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A toutes les mésententes perdues dans l'océan des choses floues
Nous n'avons plus le temps d'un retour en arrière
Nous ne vivons plus dans ce trop-plein |
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1.10.05 00:00 |
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Mon roman
J'écris. J'écris, un peu. Un peu plus chaque jour. Je m'y remet doucement. C'est un travail astreignant. travail de l'ombre dont je ne sais s'il verra le jour. Mais je crois que je tiens le bon bout. J'ai l'impression d'avoir gagné en matûrité, de ne plus faire les mêmes erreurs, d'être capable désormais de prendre du recul. Il ne me manque plus que ces crises de graphomanie qui me font avancer à pas de géant. Elles viendront. Je contiens ce roman, il ne demande qu'à sortit. A moi de lui donner le temps. A part ça. Ce soir c'est la nuit blanche. Comme d'habitude il pleut. Comme d'habitude les chances de passer une soirée galère sont multipliés par cent. On verra bien. |
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1.10.05 20:39 |
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Nuit blanche
La nuit blanche est typiquement le genre d’occasion pour se taper un plan galère. Dehors, c'est plein de lycéens, presque autant qu'à la fête de la musique. Les flics sont chargés de casser l'ambiance en confisquant les bouteilles et le shit. Mais je me dégonfle pas pour autant et passe un coup de fil à François. Allô François… T’as un plan pour la nuit blanche ? - Un plan ? Non. Mais on peut toujours aller au D… .
Après un quart d'heure. à l’attendre à la station Saint-Paul, ébloui par une jeune fille improbablement sublime – qui finira par disparaître à l’arrière du Vespa d’une amie – François se pointe. Sur le chemin du D…, il descend Daphné en flamme. Puis c’est au tour de Julie, à propos de laquelle il m’avouera plus tard dans la soirée qu’il était pris de fous rires quand il la baisait. On arrive. François qui connaît bien le bar salut le patron et on commande à dîner. On parle de nous, de notre amitié naissante. On dit des trucs d’une profondeur ahurissante. On est vachement intelligent. La soirée est jusqu’ici normale. Quand bascule-t-elle ? Quand Jean vient s’asseoir à notre table ? Jean est le patron du bar. Une belle cinquantaine grisonnante, des yeux clairs derrière une paire lunettes sans monture, un timbre de voix qui sent l’excès d’alcool et de tabac. Un charisme énorme. Il nous raconte sa vie de tapette durant l’âge d’or du Palace : baiser trois mecs un jour, trois autres le lendemain et recommencer tous les jours de la semaine. Il nous raconte sa patience : quinze à attendre Yves Mourousi et l’avoir. « Je lui ai dit à Mourousi. Quand tu disais bonjour tous les soirs à la télé, tu le disais pour moi ! Tu le savais pas mais c’était pour moi que tu le disais. » Il nous offre un coup de blanc. Il nous dit son amour, celui que le sida lui a ravi. Lui est passé à travers les balles. Un miracle. Il parle sans cesse. Nous dit qu’il n’y a rien à perdre à essayer de vivre, qu’il faut laisser tomber la trouille, qu’il faut expérimenter. Il se lève et crie : « Bon Régis, ce soir on a fait grave de la thune alors, à partir de maintenant, le bar est ouvert. » Il m’apporte un whisky coca. François boit un martini dry. « Je te dis pas que vieillir c’est le pied, pas du tout. Quand t’as été un des plus beaux mecs de Paris, à cinquante balais tu ranges les miroirs. Mais tu trouves quelque chose quand même. Regarde ce que j’ai ici. Je l’aime mon bar. On en a fait des trucs de fous ici. On s’est retrouvé à trois à servir à poil derrière le comptoir. » Arrive un con avec Fiona Gélin et son chien. Ils nous rejoignent. On parle du passé d’agent immobilier de Jean, du père de Fiona dans les Saintes Chéries, de tout et de rien. Puis je regarde François et je lui dis que si on se fait autant chier en général c’est parce que tout le monde à un balai dans le cul. - Toi le premier. - Quoi ?! - Bah si t’as pas un balai dans le cul, vas-y servir des bières à poil derrière le bar.
C’est pas tout le monde qu’a appris à tirer une bière à deux heures du mat’ en boxer dans un rade du Marais. De l’autre côté du comptoir une certaine Valentine m’enjoint à laisser tomber le caleçon. « Je le fais si tu me roules une pelle. » La balle est dans son camp. Elle me la renvoie pas. Elle demande à voir mes fesses – ou est-ce Jean ? Je les montre. « T’as un très beau p’tit cul. » Ouais mais tu m’as toujours pas roulé une pelle, connasse. Fiona hallucine quand elle me voit descendre pisser presque à poil. François embrasse Adrien. Je tombe amoureux du décolleté de Clara, même si elle tire les bières mieux que moi. Jean me pince le téton. Adrien se fout en caleçon aussi et s’assoit sur le comptoir. J’en ai marre de la bière alors je me sers un whisky : Wild Turkey, je l’ai mérité. Alexandre roule une pelle à François. Alexandre le friqué paumé qui transbahute des mallettes de cash depuis la Suisse pour son père qui navigue dans une nébuleuse mafieuse. Je fini par me rhabiller et me réinstalle avec Fiona et son ami très con qui a la fâcheuse habitude de se foutre de la gueule de tout le monde. François dépose un baiser sur mon épaule. Je torche la Manzanilla du con. Il part avec Fiona et son clebs. Je vais parler avec Régis le serveur qui me raconte qu’un mec s’est branlé sur lui au ciné pendant Gabrielle. Clara a trouvé le film très chiant. Elle est elle-même assez ennuyeuse mais compense par son décolleté. Arrive l’heure de la fermeture. François roule une pelle à une fille très moche. Il dépose un baiser dans le cou de Jean. Je me contente de la joue. On écume les rues jusqu’à Beaubourg et je m’amuse à gueuler sur les gens. « Vous êtes froids ! » - Mais qu’est-ce que t’en sais ? Ça se trouve, elle mouille comme une chienne. - Mais elle mouille que dalle, elle. Elle est froide. Un couple nous regarde. J’interpelle la fille : « Nan mais je parle pas de toi. Je suis sûr que toi tu mouilles. Enfin j’espère. » On rentre dans Beaubourg. Un groupe de jeunes hybrides gothiques métalleux squatte. Je me fous ouvertement de leurs gueules de teen-agers boutonneux quand l’un d’eux me demande si je suis homo. Non. Bi ? Non. Zoophile ? Non. Il part d’un rire franc quand je lui dis que je suis nécro-pédophile. Il se lève et vient nous voir. Il est bi et veut rouler une pelle à François. Ils s’embrassent. François bande. On sort sur le parvis. François fume sa clope en attendant que le gosse nous rejoigne. On discute avec un clodo qui fait cadeau de son sou fétiche à François, une pièce de 1 franc. Le gamin finit par ressortir avec sa copine, le deuxième sosie de Cécile de France de ma soirée. Pierre monte sur le dos de François et il court sur le parvis. Rester seule avec Cécile de France, qui s’appelle en fait Sarah, je cherche l’ouverture. Mais apparemment je suis en froid avec mon sex-appeal puisque c’est la deuxième meuf de la soirée qui reste totalement de marbre à l’idée de me rouler une pelle. En revenant Pierre se proposera bien de le faire mais non seulement je ne suis pas pédé, mais en plus si je devais un jour rouler une pelle à un mec, j’aimerais autant que ce ne soit pas un ado boutonneux. Finalement Pierre ne suivra pas François chez lui, mais prendra tout de même son numéro avant de partir. Ma soirée s’achève sur le quai de la station Invalides où je dépose un baiser sur la joue de François avant de prendre le chemin du retour.
Pour la première fois dans ce blog, j'ai tu le nom d'un endroit et changé le nom d'une personne (Jean) . Je n'estimais pas avoir le droit de l'exposer. |
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2.10.05 15:51 |
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Amitié
Je crois que j’ai compris quelque chose ce week-end. J’ai l’impression d’avoir encore grandi. Je n’aime rien tant que ça. Je crois que j’ai progressé. Pourquoi ? Parce que j’ai compris que je pouvait avoir de la tendresse pour un homme et que je ne devais pas en avoir peur. Que cela ne remettait pas en question mon hétérosexualité, la tendresse n’étant pas désir. Que mes sentiments à l’égard d’un autre ne signifiait pas que j’avais une secrète envie de coucher avec lui. Les amitiés à base de checks (tape dans la main puis poing contre poing pour ceux dont la culture urbaine est déficiente), de commentaires vulgaires voir salaces sur les pétasses qui passent, de remarques onomatopéiques sur le dernier but de Thierry Henry ; amitiés soi disant viriles, ne sont que des leurres. Représentations sans sincérité destinées à se rassurer sur sa masculinité. Pourquoi cette peur ridicule d’être une tapette ? Aimer un autre homme, voir ses faiblesses et lui montrer les nôtres, c’est peut-être la plus intelligente des virilités.
A part ça. J’ai croisé Marlène de Top Model 2005 dans le métro. Je peux vous assurer que ses problèmes de poids sont derrière elle… si tant est qu’elle en ait jamais eu.
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3.10.05 18:03 |
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Mon personnage
Si le personnage a pris le dessus, c’est pas parce que son importance à grandi, c’est parce que la mienne a diminué à mesure que j’ai cessé d’avoir des choses et des gens à aimer. Alors il s’agissait plus d’être, mais juste de donner le change, et c’est ce pourquoi ce rôle avait été composé. On peut choisir de donner ce qu’on est aux gens ou ce qu’ils veulent. En choisissant la deuxième solution, on prend moins de risque parce qu’il y a moins d’enjeux, et en plus on gagne à tous les coups. Mais on gagne que du temps. Le temps de se rendre compte qu’on est devenu ce qu’ils veulent. La foule, c’est distrayant, ça évite de se remettre en question tant qu’il y en a. On s’entretient avec les gens et on se donne en spectacle, on se croit important. On est un peu con et quelque part on le sait, mais on s’en fout. Le vrai soi est toujours à la fois trop complexe et trop terne pour qu’on prenne plaisir à le représenter et pour que les convives daignent s’y intéresser. Alors on rehausse et on simplifie, comme un producteur hollywoodien, pour retenir l’attention de l’audience. Au centre de l’attention, on se sent exister. Alors on part de plus en plus souvent en représentation, pour pas rester seul avec un moi exigeant dont on est fatigué d’avoir à combler les espoirs et panser les blessures. Notre personnage, notre héros, se contente lui des acclamations du public. Parfois on songe à mettre un peu plus de nous dans le personnage, mais on finit toujours par se dire que le public n’est pas prêt. Ce en quoi on a pas tort. Puis on se lasse. Le public aussi est lassé, il applaudit par politesse ; mais on peut pas ignorer les sifflets sporadiques qui parviennent dans le feu de la représentation. On est cuit et on le sait, alors, avec un reste d’élégance, on se retire, comme une star du cinéma muet dont le parlant a précipité la chute. Maintenant on est indésirable. On range le rôle dans le placard en attendant de retrouver un public et on rendosse un moi tout mité qu’on avait oublié au fond d’un tiroir. On tire sur les manches, on est à l’étroit dedans. Il nous va plus. On sait plus comment faire avec lui. C’est comme qui dirait l’heure des retrouvailles et donc l’heure de rendre des comptes. On comprend qu’on s’est fourvoyé, qu’on a pas su combler les exigences de son moi et ça nous retombe sur le coin de la gueule. On est à l’étroit dans son moi, mais pas parce qu’on a grandi, juste parce qu’on s’est empâté, englué qu’on était dans la facilité, vivotant sur un succès dérisoire. J'ai enfilé mon costume tellement de fois que je me demande maintenant ce qu'il y a en dessous. Qui est l'acteur qui joue ce personnage ?
A part ça. A la gare un type avait écrit dans les escaliers "La galère c'est pas la grève, c'est le travail". Ainsi il est parfois des gens quelque part, qui, perdus dans le tumulte, sont frappés d'éclairs de lucidité. |
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4.10.05 15:49 |
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Changement
J'ai tendance à croire qu'au niveau de l'individu les choses ne changent pas. Elles évoluent lentement, selon un cours que l'on a parfois du mal à trouver logique mais dont la cohérence finit toujours pas apparaître, plus tard. Le changement réel lui reste quelque chose d'exceptionnel, le fruit d'une volonté hors du commun. Il ne peut être impulsé que par une énergie comme il en existe peu. Prendre conscience des ornières dans lesquelles nous cheminons et, par un effort surhumain, s'en arracher pour se lancer dans l'inconnu et tout ce qu'il a de terrifiant est certainement l'acte le plus courageux que l'on puisse faire. J'espère que si un jour besoin ait, j'aurais ce courage. A part ça. L’aide aux devoirs que j’anime depuis l’année dernière a vu, à l’occasion de sa reprise hier, le retour d’Ophélie. Ah douce Ophélie…
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5.10.05 21:07 |
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Etats d'âme
Bien sûr les larmes n’ont pas encore coulé et les insultes n’ont pas cessé de fuser. Mais les yeux sont parfois humides et la gorge nouée. Les fois où j’ai pleuré depuis ma sortie de l’enfance se comptent sur les doigts de la main. Cela suffit à prouver combien est significative cette "hypersensibilité". Pas de confusion, il ne s’agit pas ni de tristesse, ni de dépression ou autre mal de vivre. Je ne suis pas plus malheureux qu’un autre ; de fait j’ai plutôt tendance à croire et à affirmer l’inverse. De quoi s’agit-il dés lors ? J’en sais foutre rien. Et s’il s’agissait de faire peau neuve ? A moins que ce ne soit les nerfs près de lâcher suite à l’usure provoquer par un isolement trop long. J’ai tendance à baisser ma garde en ce moment. Vous ne m’avez jamais vu aussi vulnérable pourtant je reste incroyablement fort. Car si les défenses sommeillent, il suffit d’un rien pour les éveiller. Toutefois je n’ignore pas que cette force est vaine et peut-être même me dessert-elle. Je ne me souviens pas d’avoir déjà été aussi paumé. Le problème n’étant pas tant de savoir ce que je veux que de savoir ce dont j’ai besoin. A part ça. Octobre oblige, la Sorbonne s’est repeuplée. Fuck ! j’aimais tellement mieux quand elle était vide. |
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6.10.05 19:17 |
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Menaces et peurs
Où est la menace, Jack ? Partout. Comment ne la vois-tu pas ? Partout les rapports de force et les logiques de conflits, ouverts ou fermés. Je ne suis pas de ceux capable d’embrasser le monde d’un amour universel. Je suis de ceux que la violence n’effraie pas. Ainsi je les vois ceux qui veulent te bouffer ou te marcher dessus, se mesurer à toi. Je prends à Hegel qu’il faut lutter pour être reconnu, pour exister autrement que comme une chose et je laisse le Christ tendre l’autre joue. Je veille à ne pas donner à n’importe qui les armes qui pourraient précipiter ma défaite. Si je ne me suis pas montré, non seulement on ne pourra pas m’atteindre, mais de plus je serai idéalement placé pour contre-attaquer. Partout la menace de l’abandon. Oui, tous nous avons peur d’être abandonné. J’aimerais me livrer à Truc, mais… et s’il venait à m’abandonner, à me laisser seul après ce que je lui ai donné ? Même pas forcément me faire du mal, juste partir. Alors je ne montrerai à Truc que cette facette de moi qui le laissera inoffensif. S’il part ce ne sera pas parce que je suis destiné à être fuit mais parce que ce que je lui ai montré un côté de moi ne lui a pas plu. Mais je peux toujours me dire que s’il avait vu tout de moi, il serait resté. Ne pas s’impliquer, c’est ne pas prendre le risque d’être touché.
A part ça. J'ai de plus en plus l'impression que ma génération ne sait pas s'amuser. J'en parlais hier avec Anaïs qui m'a confié que les meilleures soirée de sa vie, elle les avait passé avec les amis de son mec, lequel a vingt de plus qu'elle. (Ai achevé Un beau ténébreux de Julien Gracq) |
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7.10.05 17:04 |
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Hier, en conclusion d'une soirée relativement merdique – si l'on excepte la présence de Marine, de ses cheveux si blonds, de ses yeux si bleus et de son regard si... – je me retrouvai avec François, sur les coups de trois heures du matin, déambulant en plein cœur du Marais, quand nous vînmes à croiser un jeune homme plus ou moins à l’arrêt, indécis, à un croisement. Deux minutes trente secondes plus tard, sans même avoir échangé leurs prénoms, ils se trouvaient tous les deux tandis que je finissais le chemin vers chez moi seul. Tellement simple. J’ai imaginé que la même chose m’arrive avec une fille (tout en restant conscient que c’est impossible), toujours en quête d’une réponse à cette interrogation permanente sur les rapports à entretenir avec le sexe opposé. J’ai cru quelques minutes que ça pourrait me plaire et de fait je pense que ça pourrait me plaire quelques minutes. Pourtant continuant la projection, j’ai abouti à la conclusion que je ne pourrais pas tirer de satisfaction réelle d’une telle rencontre. Bien sûr ce ne sont que des plans sur la comète et je me trompe peut-être. Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que je ne veux pas que ça arrive comme ça, comme eux. Sans évidence, avec un simple pourquoi pas. Bien entendu si d’aventure l’occasion se présentait, je foncerai, ne serait-ce que pour l’expérience (expérimenter est un principe de vie), mais je doute de trouver là ce que je cherche. A part ça. Les filles sont comme des virus : inoculer vous en une à petite dose et vous vous trouverez rapidement vacciner contre elle. N’est-ce pas, Marine ? |
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8.10.05 19:38 |
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La Libération
On rentrait tous les trois dans le MacDo du centre commercial et on prenait des pailles pour faire des sarbacanes ; nos projectiles étaient des petits bouts de serviettes en papier imbibés de salive. |
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9.10.05 22:41 |
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RAS
Y a des jours comme ça ou on a rien à dire. Ces jours- là pour moi sont généralement des journées calmes et ensoleillées qui m'apaisent, m'apportent leur lot de sérénité. Vus les gens que je voulais voir. Faites, les choses que je voulais faire. Y a des jours comme ça où je ne me prends pas la tête. Y a des jours où je ferme ma gueule et ça fait du bien à tout le monde, moi le premier. A part ça. Il s'est avéré que le garçon que François avait ramassé vendredi soir faisait le tapin. Et oui, c'était une pute... Et tout à coup la donne est changée. |
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10.10.05 17:43 |
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Dialogue
- J’ai horreur de la mendicité et de tous ces mecs qui cherchent à te gratter des trucs sans te connaître. - Ils cherchent juste à s’en sortir. - C’est une méthode que j’arrive pas à intégrer. Pour moi si t’as un minimum de dignité quand la société te signifie qu’elle a plus besoin de toi, qu’elle peut se passer de tes services, qu’elle te rejette, tu t’abaisses pas à ramasser les miettes qu’elle veut bien laisser tomber. Tu vas fouiller dans ses poubelles et bouffer sa merde alors qu’elle t’a craché dessus ? Là j’entrave pas. - Ils ont pas le choix, qu’est-ce que tu veux qu’il fasse d’autre ? - Qu’ils prennent exemples sur les cailleras. Les mecs de la cité, ils sont dans le même cas ils ont pas leur place dans cette société. Et alors ? Ils se la font avec leurs moyens en emmerdant la société au maximum : vols, fraudes en tous genres, deal, économie parallèle. Ils font pas les poubelles en attendant qu’on leur coupe le RMI, ils ont des couilles. - Et ils finissent en taule. - Je préfère m’éclater deux ans avec l’argent de la drogue, rouler en BMW et passer huit ans en taule que passer dix ans dans la rue à devenir une éponge à pinard. Après c’est chacun son choix. - Donc sous prétextes que les SDF refusent de sortir de la légalité, tu les stigmatises ? - Non, mais qu’on me demande pas de les aider. - Peu importe tes arguments, elle me fait, ça c’est de l’égoïsme pur et simple. - J’ai jamais dit le contraire. J’ai choisi d’être cohérent, c’est tout. - Et elle est où la cohérence là-dedans ? - Me dis pas que tu t’es pas rendue compte que la société a des exigences envers nous qui tiennent de la schizophrénie. D’un côté on galvanise les mecs qu’ont réussi en sachant très bien que s’ils sont là où ils sont, c’est parce qu’ils ont écrasé tout ce qui y avait devant eux, on nous vend de l’ultra-libéralisme et de l’esprit de compétition exacerbé ; et d’un autre côté on doit filer de la thune aux myopathes, aux séropositifs et aux handicapés. On se fout de la gueule de qui. » C’est les mêmes instances télévisuelles qui président à la destinée de tout le troupeau qui organise les grandes messes de la charité baveuse, dégoulinante de bons sentiments factices, qui à longueur de temps nous matraque le message de compétition féroce, chacun pour soi, faut réussir. Y a de quoi devenir complètement taré. On me demande d’être Ernest Antoine Sellière et l’abbé Pierre en même temps. Faut pas déconner. J’ai choisi d’assumer l’individualisme forcené prôné par la société et je ressens pas le besoin de vider ma conscience dans les caisses du Téléthon et des Restos du Cœur, c’est tout. » La dernière fois je suis rentré dans une librairie et j’ai trouvé un bouquin d’un certain Abdellatif Laâbi, un poète marocain, et le titre du recueil c’était Le Règne de Barbarie. Je trouve que ça résume la situation à merveille. On est des barbares au même titre que ceux qui ont dévasté l’empire romain, notre barbarie a juste un nouveau visage, un visage économique. Quand la barbarie règne, rien d’autre à faire que d’être un barbare. - Et pourquoi t’as pas choisi le côté l’abbé Pierre plutôt ? - Ça demande trop de temps dans une semaine. Et je suis sûr qu’à la fin de ma vie quand je ferai le compte de tout ce que j’ai pas donné aux pauvres et aux malades, ça fera un beau pactole, quelque chose comme l’équivalent d’un costard Yves Saint-Laurent. Ce jour là ça me fera plaisir de me dire que j’ai pu profiter de ce costard alors que des miséreux, à tous les coups, ils auraient claqué ma thune n’importe comment. |
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11.10.05 16:49 |
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Types
Je suis, je crois comme Jean Genet, à aimer des types. Il chérissait le maque, le soldat, l’ouvrier, le boxeur ; je rêve à la grande bourgeoise, à la pétasse, à la gothique, à la working-girl. Je n’aime rien tant que ces manières d’être immédiatement identifiable, de se ranger avec complaisance dans un cadre préfixé. Je ne sais pas à quoi cela tient. Est-ce un besoin d’embrasser quelque chose de plus large que la personne, de trouver une justification de son intérêt au-delà de l’individu ? Ou n’est-ce pas une manifestation de plus de l’attrait que le romanesque exerce sur moi ? Le personnage de fiction étant bien souvent plus un type qu’un individu. Et si c’était simplement une attraction vers ce que je peux aisément reconnaître comme m’étant exogène, étranger à mon univers ? Une sorte de subterfuge pour tromper l’ennui par l’exotisme. En même, jusque là, ça n’a jamais fonctionné. Oui j’aime des types, j’aime pouvoir greffer des mondes et des histoires sur des corps. Paradoxal pour quelqu’un qui, à toute force, cherche à demeurer incatégorisable. A part ça. Scène digne d’une mauvaise comédie romantique hier soir lors d’un dîner au Procope où Zered s’est rendu compte au cours du repas que l’homme qui occupait la table du balcon était son cousin et que la femme dont il tenait la main n’était pas sa compagne, mère de ses enfants. |
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12.10.05 20:24 |
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Pornographie
Bien sûr il y a dans le porno l’excitation sexuelle pure, celle provoquée par la vision du corps, de l’acte et dans une autre mesure par la dimension symbolique de certaines situations et de certaines pratiques. Mais il y a aussi autre chose, quelque chose de moins évident que l’aspect bêtement bandant du porno, de la mécanique des corps nus – aspect souvent mal compris par les filles, moins réactives aux stimuli visuels que les hommes et généralement laissées froides par la représentation crue et directe d’un acte sexuel. Et ce n’est pas de la manière qu’a la pornographie de renvoyer à l’homme l’image fantasmatique du mâle dominant pour le conforter dans une position qu’il souhaiterait occuper que je veux parler. On peut chercher à savoir si le porno a un rôle cathartique u s’il induit son spectateur à reproduire les schémas qu’il présente certes, mais c’est un autre débat.
Tiffany Hopkins
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13.10.05 16:36 |
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Un beau ténébreux (pas moi, un autre)
"Ce n'est qu'à condition de maintenir haute la tension de la vie qu'on peut atteindre comme une récompense ces minutes d'exception, ces chances de miracles, ces coups de théâtre." Voilà une phrase qui tout de suite vous situe un auteur. Avec Gracq, on joue dans la cours des grands, de ceux qui allient style et profondeur du propos. Gracq ne se contente pas d'écrire merveilleusement bien, avec une syntaxe d'une richesse peu commune, il dit des choses précieuses, vraies. Il éclaire de ses mots ce qui n'était chez moi que de vagues intuitions, embryons de raisonnement. Comme il le dit si bien, je suis persuadé que se battre sans cesse pour ne pas sombrer dans la facilité de ce qui s'offre logiquement à nous que l'on peut emplir son existence de ces moments rares. Ces instants ne sont pas dûs, il s'agit de les mériter, de les provoquer. Un beau ténébreux est connu comme le livre le moins réussi de Gracq, c'est peut-être vrai, je n'en sais rien pour n'avoir pas lu d'autres livres de lui. Mais aussi raté qu'il soit (s'il l'est), ce roman est riche de sa langue et de son propos. Il n'est bien sûr pas exempt de défaut. On peut lui reprocher ses descriptions trop longues et parfois, semble-t-il, superflues, qui lui font perdre de l'adhérence et empêche de pénétrer le livre, ou encore le manque de maîtrise dans les dialogues qui peuvent les faire apparaître trop artificiels. On peut même s'interroger sur la pertinence de la strucutre même du récit qui le coupe de l'intériorité de nombre de personnage important et le contraint à utiliser des procédés discutables. Mais malgré ces réserves, on ne peut que s'incliner devant le talent de Gracq qui joue en virtuose avec le romanesque et la mort. Gracq a su voir ce que le changement a d'exceptionnel et c'est ce qu'il a choisi de représenter, ce moment où un homme abandonne la cohérence de sa vie. Il a compris que seul des êtres doués d'une énergie et d'une volonté à toute épreuve sont capable de sortir des ornières de leur vie, si confortables soient-elles, pour opérer ce changement brusque, ce revirement qui fera dire à d'autres "de ce jour-là, ce ne fut plus le même homme". Il n’est pas aisé de lire Un beau ténébreux. C’est un texte difficile, tout en subtilité, qui s’attache à des mouvements imperceptibles s’effectuant dans l’humain ; un texte à la langue riche, parfois trop, mais si l’on parvient à s’y attacher, la récompense est au bout |
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14.10.05 00:23 |
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Une belle journée
Désoeuvré au sortir de l'école primaire où l'on me paye pour surveiller des enfants mais surtout pour jouer au foot, j'ai échoué comme toujours à la Sorbonne, sans trop savoir ce que j'allais y faire. J'ai vu Sabrina que j'ai encore dévorée des yeux à défaut de trouver des choses intéressantes à lui dire. La présence d'un groupe de quatre mecs avec elle m'a permis de faire étalage de ma culture qui est, pas de fausse modestie, assez étendue, mais je n'ai pas réussi, comme je le souhaite toujours inconsciemment, à monopoliser son attention. Aujourd'hui fut une belle journée. A part ça. J'ai aperçu Daphné traversant la rue Victor Cousin pour entrer dans la Sorbonne. L'occasion de me rendre compte que cette fille est dénuée d'une quelconque grâce ou élégance. |
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14.10.05 16:47 |
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Confusion
Poussé par l'appât du gain plus qu'autre chose, j'ai participé en mars à un concours universitaire de poésie. Dans la mesure où j'ai déclaré la guerre à la poésie en vers, je n'avais que peu de chance de le remporter, mais savait-on jamais. Toutefois l'originalité n'ayant rien de payant, c'est l'auteur d'un poème rimé en alexandrin qui a empoché les cinq cent euros. Bienvenue au 21ème siècle. Bref j'avais totalement oublié ce concours quand, il y a trois jours je reçois ceci :
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15.10.05 15:10 |
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On refait le match
Je reproduis ici, à la demande d'Eligor, Dernier cheval des batailles le poème de Nicolas Bousquet, vainqueur du concours de poésie, et le mien, fier dans la défaite. "Comment ne pas être hanté par la langue? Il ne s’agit pas d’écrire de façon académique, mais d’écrire contre l’académisme." Richard Millet A part ça. J'avance absolument pas dans mon roman. C'est désespérant. |
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16.10.05 20:04 |
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Mon programme poétique
Il existe autant de définitions de la poésie qu’il existe de poètes. Pour éclairer un peu plus Eligor, voici la mienne. A part ça. Il y aura toujours des femmes pour venir se mettre en les hommes.
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17.10.05 19:05 |
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Laissez Catherine Millet, passez à Richard.
Je ne suis pas un fin connaisseur de la littérature immédiatement contemporaine, mais les quelques œuvres que j’ai eu l’occasion de lire m’ont systématiquement mis face à de piètres littérateurs sans appuis stylistiques promenant des narrations faciles dans des univers fades. Nulle part la maîtrise de la langue d’un Genet ou d’un Gracq, nulle part la force d’un Fante ou d’un Miller, nulle part la virtuosité narrative d’un Dostoïevski ou d’un Traven. Pas même quoi que ce soit d’approchant. Des coups médiatiques, des gros tirages, des choses plutôt creuses, consommables, périssables. Ainsi en ouvrant Le renard dans le nom, paru chez Gallimard en 2003, je ne m’attendais pas à autre chose qu’un petit livre tampon que je calerai entre deux gros morceaux de littérature, Un beau ténébreux et L'Adolescent, pour me reposer un peu. J’ai compris au bout d’une quinzaine de pages que Richard Millet n’était pas à mettre dans le même sac que ses contemporains. Son tour de force stylistique suffirait déjà largement à le démarquer, ses phrases longues souvent d’une page, parfois de deux et dans lesquels pourtant il parvient à vous garder, à vous guider si bien entre la majuscule initiale et le point qui vous semble si loin mais que, grâce à l’adhérence de son style, vous parvenez à rallier avec une étonnante rapidité, sans rien avoir perdu du sens et de la musique de la phrase. Mais ces phrases de virtuose ont de plus le mérite de ne pas sonner creux, de servir une atmosphère que son intemporalité rendrait presque irréelle mais au sein de laquelle on pénètre tout de même avec une surprenante aisance, un univers rural peuplé de personnages étranges et rudes où la vérité n’importe pas tant que les croyances. Millet joue avec les versions, avec les biais multiples qu’emprunte le récit avant de parvenir au lecteur, réussit la performance de nous désintéresser de la vérité des faits tant il nous intéresse à celle des êtres. Richard Millet est un extrémiste qui ne jure que par la pureté, que par la langue et croit la littérature française à l’agonie. Il défend la posture de l’écrivain hors du temps, ayant pour mission de sauver et d’enrichir la langue en la travaillant toujours plus et non pas en se compromettant avec les formes réduites que la masse adopte. Ses positions sont difficilement défendables mais le fait qu’il est peut-être le meilleur écrivain français en activité ne peut que leur donner du poids et forcer à la réflexion. |
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17.10.05 23:12 |
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