

15.7.05 05:02


Daphné

Elle a de grands yeux. Déposer un semblant de baiser à la commissure de ses lèvres. Lui dire quelque chose, quelque chose de beau, peu importe quoi. Qu'elle ne réponde pas. Il n'y a rien à répondre à ça. Je ne demande pas grand-chose. Du silence en forme de corps. Il n'y rien de vrai à se dire.


"J'ai trop mimé ces gestes qu'il faut sublimer"

16.7.05 15:43


Départ

L'avion décolle dans quelques heures. J'ai du mal à laisser cette ville que je quitte pour la première fois depuis six ans. Il y a tant de Paris en moi que ce départ revêt quelque chose d'incompréhensible. Je n'ai plus envie de partir, mes vacances à moi sont ici, mes étés sont parisiens. Je me lasserai de la mer, du soleil et des beignets au sucre, des barbecues à la Madrague rythmés par le bruit des vagues, sur les falaises en bas. Le départ est toujours pour moi une forme de fuite. Je n'ai rien à fuir ici.
17.7.05 06:48


“Waouh du nutella” 

 Si vous allez faire un tour sur le site de nutella, vous tombez sur la rubrique génération nutella. Génération nutella ? Ce qui est édifiant ici, ce n’est pas que des publicitaires aient créé ce concept (c’est leur boulot), mais bien qu’il recouvre une certaine réalité. C’est le propre du nutella que de ne laisser que très rarement les jeunes indifférents. Aficionado moi-même, combien ai-je croisé de personnes partageant ma passion (souvent des filles) ? Peu de choses fédèrent une génération en manque cruel de repères et encline à toutes les dérives, si ce n’est le nutella.

Qui a créé le nutella ? A-t-on pensé à lui décerner la légion d’honneur ? S’il est mort, à quand une rue à son nom ? Que faire quand en plein hiver, il fait douze degrés dans votre studio parisien et que votre nutella s’en trouve transformé en bloc intartinable ? Faut-il tartiner le nutella au couteau ou à la cuiller ? A quand le pot d’un kilo cinq ? Pourquoi une fille qui mange un pot de 750g de nutella prend-elle trois kilos ? Les gens qui n’aiment pas le nutella sont-ils normaux ? Pourquoi existe-t-il des ersatz ? Qui les consomme ? Le nutella peut-il être, comme certains le pensent, considéré comme une preuve de l’existence de Dieu ?

18.7.05 17:36


Vincent Lacourière

Vincent Lacourière est mort. Vincent Lacourière est mort y a un peu moins de dix ans, l’été de son passage en seconde à approximativement quinze ans. Vincent Lacourière a été écrasé par une chauffarde bretonne qui conduisait avec ffice:smarttags" />2,1 grammes d’alcool dans le sang alors qu’il faisait du vélo sur les routes… bah de Bretagne. Vincent Lacourière et moi étions dans la même classe en 3ème mais nous n’étions pas amis. Nous appartenions à des groupes différents. La mort de Vincent Lacourière m’a laissé froid et encore aujourd’hui je n’arrive pas à me sentir ne serait-ce qu’un petit peu triste. Je me souviens avoir fait des blagues sur Vincent Lacourière au lycée, et j’en ai aussi probablement fait après le lycée, mais ça je ne m’en souviens plus. Tout ça pour dire que certains vivent et d’autres pas. Vincent Lacourière était peut-être populaire au collège alors que moi non, mais moi je suis vivant et lui pas. Collégiens loosers qui avez échouez sur ce blog, prenez exemple sur moi : attendez la fac pour devenir cool, d’ici là ceux qui vous font de l’ombre aujourd’hui seront morts.

19.7.05 19:34


Bonnie & moi – Bonnie est un idéal

Un bon nombre de personnes auxquelles j’ai parlé de Bonnie (cf 29/06 et 2, 6 et 7/07)  m’a demandé « Mais qu’est-ce que tu vas faire ? » Invariablement, on m’a vu répondre : « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? » Là j’ai eu droit à une seule suggestion qui peut se résumer à ça : « Tente ta chance, t’as rien à perdre. » Suggestion accompagnée selon les personnes de différents argumentaires, parmi lesquels : une strip-teaseuse, c’est une fille comme une autre, ça sort avec des mecs normaux – mieux vaut prendre le risque, plutôt que de se réveiller à quarante ans avec des regrets – j’ai des amis qui sont sortis avec des putes (sic) – faut que tu la sortes de là. Inutiles de prendre chaque argument individuellement pour les démonter, ils sont d’ores et déjà bancals. De plus, ils ne sont qu’un symptôme de l’incompréhension du problème réel. Certes les arguments clochent, mais ce qui cloche avant c’est la suggestion même de prendre ma chance avec Bonnie.


Bonnie n’est pas à proprement parler une personne, elle est une illusion. Pour moi, elle tient avant tout de l’idéal. Dans le moindre de ses gestes, la moindre de ses mimiques, la moindre attitude, elle est ce à quoi j’ai toujours aspiré. Elle est ma part de rêve et c’est là que se fait le décalage. Car je ne vis pas dans le rêve, j’existe dans la réalité. Et dans ma réalité, il n’existe rien à la hauteur de ce rêve qu’elle est. Il n’existe pas de sentiments assez fort et pur pour apporter une réponse à ce qu’elle est. Il me faudrait être capable de lui offrir un amour idéal, un bonheur idéal, toutes choses qu’on peut souhaiter à la différence près que pour être dignes d’elle, elles ne sauraient être entachées d’aucune imperfection. Le problème qu’elle me pose, c’est qu’elle est une anomalie. La moindre des choses à faire pour elle serait de mettre le monde à ses pieds.


Et là si quelqu’un me lit, il se dit que je suis con. Que c’est une personne comme les autre et qu’elle serait bien contente d’aimer et d’être aimé en retour. Je sais bien que c’est une personne comme les autres, je le sais, c’est juste que je suis incapable de l’admettre. Je ne suis pas capable de la voir comme ça. Donc je ne peux pas ne serait-ce que m’imaginer avec elle. Et oui, ce n’est pas parce que j’ai conscience des mécanismes qui sont à l’origine du problème que le problème est réglé, loin de là.

20.7.05 17:47


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