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Déposez vos CV à l'accueil
(Pendant que je rédige mon post, le propriétaire du cybercafé est train de faire la prière près de son bureau. Folklore, quand tu nous tiens.) |
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1.8.05 12:01 |
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Trinité ou trois types de Tipaza
On fait de drôles de rencontres ici quand le hasard s'en donne la peine. D'abord, c'est bien sûr Moustapha, le platrier, qui a croisé mon chemin, lui qui rêve de repartir, quitter la terre de sa souffrance; rêve de Colorado et D'Arkansas comme il rêve de Kate Winslet, mais surtout de Brooke Shields. Casquette blanche sur la tête, dentition pourrie qui refuse de se ranger, il traîne ses claquettes et sa carcasse de cigogne dégingandée dans les ruelles de Chenoua où tout le monde le connaît. Devant un café qu'il m'offre, il me demande de retrouver pour lui, là-bas, à paris, une femme qu'il a rencontré il y a trois ans en Bulgarie, une aveugle : Evelyne. Je lui dis que j'essaierai. Et c'est vrai, j'essaierai.Sur les hauteurs de Tipaza, alpagués par trois hommes qui semblaient ne pas me vouloir que du bien, je fus tiré d'affaire par un gars avenant qui paraissait dix ans de plus que les 28 qu'il avouait. Constellé de micro taches de peinture jaune parce qu'il passait l'après-midi à repeindre sa façade, il m'a expliqué dans un français approximatif qu'il quitterait le pays dés que les formalités seraient remplies. Marié depuis peu à une française, il attend ses papiers. Il reprendra alors son petit trafic, sa débrouille : automobile surtout, pas de drogue, jamais, enfin sauf une fois. Passe en revue le business, Sarkozy, la justice. Et que je n'hésite pas à passer le revoir maintenant que je le connais ! Je ne sais même pas son nom. Et puis il y a Naïm, à qui je loue un kayak le matin pour apprendre l'après-midi qu'il vit en France, à dix minutes de chez moi. Il est là depuis le mois de mai, tous les soirs spliff planqué au creux de la main, parce qu'ici comme il n'y arien à faire, faut bien fumer, dit-il en riant à moitié. Naïm n'est pas en vacances qui fuit les quatre jugement à son encontre qui ont lieu en France : défaut de permis, vol, outrage à agents, trafic de stupéfiant.. Du haut de ses vingt-quatre ans, c'est la deuxième fois qu'il est recherché, la première l'ayant contraint à se planquer en Algérie pendant dix-huit mois; le temps que ça se calme. Dans la rue, sur une chaise de jardin, il me raconte ses plus beaux faits d'arme : affrontement avec sept flics, vol de voitures dans une usine Peugeot, trafic dans une prison alors même qu'il n'était pas incarcéré, cavale à l'hôtel Formule 1 de Bezons; il me demande si je connais Grosses Dents de ffice:smarttags" />la BAC, me fait la liste des collèges qu'il a écumé avant d'être considéré par le système comme une cause perdue : Lakanal, JB Clément, Gay Lussac, Henri Dunan. Il n'a jamais fait de prison mais la taule ne semble pas l'effrayer. Tant mieux parce que je vois mal comment il pourrait y échapper. |
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2.8.05 17:07 |
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Chasse
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3.8.05 22:55 |
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Bonnie encore
Dehors une tempête de sable balaie les rues. Le patron du cybercafé ferme la porte à clé. Bientôt l'orage. Des fois j'y repense. Des fois, je pose ma tête, je ferme les yeux et renaît dans mon esprit l'image de la première fois ou je l'ai vue, cette fois qui m'a fait l'appeler l'Ange Rouge. Des fois, comme maintenant, j'y repense et je trouve ça triste. Et sans être moi-même gagné par cette tristesse, je me retrouve songeur, absent au reste. Encore une fois enlevé par elle; ravi au sens propre du terme. Des fois j'y repense et je me dis qu'il faudra du temps. Des fois son image revient par fragments sans que je l'aie invoquée. D'abord ses seins, puis ses yeux, ses cheveux, sa bouche, ses fesses, parfois même son sexe. Je vis un deuil. Je la verrai une dernière fois... aux Enfers. L'orage - nuit prématurée - a éclaté et le nid de poule en face du cybercafé s'est rempli d'eau. |
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4.8.05 22:53 |
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Ifri
Si on m'avait dit qu'un jour je commanderais une bouteille d'eau minérale à la terrasse d'un café... Lui : Tes cheveux sont doux comme les cheveux d'un ange. Elle : Ta gueule, j'entends pas la télé !
Si on m'avait dit qu'en plus je la boirais... |
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5.8.05 16:27 |
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Je veux rentrer
Les pique-niques sur les quais me manquent. Et les soirées dvd débiles. Et les casse-dalles au nutella à deux heures du mat'. Et les journées gâchées par des après-midi à dormir. Et voir de jolies filles dans les transports en commun. Et les ballades nocturnes. Et les fauteuils verts des Jardins du Luxembourg. Et scruter tous les jours dans ma boîte aux lettres les lettres de refus des éditeurs en me disant que si c'est pas ce roman-là, ce sera le prochain. (Ai achevé La Faim de Knut Hamsun) |
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5.8.05 22:14 |
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Aurore
10 mai 2003. Période de révision. Particulièrement tendue dans la mesure où j'ai pas foutu un pied en cours du semestre. Aux Buttes Chaumont, je révise au soleil. Plus tard je me retrouve, je sais plus trop pourquoi, à République où se tient un concert contre la double peine. Le monde estudiantin parisien engagé n'est pas si grand qu'on veut bien le croire; je retrouve des amis au pied de la statue. Mes yeux se lèvent vers la statue qu'une quinzaine de personne a escaladé. Elle a les cheveux d'un blond terne, presque gris, et des lunettes de soleil. Elle a ce teint pâle qui ne m'a jamais laissé indifférent. On se regarde. Elle respire la liberté. Elle descend de la statue. Comment tu t'appelles? Mutine : La Belle au Bois Dormant. J'ai un journal étudiant à la main, feuille de choux révolutionnaire. Elle le signe : Sushi. Je lui enlève ses lunettes de soleil, découvre des yeux pailletés. Pour quoi faire les paillettes ? Mystérieuse : pour plus tard. Elle me dit que la Belle au Bois Dormant de Disney s'appelle Aurore. Elle part. Je la laisse partir. Pourquoi ? Relents de fidélité? Trois jours plus tard, je quitte Virginie, mets fin à nos trois ans. Le monde estudiantin engagé n'est pas si grand qu'on veut bien le croire, mais Aurore est fuyante, insaisissable. PLusieurs fois je la manque de peu. On me dit qu'elle sera à l'anniversaire de Pauline. Elle n'y est pas. Yulya y est. Elle prend la place d'Aurore. Ce qui est dommage Aurore, c'est que tu ne sauras jamais que tu m'as fait tourné la page, libéré par la liberté que tu exhalais. |
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6.8.05 19:45 |
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Le voleur de couleur
Je veux revenir sur Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, un bouquin qui a confirmé tout le bein que je pensait de son auteur depuis Le Journal du Voleur. En le commençant, je m'étais fait la réfléxion que malgré mes lectures nombreuses et diverses, je n'avais jamais vu (lu) quelqu'un parler des femmes avec autant de ferveur que Genet l'homo peut le faire pour les hommes. Jamais vu autant de dévotion, de sensualité poétique, d'abnégation j'ai envie de dire, au service, à la gloire des femmes. On sent Genet aimer de tout son être, tout son corps, toutes ses fibres poétiques, tout son esprit. Il y a une redition sans condition face à des mâles pour lesquels on le sent prêt à tout sacrifier. Les femmes ont inspiré beaucoup de choses, et pourant à ma connaissance rien d'approchant. Pourquoi? |
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7.8.05 03:01 |
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Retour
Je suis rentré vivant d'Algérie, mais j'en garde des traces.
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7.8.05 17:43 |
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Bonnie toujours
L’écrire toujours parce que depuis sept mois elle m’habite. L’écrire encore pour la mettre hors de moi où elle prend trop de place. Pourtant je ne regrette absolument pas. Rien. Je ferais tout pareil. L’écrire encore et toujours pour garder un trace. Pouvoir dans dix ans mesurer l’ampleur de mon illumination. Les souvenirs ne fanent pas, ils se désagrègent. Ils ne deviennent pas déformés, ils deviennent incomplets. Viendra un jour où j’aurai oublié son visage, les lignes de son corps. Alors je dois les écrire maintenant et écrire comme ils m’ont bouleversé, comme ils ont vrillé mes tripes. Je dois déborder en mots chaque fois que je suis trop plein d’elle. L’écriture n’est pas une thérapie, l’écriture ne nous débarrasse pas de nos problèmes : elle nous apprend à vivre avec. Je dois vivre avec l’absence de celle dont je sais seulement qu’elle existe. Je veux tout comprendre maintenant et tout fixer par écrit pour que jamais je ne puisse trouver ridicule ce que j’ai vécu et suis en train de vivre. Jamais. Ne jamais oublier que tous les mouvements dans ma cage thoracique, elle les a mérités. Tous autant qu’ils sont. Ne jamais oublier ça.
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8.8.05 14:57 |
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Valentine
Longtemps j’ai cru que de l’amour naît l’amour. Que les attentions que vous prodigue l’autre, les délicatesses dont il vous entoure suffisaient à faire fléchir le cœur et créer une certaine réciprocité. J’avais du mal à croire qu’on puisse rester insensible au fait qu’une personne s’attache à savoir ce que vous êtes et à le chérir. Je m’imaginais le corps céder face aux assauts répétés de la tendresse, le cœur faiblir au son des serments de dévotion. Que dans ce climat naissait forcément une forme d’affection, à défaut d’un réel amour, et que s’il arrivait que l’un aime plus que l’autre, les deux étaient tout de même réunis par une sorte de minimum syndical des sentiments. Je voyais en l’amour quelque chose d’apaisant et quelque chose vers quoi on tend. J’ai cru tout ça puis j’ai rencontré Valentine. Elle m’a enthousiasmé au début. Mais il a suffi de quelques jours pour que mon exaltation retombe. J’ai alors découvert avec elle les étreintes suffocantes, les caresses étouffantes, les baisers trop longs, les bips de messages trop fréquents. J’ai parfois eu pitié d’elle ; mais ça a été là le sentiment le plus favorable que je suis parvenu à ressentir à son égard. Quand il lui arrivait d’avoir pour moi un petit geste touchant, chargé de symboles, témoignant d’un réel engagement affectif de sa part – geste dont elle pensait qu’il me toucherait forcément – là, j’avais pitié d’elle. Le reste du temps, les manifestations de son amour n’ont fait que m’agacer et m’incommoder. Cet amour si présent, si évident ; celui-là même qui m’avait fait me dire qu’il fallait peut-être chercher, creuser ici, auprès d’elle. Mais je n’ai rien trouvé pour elle au fond de moi. La vérité est que plus on vous aime et moins l’amour signifie pour vous. Celui qu’on donne et celui qu’on reçoit, c’est le même. On ne fait que se le refiler, se l’échanger comme un bon procédé. Si on ne le redonne pas, on en a trop… et ça écœure. Ça déborde, ça dégouline, c’est baveux et poisseux. Celui de Valentine a débordé sur le papier. Elle m’a envoyé des lettres, où elle a mis ses entrailles et je les ai parcourues d’un œil distrait, en me demandant ce que j’allais bien pouvoir répondre : J’ai peur quand je m’éveille près de toi. J’ai peur que tu t’en ailles dés le saut du lit me laissant là, échouée dans le moelleux de mes oreillers, dépitée de n’avoir pas le temps de tuer l’angoisse du jour qui se lève au creux de ton épaule. J’ai peur de regarder l’heure quand j’ouvre les yeux, peur que tu la voies et que tu t’arraches de mon étreinte pour vaquer à ces occupations qui ne m’importent plus. Je sens encore en moi l’angoisse irrationnelle du lever et de la séparation brusque alors que je brûle de me blottir dans tes bras. Encore : Tu me manques. Ton sourire, ton odeur, ton doux regard et tes touchantes maladresses. Pourquoi tout me paraît insipide sans toi, de ces mots sans saveurs aux réveils chagrins ? Tu me manques. Me reste sur les lèvres le goût de ton prénom que j’aime tant, tendrement piquant et inattendu, qui me rappelle sans cesse que bien malgré moi j’ai cédé à tout ce à quoi je n’aspirais plus. Garde-moi, donne-moi d’autres nuits blanches et des matins qui se prolongent jusqu’au soir. Je veux que me reste l’envie de regarder dormir un homme alors que la nuit trop courte a marqué mon visage et que je suis ivre de sommeil. Tu me manques. Toujours : Garde-moi. Ne me laisse pas te fuir, réussi là où ils ont tous échoué. Surprend moi chaque jour plus que le précédent. Fais moi oublier mes peurs. Fait fuir mes certitudes. Libère-moi de tes souvenirs. Ne te satisfais jamais de mes mensonges. Ne nous livre jamais à la facilité, ne me laisse pas m’ennuyer. Force-moi à t’aimer comme une femme. Garde-moi. Ces mots qui n’avaient aucune résonance, qui ne voyaient pas combien ils étaient déplacés, sans objet, ils me gênaient. Il n’y avait pas de défi parce que le temps qui passait ne faisait que me convaincre que je ne voulais pas la garder, surtout pas. Ces mots, venant d’une autre, j’aurais pu les trouver magnifiques ; venant d’elle, je les trouvais simplement oppressants, presque obscènes. |
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9.8.05 19:05 |
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Courrier des lecteurs
"Les tribulations éthyliques et sentimentales de ce jeune adulte en crise ont un goût de déja-vu. Seule une plume vive et originale aurait pu sauver votre texte d'un banalité ankylosante. Malheureusement, la vôtre est hésitante et parfois maladroite. L'usage du 'on' pour exposer des généralités est très désagréable, par exemple. Pour résumer : votre histoire manque d'originalité et votre écriture d'épaisseur littéraire." Voilà ce que j'ai trouvé dans mon courrier ce matin. Plutôt brutal. Je me suis forcément senti assez mal en le lisant. Puis je l'ai relu et j'y ai réfléchi. Force est de constater que cette critique tombe juste, qu'elle est certes sévère mais qu'elle prouve aussi une bonne lecture du manuscrit. Asa lumière je comprend mieux le sentiment d'instatisfaction que j'avais éprouvé à la relecture de mon roman. Face à cette lettre, ma première réaction a été de vouloir oublier ces mots, les enfouir pour ne pas être paralysé par eux. Bien sûr c'était impossible, je ne pouvais pas oublier. Puis je me suis rendu compte que ces mots ne portait pas atteinte à ma détermination, qu'il ne m'inspirait pas le découragement mais qu'il faisait naître en moi l'envie de progresser encore. Pour que justement on ne puisse plus me jeter ce genre de chose à la figure. Et finalement, je n'éprouve plus que de la reconnaissance pour l'auteur de cette lettre. Je ne prendrai pas ma jeunesse comme excuse pour expliquer mes erreurs, mes égarements dans la rédaction de cette histoire, mais l'extrême jeunesse de ma démarche romanesque. Si j'écris depuis l'âge de seize ans, ça ne fait qu'un an que je me consacre à la forme du roman. J'ai manifestement encore à apprendre, mais ma volonté de parvenir à la publication reste intacte. Cette expérience est totalement bénéfique : elle m'a permis d'en savoir plus sur moi-même puisque c'est la première fois que je n'abandonne pas au premier échec. Cela ne peut que me prouver que s'il est une seule chose à laquelle je tiens, c'est l'écriture. |
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10.8.05 13:59 |
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Action Man contre Docteur X
- Est-ce que je devrais le dire ?- Non. - Pourquoi ? - Parce qu'il y aura personne pour te comprendre. - Oui mais j'avais dit pas de censure ici. *Moi rien que moi sans édulcorant point barre* - Oui mais t'as envie d'avoir des lecteurs quand même. Si tu censures pas un peu, ça risque pas d'arriver. - J'ai envier d'avoir des lecteurs ok, mais en restant moi, pas en faisant du consensuel. Je suis pas consensuel. Je veux être honnête avec moi. Le premier lecteur c'est moi quand même. - Je te dis pas de faire dans le consensuel, mais ça t'es pas obligé de le dire. - Mais ça fait partie de moi quand même. Que je le veuille ou non. Si c'est pas ici, alors ici c'est pas moi. - Bon bah dis le alors. - Je le dis ? - Bah oui, vas-y ! - Voilà : je suis accroc au porno. - Ca t'as fait du bien ? - Non. mais c'était pas le but. - Et c'était quoi le but ? - Juste le dire. D'avancer un peu plus vers ce qui est moi. Mon disque contient plus de 30 gigas de vidéos X, soit près de 75 heures de film. Si je compte les autres supports (vhs, dvd), je dois approcher de la centaine d'heures. C'est pas reluisant, je sais. Je me console un peu en me disant que j'ai jamais payé pour un contenu pornographique. Maigre consolation. Premier film de cul à onze ans. L'addiction vient plus tard, présente à l'état de latence à partir de 20 ans je pense. Les circonstances déterminent son intensité. Elles ont été salement favorables cette année. Comment on en arrive là ? Si je le savais... Internet ? ça aide. Pas à s'en sortir, à assouvir. Les partenaires sexuelles ? C'est sûrement un peu de leur faute. Face au porno, j'aimerais être indépendant mais je le suis pas. Y a eu des périodes de renonce quand je me suis rendu compte que j'étais accroc. Puis les rechutes. Après j'ai renoncé à renoncer. Je m'y suis fait. Et puis y a les périodes de non-célibat, où je dois garder assez "d'influx sexuel" pour la meuf du moment. Je me dit 72 heures d'abstinence avant de la voir. Puis je me dit 48 heures. Et je termine invariablement à 24 heures. Mais le propos n'est pas de diaboliser le porno. La pornographie est quelque chose que je défendrai toujours. De la même manière qu'on ne doit pas interdire aux gens de se bourrer la gueule sous prétexte qu'il existe des alcooliques. Le porno n'est pas une mauvaise chose. Il peut même être beau. En tout cas, parfois, moi je le trouve beau. Ce qui est sûr c'est que le problème ne vient pas de lui, mais de moi. Je refuse de me présenter comme la pauvre victime innocente d'une gigantesque industrie décidé à répandre le sexe et la désolation au mépris de la santé mentale des individus. Vous n' aimez pas les clichés ? Voilà pour vous : j'aime le porno mais aussi : la littérature romantique, la poésie, les ballets. Je n'aime pas : Pamela Anderson et ses clônes, les films d'action, les voitures (et tout ce qui a un moteur en général). Vous voulez savoir comment je compte m'en sortir? Pas tout seul. C'est elle qui viendra et qui fera que le sexe sera autre chose qu'une mécanique. Attention, me faites pas dire ce que j'ai pas dit, je parle pas de grand amour avec violons et folklore à deux balles. Pas mon genre. Non juste une fille naturelle avec laquelle je serais bien quelques temps. Une autre histoire, rien de plus. Simplement une mieux que les autres. |
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11.8.05 17:23 |
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Eden
Peut-être que les événements sont tous conservés dans un autre espace-temps pour qu’on nous les ressorte un jour, histoire de voir comme on avait l’air con à l’époque. Ce serait comme une gigantesque banque de données et on pourrait revenir dans le temps et regarder sans être vu et les autres pourraient voir aussi. Ils pourraient voir notre gueule ce jour où on s’est malencontreusement chié dessus ; toutes les fois où on a fait semblant de jouer de la guitare devant sa glace en écoutant du rock ; le jour où notre mère nous à griller alors qu’on se tapait une queue ; la tête que notre meuf a fait la fois où on lui a dit qu’on voulait l’enculer ; la garde-à-vue où tout le commissariat s’y est mis pour se foutre de notre gueule. Sur le coup on se sentirait vraiment mal d’avoir l’air aussi con mais après on materait la vie des autres et on verrait bien qu’eux aussi ils ont un trou du cul et qu’ils le contrôlent pas toujours, alors on après s’être marré un bon coup, par vengeance, on deviendrait tous super-potes. On dirait : « Tu te souviens le jour où un grand black t’as traité de pédé devant ta meuf et tu t’es écrasé comme un minable ? » Et on en rigolerait tous ensemble en disant que vue la cellulite qu’elle se trimbalait celle-là, ça valait pas le coup de se faire péter la gueule pour elle. Ça doit être ça le paradis, enfin tous frangins, tous plus cons les uns que les autres et pas un seul pour la ramener (sinon on ressort les archives de ses chiottes). |
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12.8.05 21:03 |
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Désir et frustration
Comme si désirer une fille la rendait fuyante. Je constate avec
amertume que les filles que j'ai eues étaient dans l'ombre de celles que j'ai désirées. Hormis Virginie, elles n'étaient toutes que des seconds choix, des lots de consolation, des pis-aller. Je ne suis pas sorti avec elles parce que j'en avais envie, mais parce qu'il fallait donner le change. Ou peut-être ai-je été guidé par une sorte de force d'inertie. Dans mon souvenir chaque prénom en cache un autre. J'ai eu Yulya et pas Aurore. J'ai eu Laure et pas Alexandra. J'ai eu Hélène et pas Marion. J'ai eu Marie-Aude et pas la fille de mon séminaire sur les avant-gardes. J'ai eu Valentine et pas Anne-Sophie. Tout ça n'a que trop duré. Je ne peux plus, n'ai plus la force de transiger. J'aurais Daphné ou n'aurais rien. Je ne veux plus d'un registre à deux colonnes où les faits subsiteraient pâles dans la lumières des projections, où la réalité se résignerait perpétuellement à ne pas coller au fantasme. |
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13.8.05 17:13 |
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"Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant..."
C'est toujours le même schéma. Je me trouve dans un endroit quelconque, peu importe où. Là, entre en scène un très belle fille, de laquelle je ne sais rien, que je n'ai jamais vue auparavant, et en l’espace de quelques instants, sans avoir échangé le moindre mot, naît entre nous une intimité douce et naturelle et nous nous embrassons ; quelques secondes seulement après notre rencontre. La fille disparaît généralement après ce baiser. Il lui arrive parfois de rester un peu plus longtemps. Rarement. Cette nuit, le rêve était différent, clairement influencé par la note que j'ai rédigée hier. En soirée avec des amis, assis en cercle, la conversation se détourne sur moi et un de mes amis pointant une brune au cheveux court dans un débardeur orange m'informe (moi et peu tout le monde) qu'elle s'intéressait à moi il y a peu, mais que ce n'est plus le cas maintenant. La fille elle-même dit que si son intérêt est passé, c'est parce qu'elle m'a vu draguer une des ses copines avec insistance. La mémoire me revient et je visualise la scène. Alors mes vieux démons me reprennent (comme dans ma note de la veille) et je me dis que si je n'ai pas eu celle que je voulais, j'aurais la fille au débardeur orange. Même si je n'aime pas cette couleur, même si je ne la trouve pas particulièrement jolie (la fille, pas la couleur). Je la prend par l'épaule et nous nous éloignons du groupe. Arrivant dans un cimetière, je l'embrasse près de chauve-souris mortes (romantique n'est-ce pas) et ce baiser ne me fait absolument rien. Le reste du rêve est sans intérêt. Ainsi mon rêve avait un air de réalité : déception, tentative de consolation, vide des sentiments. Contrairement au type de rêve cité au début qui lui me remplit d'une incommensurable satisfaction et tient totalement du fantasme : compréhension au-delà des mots, symbiose, plénitude. Mais là où le rêve se désolidarise totalement de la réalité, c'est que le sentiment qui m'envahit se différencie de l'amour par le fait qu'il ne m'aliene pas. Ce que je veux dire, c'est que sa présence me comble mais son absence ne créé pas de manque. Systématiquement quand je me réveille, j'ai un peu le cafard. Pas d'avoir perdu la fille, mais de revenir dans un monde où ce sentiment n'exitse pas. |
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14.8.05 16:01 |
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C'est joli comme prénom Knut
J’ai lu La Faim parce que, fatalement, quand on aime les écrivains américain du vingtième siècle, on en arrive à le lire. On a beau emprunter des chemins tortueux, toujours il finit par se dresser sur notre route. Y a des livres comme ça. La Faim, livre de chevet de l’immense Henry Miller, est pour moi une semi-déception. Etant donné les recommandations qu’il avait, j’attendais beaucoup de ce bouquin, et il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que je ne serai pas victime du choc attendu. Au début j’ai eu un peu l’impression de relire Le Journal du Séducteur de Kierkegaard, qui est ce que j’appelle un mauvais conseil de lecture. Ça tenait, j’en suis conscient, au fait que c’était ma seule référence au niveau littérature scandinave. Puis peu à peu j’ai réussi à me défaire de cette impression. J’ai vu la singularité de son œuvre. Et peu à peu, j’ai compris pourquoi La Faim était la référence commune d’un paquet de très bons écrivains : ça raconte, en gros, leur vie. Un type qui n’arrive pas à écrire (ou très peu), qui crève la dalle parce qu’il a pas de thune, qui se fait des films et manque de sombrer dans la folie. La force d’Hamsun, c’est d’être un précurseur. Avec La Faim, il pousse plus loin l’entreprise que Dostoïevski avait entamé dans Les Carnets du sous-sol en mettant totalement le côté l’idée d’intrigue et il pose les jalons de toutes cette littérature américaine du vingtième qui sera celle du vécu. Au final, en délaissant l’intertextualité, je n’ai pas réussi à m’approprier ce livre, le héros m’est toujours resté étranger et tout ce qu’Hamsun tente je l’ai déjà vu réussi ailleurs. Ma conviction est que La Faim a vieilli. |
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14.8.05 16:08 |
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Fable urbaine
J'ai horreur des jours fériés, jours qui puent le vide et imposent l'inaction. Stilic se lève et voit sur le calendrier qu'on est le 15 aout, voit sur le calendrier qu'il va crever... aujourd'hui. Stilic se recouche et attrape une revue porno sous son lit pour se taper une queue mais tombe sur une pub pour une agence de call-girls. Crever en baisant, l'idée plaît à Stilic qui en 34 ans de vie n'a jamais eu beaucoup l'occasion de tirer sa crampe. Le calendrier est formel, pas un jour de plus. Alors Stilic prend son téléphone et en commande deux : une brune et une blonde. Stilic se douche avant que les filles n'arrivent. Elles se pointent et avant toute chose il allonge une liasse à chacune. Avec un pourboire : Stilic aime les putes zélées. Une des filles, peu importe laquelle, a vu le calendrier et elle a compris. C'est pas la première fois qu'elle a affaire à un dernier jour. Elle trouve que Stilic est laid mais qu'il a l'air gentil. Stilic n'est pas gentil : il a tué plusieurs fois pour de l'argent, mais ça c'est une autre histoire. Cette histoire-là, c'est celle de Stilic qui se paye du bon temps avant de claquer. Stilic baise. Je passe les détails, ce n'est pas une histoire porno. A la fin, la brune dit a Stilic : "Je sais que tu vas crever." Stilic la regarde et répond : "On va tous crever pauv' conne." La morale de cette histoire c'est qu'on va tous crever. Sauf moi. |
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15.8.05 16:41 |
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Moi
Les gens s’accordent à dire que je suis beau. Je suis d’accord avec eux. Les gens trouvent que je m’habille avec goût et recherche. Au prix où je paye mes fringues, j’estime que c’est un minimum. Ils trouvent que j’ai de la classe. Quand je m’abstiens de cracher par terre tous les deux mètres et de me dévisser le cou dés qu’une fille passe dans un diesel taille 36 ou 38, je pense que je peux en avoir. Ou tout du moins faire croire que j’en ai. Pas mal de gens pensent que je suis prétentieux. Mais je suis juste lucide. La plupart des gens ignorent que je suis crade. Je peux facilement rester deux semaines sans me laver les cheveux et si vous me voyez prendre une douche par jour, c’est sûr qu’il y a une histoire de meuf derrière. Les gens qui sont en cours avec moi pensent que je suis brillant parce que j’ai de meilleures notes qu’eux sans aller en cours. Je suis d’accord avec eux. J’aime regarder le sport à la télé. Je n’ai aucune justification à ça. Pas mal de gens pensent que je suis misogyne. Mais c’est bien plus compliqué que ça. Mes partenaires m’ont dit ou fait comprendre que j’étais un bon coup. Je trouve ça dérisoire mais ça peut toujours servir, des fois que je rencontrerais une fille à laquelle j’ai vraiment envie de faire l’amour. Vraiment. Les gens pensent que je suis paresseux. Je suis d’accord avec eux. Pas mal de gens ont pu être amenés à penser que je suis un petit con. C’est que, voyez-vous, j’aime provoquer gratuitement. C’est un bon remède contre l’ennui. On me prendra rarement en défaut, me verra quasiment jamais mal ou déprimé. Les émotions et sentiments sont chez moi atrophiés, ils ne parviennent pas à prendre prise profondément en moi. Tout ce que je ressens est fugace, passager. Mon premier chagrin d’amour, une Playstation a suffit à le faire passer ou presque. Seule l’enfance m’attendri. La littérature seule me remue. Je n’ai pas de cœur, j’ai un livre à la place. Ce que j’ai aimé, je l’oublie en passant au chapitre suivant. Ce qui sera le plus susceptible de m’intéresser dans la vie, ce vers quoi je vais tendre : tout ce qui aura de près ou de loin un air romanesque. Les gens qui m’ont bien connu ont pu me croire insensible. Ils se sont trompés, j’ai une sensibilité différente, inachevée, limitée, à court terme, mais j’en ai une. La beauté plastique est ce que je vénère par dessus tout. Elle est seule vecteur de mouvement dans ma poitrine. Et ce depuis que je suis tout gamin. Je préfère les blondes. Depuis tout gamin aussi. En CP j’avais six ans et Aurélie avait des cheveux blond vénitien et des taches de rousseur. Quand j’étais ado, j’étais un looser. La roue a tourné, j’ai pris toutes les revanches que j’avais à prendre. Les gens pensent que j’ai un sale caractère. C’est faux, j’ai un caractère de merde. Je prends souvent plaisir à être méchant et je ne suis gentil que pour me faire bien voir. Je ne sais pas compatir. Autour de moi les gens n’ont de cesse d’être remplacés par d’autres. A chaque période de ma vie correspond un groupe d’amis particuliers. Les gens finissent par me fuir et je ne fais rien pour les retenir. Ils n’en valent pas le coup. Ils m’ont toujours prouvé qu’ils étaient remplaçables. Personne n’a jamais vraiment compris que je suis quelqu’un de très exigeant. Mon temps est précieux ; je préfère le perdre que l’accorder à des choses ou des gens qui n’en valent pas la peine. Je vois ma vie en femmes voyages : Asie du Sud-Est, Extrême-Orient, Europe de l’Est, Balkans, Scandinavie. Ces choses m’arriveront, il n’y a pas de raison. Je n’ai qu’une ambition : devenir écrivain. Tout le reste est accessoire. Je ne crois pas que l’amour vaille le coup ou toute l’encre qu’il a fait couler. Je suis trop jeune pour me demander si je crois en Dieu ou non. Je ne sais pas non plus si je crois en l’Homme. Je ne crois pas à ma mort. J’ai encore des choix à faire, des choses à accomplir, des barrières à franchir pour devenir la personne que j’ambitionne d’être, mais au vu de l’évolution des choses ces dernières années, je pense que je suis bien parti. Quand on me le demande je répond que oui, je suis un connard. |
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16.8.05 18:06 |
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Bonnie
Elle : angifiée. Ou angélisée, j’en sais rien. Club désormais miteux. Et quoi faire de mon souvenir ? Club désormais miteux (j’ai dit) et danseuses fatiguées. Putain j’ai mal au bide. Viens m’injecter du romanesque. Intraveineuse foirée, aiguille entre veines et artères, vaisseaux charriant du vide. C’est pas grave, je me l’injecterai tout seul mon romanesque. Pour pouvoir le ressortir par la bouche avec ce qu’il me reste de tripes. Ange rouge (j’ai dit et redirai sans cesse) a fait de mes côte un ailleurs, m’a arqué dans le sens d’elle, angélisée (je préfère). Je commande : quand je me glacerai d’avoir oublier, que de ces côtes que tu as ailleurisées jaillissent des chemins pourraves toujours à refaire, toujours rebroussés, et de quoi dorer cent mille jeunesses, fausse dorure de merde, peinture qui passe en un été. Je jure sur la tête des trav’ de la Porte de Saint-Ouen et sur celle de ceux de la Porte de Clichy – sur leurs visages paumés – que je n’oublierai pas.
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17.8.05 15:24 |
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