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Samedi 1 avril 2006
Solidarité
Ce week-end le grand cirque télévisé met en vente des instantanés de bonne conscience à prix libre. Comme quelques autres fois dans l'année, chacun est invité à évaluer de combien il devra se délester pour cesser de culpabiliser d'être le pensionnaire sain de corps d'une société industrialisé où on ne connaît ni la faim, ni les tsunamis. L'avantage de cette opération est d'avoir une double action, puisqu'elle permettra aussi à notre individu lambda d'acquérir l'impression qu'il a voix au chapitre, exactement comme la mascarade périodique de la démocratie où tout est fait pour le convaincre que son vote à lui, M. Lambda, a une importance. Et aux hideux absentionnistes, on servira des arguments de maîtresse d'école ("et imagine si tout le monde faisait comme toi" ), oubliant que ce n'est jamais tout le monde qui se met à faire comme quelqu'un mais que c'est toujours quelqu'un qui fait comme tout le monde. |
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1.4.06 11:12 |
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Dimanche 2 avril 2006
Bidibulle Ce qui, à mon sens, doit frapper le lecteur dans Le Loup des steppes, c'est à quel point ce roman, de prime abord inoffensif, s'avère, à mesure qu'on y pénétre plus profondément, être furieusement moderne. Nous n'avons pas en quatre-vingts ans soulevé beaucoup d'autres questions ou cerné beaucoup d'autres angoisses. De fait, m'est avis que les décennies qui nous séparent de sa rédaction n'ont fait que voir s'accroître le nombre de loups des steppes et nombre d'entre nous pourront trouver dans ce livre un déroutant miroir. Tout ceux qui aujourd'hui se sentent en décalage avec un environnement et une société qu'ils n'ont pourtant pas encore rejeté sont, à leur niveau, des Harry Haller. Nous sommes, nous tous qui méprisons les opinions bourgeoises tout en continuant à nous accrocher à notre confort et à une sociabilité de façade, des Harry Haller. Et c'est la force de Hesse que de parvenir ainsi à cerner avec autant de lucidité la psychologie de cette frange croissante d'individus, qui, à l'en croire, est condamné à ne pas trouvé sa place, qui ne l'a d'ailleurs jamais eu, à aucun moment de l'histoire de l'humanité. et je dois avouer qu'à ce titre j'ai plutôt tendance à m'accorder avec lui. Dans une formidable analyse, Hesse écrit à propos du bourgeois :"Il cherche à s'installer entre les extrêmes, dans la zone tempérée, sans orage ni tempêtes violentes, et il y réussit, mais au dépens de cette intensité de vie et de sentiment que donne une existence orientée vers l'extrême et l'absolu. On ne peut vivre intensément qu'aux dépens du moi. Le bourgeois, précisément, n'apprécie rien autant que le moi (un moi qui n'existe, il est vrai, qu'à l'état rudimentaire). Ainsi, au détriment de l'intensité, il obtient la conservation et la sécurité ; au lieu de la folie en Dieu, il récolte la tranquillité de la conscience ; au lieu de la volupté, le confort ; au lieu de la liberté, l'aisance ; au lieu de l'ardeur mortelle, une température agréable." |
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2.4.06 20:21 |
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Lundi 3 avril 2006
"Searching the streets with bedroom eyes" Je me suis réveillé très exactement au moment où mes lèvres se joignaient à celle de la plus belle femme du monde. C'était sûrement trop d'émotions pour que je puisse continuer à dormir. en me levant, hormis Angela Lindvall, je n'avais qu'une chose en tête : un passage de mon second roman qui traite de la contamination de la réalité quotidienne par le monde de la fiction et des images. Il m'avait été inspiré par les plus belles jambes qu'il m'ait été donné de voir en vrai, celles de Lou Doillon. J'ai donc relu ce passage mais me suis rendu compte qu'il n'était qu'une ébauche maladroite de ce que j'ai écrit récemment sur le rapport au fictif. Cette découverte m'a guidé de nouveau vers ce que j'appellerai la cohérence de ce blog. Car toutes les questions importantes que je me suis posées ici durant tous ces mois convergent vers cette seule problématique de l'incapacité de ma présence au monde. Incapacité qui n'a fait que s'accentuer depuis environ deux ans et que je me refuse à combattre. Fin de la transmission.
Je tiens à dédicacer cette note bien évidemment à Angela Lindvall, mais également à l'actrice X Simony Diamond, à Jane Doe et au poète Dysménorrhée. |
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3.4.06 15:04 |
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Mardi 4 avril 2006
Dilemme
Snezana était carrossée comme un avion de chasse albanais. Ce qui était plutôt ironique pour une Serbe pure souche. Si je comprends que le nationalisme puisse imposer quelques réticences à l’heure de ramener une fille dans sa chambre d’hôtel – moi-même j’avais du évincer de la course à mon lit une Niçoise, pourtant fuselée comme un F16, en apprenant qu’elle était mégrétiste – j’avais décidé de faire preuve d’indulgence face aux opinions de Snezana, partant du principe qu’elles étaient assez répandues dans son pays d’origine pour ne pas représentées un particularisme dommageable. Je me souviens que ce jour-là, dans l’émission de minuit devant laquelle nous étions en train de baiser, la question du jour était : « Vaut-il mieux perdre ses clés ou le goût des choses simples ? ». Je m’en souviens très bien parce qu’à l’entendre, nous avons immédiatement arrêté nos gesticulations d’amoureux. J’ai dit qu’il valait mieux perdre le goût des choses simples parce qu’au moins on n’avait pas besoin de le faire refaire et Snezana a dit qu’il valait mieux perdre ses clés parce qu’au moins on pouvait les faire refaire. Nous avons eu des mots, elle m’a mordu, je l’ai giflée. Une gifle symbolique toutefois ; ses cinquante-deux kilos pour un mètre soixante-dix-neuf m’empêchant de mettre une réelle détermination dans mon geste. Elle est allée s’enfermer dans la salle de bain avec son portable et a passé une heure à raconter je ne sais quoi à je ne sais qui. J’ai continué à regarder l’émission de minuit et j’ai envoyé un sms pour répondre à la question du jour parce qu’il m’était apparu de la plus grande importance que ma voix fût prise en compte dans ce vote. Lorsque j’ai voté, j’ignorais qu’un des numéros de téléphone serait tiré au sort pour la oteire de la nuit. J’ai donc été particulièrement surpris d’apprendre que j’avais gagné un roadster BMW Z4 cabriolet. Conscient que rouler dans une telle voiture sans être accompagnée de la fille adéquate m’exposerait au ridicule, je me suis empressé de tenter de me réconcilier avec Snezana. Après de longs pourparlers visant à me laisser pénétrer dans la salle de bain, je me suis retrouvé face à un bloc inamovible, une gamine qui malgré ses dix-sept ans refusait de céder et qui posait comme condition sine qua non à notre réconciliation que j’admisse qu’il valait mieux perdre ses clés. Mais il m’était bien sûr impossible de renoncer à une intégrité qui m’avait valu de me voir attribuer un tel symbole de réussite sociale, un bien que m’envierait tous ceux dont la voiture avait une valeur inférieure à cinquante mille euros. D’un autre côté, sans Snezana, ce signe extérieur de richesse n’était qu’une coquille vide, un habit d’apparat incohérent qui ferait de moi le sujet d’incessantes railleries. Ma position était, on le voit, inextricable. |
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4.4.06 14:02 |
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Mercredi 5 avril 2006
Snezana
Faire pression sur Snezana n’était pas une solution. Elle avait une indépendance de caractère qui l’avait souvent mise dans sa jeunesse à deux doigts de se voir prescrire un traitement à base de Ritaline. A peine âgée de huit ans lorsqu’on lui servait le traditionnel couplet sur les enfants qui meurent de faim en Afrique parce qu’elle avait joué avec de la nourriture, elle répondait sans ciller que le fait qu’elle mange ses petits pois au lieu de les propulser le plus haut possible avec la petite cuillère ne pouvait aider en quoi que ce soit à résoudre le problème de la faim dans le monde. Mais elle était toujours parvenue à passer aux travers des mailles du filet médical et n’avait eu à subir l’influence d’aucun de ces psychotropes junior qui auraient pourtant pu lui apporter une aide précieuse. |
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5.4.06 18:56 |
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Jeudi 6 avril 2006
Le Bardustad' ou comment j'y suis arrivé dix ans trop tard |
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6.4.06 15:15 |
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Vendredi 7 avril 2006
Gueule de bois
J’ai une sainte horreur des lendemains de cuite. Sûrement parce que je les termine invariablement avec l’impression d’avoir raté ma vie. En me réveillant j’ai suivi le rituel immuable de deux daffalgan noyés dans un grand verre de cocktail ACE. Le jus de fruit a ce fabuleux pouvoir de vous faire croire que vous menez une vie à peu près saine et c’est une illusion qui a quelque chose de réconfortant un matin de gueule de bois. Là où je m’attendais à trouver un quinquagénaire bedonnant et mal rasé accroché à une bouteille de scotch dans une officine insalubre de la taille d’un cloître, je fus étonné de trouver un quadragénaire barbu agrippé à une bouteille de gin dans un bureau assez spacieux mais qui ressemblait étrangement à des toilettes. L’homme à la haute stature portait un costume trois pièce froissé mais relativement bien coupé et il commença par s’excuser de me recevoir dans ce qu’il m’appris être d’anciens lieux d’aisance publics qu’il avait "emprunté" à la ville et aménagés en attendant de pouvoir retourner dans ses précédents locaux dont il avait été soi-disant injustement expulsé pour une sombre histoire de loyer impayés, il y avait de cela huit ans. Je lui avais déjà expliqué ce que j’attendais de lui au téléphone mais il me demanda de lui réexposer l’affaire. Puis il voulu une photo de Snezana, alors je lui tendis son book en l’invitant à en choisir une, en précisant qu'il était préférabe que ce soit un cliché sur lequel elle était habillée. Il ignora mon conseil et fis son choix parmi une série de nus. Malgré tout j’avais un bon pressentiment à propos de ce type, quelque chose me disait que je pouvais me fier à lui, qu’il me mettrait sur les rails du succès, même si ça devait être tout à fait involontairement. |
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7.4.06 13:53 |
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Samedi 8 avril 2006
Volta, le privé
Afin que l'on comprenne bien comment tout ce qui s'est passé a pu arriver, il est nécessaire que je dise quelques mots sur Gabriel Volta. De petites choses que je n'ai appris que plus tard, après les événements, en menant ma propre enquête, et qui assemblées peuvent apporter un éclairage précieux sur le comportement étrange qui fut le sien tout au long de cette affaire. |
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8.4.06 18:33 |
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Dimanche 9 avril 2006
La disparition
Ça faisait vingt-quatre heures que j’avais mis Volta sur l’affaire, il en restait donc vingt-quatre autres avant que le cabriolet me soit livré. Vu le peu de marge dont je disposais au niveau du timing, j’avais exigé de Volta qu’il me fît un rapport sur la situation toutes les deux heures. Seulement cela faisait quatre heures que j’étais sans nouvelles, et mon privé restait injoignable, chacun de mes appels atterrissant directement sur sa messagerie. Si je ne m’attendais absolument pas à une telle défection de la part de Volta, mon naturel précautionneux m’avait engagé à faire appel à une sorte d’assurance en le faisant surveiller par une agence concurrente, mais celle-là possédant une bien meilleure réputation, une réelle organisation et de vrais infrastructures. Une standardiste à la voix mielleuse me fit patienter au son de Vivaldi le temps de traiter ma requête et de me mettre en contact avec l’enquêteur chargé de mon dossier. Celui-ci m’apprit qu’il avait perdu la trace de Volta la veille vers vingt-trois heures alors qu’il était manifestement en train de filer une jeune fille sur l’avenue du Président Krüger. Mon homme m’affirma qu’il l’avait tenu en ligne de mire jusqu’à ce qu’il se fonde dans la foule qui sortait de la retransmission des exécutions capitales qui était à cette époque-là donnée tous les mardis au Coliseum. Quel genre de personne croise la sortie d’un théâtre si ce n’est justement celui qui ne souhaite pas être suivi ? avait fini par m’interroger le détective, qui a défaut d’efficacité semblait savoir faire preuve de bon sens. Je me souvins que moi-même il m’était arrivé de profiter de l’écran proposé par la foule qui émergeait d’un spectacle pour m’éclipser sans payer d’un restaurant où je dînais en terrasse. J’avais bien entendu confiance en cette agence d’investigation, sûrement celle qui offrait le plus de garantie dans la ville, mais par acquit de conscience et pour une tranquillité d’esprit optimale, j’avais engagé un indépendant pour surveiller l’homme qu’il avait dépêché. Je lui passai donc un bref coup de fil et il me confirma que la veille vers vingt-trois heures, sur l’avenue du Président Krüger, alors que l’homme de l’agence suivait un grand barbu en costume qui suivait une grande jeune femme aux cheveux clairs, il avait perdu leur trace à tous les trois du fait d’un grand nombre de gens sortant simultanément du Coliseum pour envahir l’avenue. L’indépendant me fit lui aussi la réflexion qu’il n’y avait jamais rien d’anodin à disparaître ainsi au sein d’une foule. Sans trop y croire, je composai le numéro de Snezana, mais sans surprise, je tombai sur sa messagerie. Son agent m’apprit qu’elle ne s’était pas rendu à un casting qu’elle avait ce matin-là et je ne pus que me rendre à l’évidence : Snezana avait disparu. Sans trop y croire je me rendais au bureau de Volta, mais comme prévu je trouvai porte close. Il s’était lui aussi volatilisé. Je n’avais d’autre choix, si répugnant que cela pût me paraître, que de faire appel à celui qui m’avait mis en relation avec ce privé d’opérette, celui qui n’avait dans son carnet d’adresse que des numéros de rebuts, en étant un lui-même : John Gaillaud.
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9.4.06 18:07 |
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Lundi 10 avril 2006
Juliie
Arrivé à ce point de mon histoire, je me vois contraint d'effectuer un bref retour en arrière pour que l'on comprenne bien qui était John Gaillaud et pourquoi il n'était rien de moins que la dernière personne à laquelle je souhaitais avoir à faire dans cette ville et plus généralement dans cette galaxie. A l’époque, je travaillais pour le Ministère de la Sécurité Intérieure qui m‘avait affecté au département de lutte contre la sédition où je croisais régulièrement John qui y remplissait, entre autres, les fonctions de réanimateur. Je filais le parfait amour avec Anne-Sophie et tous les mardis, je me rendais à mon groupe de réunion sur les dépendances aux séries télévisées. (Message à tous ses fans : Zered est revenu) |
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10.4.06 19:37 |
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Mardi 11 avril 2006
L'aplomb, le deuil et la tuile
Il y avait quelque chose chez Juliie qui faisait que je la voulais à tout prix, comme si elle était à même d’apporter une réponse définitive à toutes mes interrogations. Du moins toutes celles sur les femmes. Pour l’avoir, j’étais prêt à tout. Je n’eus en fait pas à tenter grand-chose. Je lui proposai simplement, après sa deuxième réunion de dîner dehors puis de passer chez moi et elle accepta. J’étais surpris de trouver un tel aplomb chez une fille de seize ans, mais je n’allais pas m’en plaindre. Dans le même temps je ne pouvais m’empêcher de penser à son père et à ce qu’il penserait si elle venait à lui dire qu’elle avait passé la soirée chez moi. Je savais de quoi John était capable et ce n’était pas pour me rassurer. Quand on a fait de la souffrance son métier, il est bon d’éviter de se fâcher avec ses collègues. J’avais pris conscience qu’il était dans mon intérêt de tout faire pour ne pas infantiliser Juliie, mais soucieux de mon intégrité physique, je ne pus faire autrement que de lui demander si ce petit imprévu poserait pas de problème vis à vis de ses parents. « A l’heure où je suis censée rentrer de la réunion, mon père est généralement en train de cuver dans un quelconque bar et ma mère en train de rendre visite à une voisine ou, plus sûrement, un voisin. » Je n’en demandais pas plus pour être rasséréné. À l’époque mon chat venait de se suicider et mon appartement était plus ou moins en deuil. Je n’avais pas forcément d’affection pour cette bête mais elle m’avait rendu de fiers services et j’avais donc trouvé normal de lui rendre un dernier hommage. J’avais fait tendre mes murs de noir et retapisser mes sièges, décroché tous mes cadres, changé tout le linge de maison et recouvert mes meubles de pans de tissu noir achetés au marché. L’ensemble était plutôt sinistre et c’est dans ce décor que j’accueillis Juliie. Elle ne tarda pas à me demander si j’étais gothique. Je la détrompai et lui parlai de mon chat et de ce que je lui devais, des huit mois qu’on avait passé ensemble avant sa brutale dépression et sa fin tragique, de ce jour où il m’avait sauvé la vie. Sans trop savoir pourquoi je sortis une bonne bouteille de bourgogne et nous nous trouvâmes bientôt à trinquer à notre prochaine guérison. La bouteille n’était pas encore à moitié vide que déjà je l’embrassais. Mes mains étaient dangereusement glissantes mais elle parvenait toujours à faire en sorte qu’elles ne descendent pas en dessous de sa ceinture. Je vins à songer à mon chat et à Anne-Sophie et j’éprouvai un soupçon de culpabilité. Mais c’ est un sentiment qui a toujours eu du mal à faire son chemin en moi et elle fut vite évaporée. J’ai commencé à voir Juliie environ deux fois par semaine. Semaines qui sont passés en n’atténuant en rien sa détermination à limiter le champ d’action de mes mains à la partie supérieure de son corps. Selon toute évidence, il fallait en parler. C’est ce que je fis : j’en parlai à un ami. C’est ainsi que je me retrouvai en quête de Gustaf Holst, un type qu'il m'avait annoncé comme le messie. |
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11.4.06 19:19 |
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Mercredi 12 avril 2006
Entretien « Oui, tranquille, et toi ?… Hier ? Oui, mais j’ai fini tôt… Une métèque… Je sais pas moitié chinetoque, moitié hindou, moitié viet, je saurais pas dire. Un mix d’un peu de tout, une niakoué quoi… Et toi ?… Ah quand même ! T’es un petit veinard dis moi… Je sais pas j’ai perdu le compte dernièrement. Autour de mille deux-cent, mille deux-cent cinquante maximum… C’est sûr ça commence à chiffrer. Mais je suis pas près de te rattraper mon salaud. A moins que tu raccroches bientôt, que tu cesses de porter haut les couleurs du saint gourdin. Tiens en parlant de ça, t’as eu des nouvelle de l’autre là, le mec tout sec de la dernière fois… Mais si tu sais, avec les lunettes carrées, le pote de Guy… Oui, Charles c’est ça. Paraîtrait qu’il a du laisser tomber… C’est l’outil qu’à lâcher, le diagnostic du toubib était formel, panne de mandrin… Tu rigoles mais à ce rythme là, c’est qui nous guette tous plus ou moins… Nan mais c’est bête pour lui. Il lui manquait presque rien pour atteindre les trois mille… Non, je crois que t’as une prime quand tu dépasses trois mille… Je sais pas ce que j’ai en ce moment j’ai mal au bide, une horreur… J’ai vomi hier... Juste après avoir fini avec la petite… Tu m’étonnes, ça la foutait mal… Tu connais pas un bon toubib toi ?… Ah bon ?… Non, je savais pas. Comme quoi, des fois on pense que, mais en fait non… Ça m’aurait fait plaisir mais là je peux pas, je dois tenir la permanence. Une autre fois, sans problème… Ok, je te dis à plus tard alors… Salut. » Ayant raccroché, il se leva et ouvrit la porte de ce qui s’avéra être un mini bar, sortit une bouteille de rhum et se servit un verre. Le tout sans regarder dans ma direction. Puis il s’assit derrière le bureau, but une gorgée de rhum, commença à fouiller dans ses papiers et, toujours sans lever les yeux sur moi, me demanda : « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Avisant un portemanteau derrière la porte, j’ai accrochai ma veste et mon chapeau en omettant volontairement de lui répondre. Je m’avançai vers son bureau et, sans rien demander, je m’installai sur une chaise disposée en face. Il finit par me regarder. « Ça va, faut pas vous gêner. - Entre gens mal élevés, on peut trouver un terrain d’entente. - Ecoutez, je ne sais pas ce que vous êtes venu chercher ici, mais manifestement vous vous êtes trompé d’adresse. - Qu’est-ce qui vous fait croire ça ? - Vous êtes un homme. Et ici on ne peut rien faire pour les hommes. On ne fait pas de recrutement, ni de prestations homosexuelles et encore moins de conseil. Par conséquent, tout ce que je peux faire, c’est vous envoyer ailleurs. Alors quelle adresse vous voulez ? - Je suis à la bonne adresse. - Je viens de vous dire que non. - Ecoutez, dis-je, je vois que vous êtes borné et ce n’est pas une critique, moi-même je le suis. Maintenant, il faut parfois savoir être un peu plus flexible. Nous avons le même patron tous les deux, nous sommes fonctionnaires, sauf que le ministère dont vous dépendez et le mien sont pas au même niveau, si vous voyez ce que je veux dire. Alors considérez que je ne viens pas ici en tant que particulier mais plus en tant qu’ami de Monsieur Leverrier. Auquel je vous enjoins vivement à passer un petit coup de téléphone dés que vous en aurez le temps. Vous imaginez bien qu’il a le bras assez long pour faire beaucoup de choses à votre sujet, dans un sens ou un autre. Je voyais que son attention m’était désormais pleinement acquise et que son désir de s’opposer à moi s’était évaporé. - Si je suis venu ce soir, repris-je, ce n’est pas par hasard. C’est vous que je voulais voir. Je voulais le meilleur et c’est vers vous qu’on m’a envoyé, Gustaf. Vous permettez que je vous appelle Gustaf ? - Comme vous voulez, mais mon nom c’est Victor. - Vous êtes sûr ? - A peu près. - Et vous ne connaîtriez pas un certain Gustaf Holst ? - Si, c’est lui que je remplace ce soir. - Et vous vous y connaissez en filles vous ? - Un peu oui. - Parce que c’est vers Gustaf qu’on m’avait envoyé ; soi disant le meilleur quand il s’agit de mineures. - De mineures ? - Oui, vous savez, ces filles qui ont en dessous de dix-huit ans. - Merci je sais ce que c’est. Mais pour devenir gigolo assermenté, on est tenu de signer une charte qui stipule clairement que nos prestations ne s’adressent pas aux mineures. - Ça, c’est votre problème. - En l’occurrence, c’était plutôt celui de Gustaf. - Admettons, mais mon problème à moi c’est qu’il n’est pas là. Pourquoi vous le remplacez ? Il est malade ? - Pas exactement. En fait il est mort. - Vraiment ? Quand ça ? - Avant-hier. Accident de travail. Il s’est électrocuté dans le bain d’une cliente avec un vibromasseur de compétition. La cliente y est passée aussi. A ce sujet, on fait une petite quête pour sa famille, si vous voulez donner quelque chose. - Merci, ça ira. Je préfère garder mon argent pour moi. Ça m’embête un peu qu’il soit mort quand même. Vous vous y connaissez en mineures vous ? - Pas vraiment. Mais je peux toujours écouter votre problème. - C’est vrai que ça ne coûte rien de vous le soumettre. Après tout vous êtes un professionnel. Alors voilà, il y a cette fille, que je vois depuis un certain temps, et il y comme un blocage, quelque chose qui fait qu’elle refuse de coucher avec moi. - Payez la. - Elle risquerait de le prendre mal. Surtout à seize ans, elles sont susceptibles. - Si vous ne trouvez vraiment aucun moyen de coucher avec elle, retournez le problème dans l’autre sens : demandez vous s’il est nécessaire que vous couchiez avec elle. - Je n’avais jamais considéré les choses sous cet angle-là. - Le tout, c’est de faire en sorte que votre sexualité trouve un autre terrain pour s’exprimer. - C’est déjà plus ou moins le cas. - Alors essayez de faire abstraction du fait que vous avez envie de coucher avec elle et concentrez vous sur le fait que vous n’en avez pas besoin. Moi, par exemple, je suis marié, j’aime ma femme, mais je couche rarement avec elle. Elle fait le même métier que moi et on doit savoir s’économiser pour être à même de satisfaire les clients à cent pour cent. Parce qu’aujourd’hui, même dans le service public, on a une obligation de résultat. - Alors vous pensez que je dois abandonner l’idée ? - Pour l’instant, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. De toute façon, à terme la situation se débloquera. Le tout c’est de savoir combien de temps vous avez devant vous. - Je vais essayer alors. Merci de vos conseils. Je vais vous laisser travailler maintenant. - Avant de partir, j’aimerais bien que vous me disiez de quel ministère vous dépendez ? - Pourquoi ? - Simple curiosité. - Ministère de la sécurité intérieure. Département de lutte contre la sédition. - C’est vrai ? Vous pourriez m’avoir une arme ? - C’est totalement exclu. - Comme la loi l’exige toutes les conversations tenues dans cette permanence sont enregistrées et en vous rendant coupable de détournement de mineure vous êtes passibles de peines de prison assorties d’amendes relativement conséquentes. - Remarquez je peux m’arranger. Mais je ne vous obtiendrai rien de très impressionnant : arme de service semi-automatique de calibre 9mm. Sans indiscrétion, c’est pour quel usage au juste ? - C’est pour mon père. Il est collectionneur et c’est son anniversaire le mois prochain. Et vous savez comme c’est dur de se procurer des armes de nos jours. - Faites attention tout de même. Je passerais vous la donner, mettons dans une semaine. (Pendant que toi, blogueur moyen, tu t'amuses à faire des questionnaires sur ton blog pour passer le temps, nous, les blog-stars, sommes contactés par d'autres gens très hypes pour répondre à des interviews qui déchirent et qui par la suite sont lues par des millions de personnes à travers le monde. La mienne est ici et elle est ignoble.) |
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12.4.06 22:19 |
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Jeudi 13 avril 2006
"Comme un camion volé" Sortant de mon entretien avec le collègue de feu Holst, j’étais déterminé à suivre ses conseils et à essayer de considérer les choses sous un nouvel angle. A l’entendre, son plan avait l’air simple à appliquer, mais je ne tardai pas à constater qu’en pratique, ça tenait de l’impossible. J’y mis la meilleure volonté du monde mais mon self-control n’était pas du tout à la hauteur de mes ambitions. Je n’avais donc absolument pas avancé, j’étais dans l’impasse et la seule solution eût été de la quitter. Hors c’était tout à fait inenvisageable pour moi considérant tout ce qu’elle pouvait m’apporter. Je me pris donc à me complaire dans ce statu quo frustrant attendant qu’elle se résolve à débloquer la situation. |
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13.4.06 21:40 |
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Vendredi 14 avril 2006
Nous ne sommes pas des anges, mais nous ne sommes pas des putes non plus
Quelques semaines après que j’eus appris la vérité, elle m’a laissé m’égarer vers l’absence de trou de son entrejambe vers laquelle mon instinct m’avait aiguillé. La chaire était pâle et tendre, imberbe et parfaitement lisse. Je me demandai si on ne pouvait pas pratiquer une sorte d’opération réparatrice – si on peut estimer que faire un trou est réparateur – puis je me fis la réflexion que si ça avait été possible, elle me l’aurait certainement déjà dit. Parfois j’avais l’impression que notre idylle aurait pu durer toute une vie. Il n’y avait aucune tension entre Juliie et moi, elle était comme une trêve, un apaisement perpétuel. Il m’arrive de songer que sans toute la merde qui a fini par me tomber sur le coin de la gueule sans prévenir peut-être cela eût-il duré toute une vie. Au boulot, un matin, j’ai été convoqué par le directeur de la sécurité. Il était accompagné deux agents en civil qui me posèrent toute une série de question avant de me révéler l’objet de leur enquête. Le corps d’un homme tué de deux balles dans la tête avait été retrouvé et les experts de la balistique était formel : les projectiles qu’ils avaient extraits du cerveau du macchabée provenaient d’une arme signée ministère de l’intérieure. Ils avaient également établi que le modèle qui avait fait feu n’était pas un spécial police, qu’il appartenait par conséquent à un des autres services, et dans ces services le mien était compris et j’étais sur la liste des agents ayant changé d’arme dans les semaines précédant le meurtre. La logique voulait donc que je sois suspect. J’avais déclaré mon arme défectueuse et m’étais arrangé avec l’agent en charge de la mise au rebut du matériel endommagé pour la garder. C’était une pratique relativement courante et dés ma nouvelle arme livrée, j’avais donné l’ancienne au gigolo. J’étais bien en peine d’imaginer qui il avait pu refroidir, mais une chose était sûr, c’est qu’il avait finement joué le coup : si je le balançais, je pouvais, au pire, être considéré comme complice en tant que fournisseur de l’arme, et au mieux être licencié pour faute grave Les flics avaient été déchargés de l’enquête au profit du service spécial du ministère de l’intérieure qui agissait en interne. Ils avaient établi une liste des agents ayant changé d’arme les trois mois précédent le meurtre, mais aussi confronté toutes les empreintes balistiques des armes ayant déjà fait feu et ils procédaient à l’organisation systématique de vérification sur toutes les armes qui n’avaient jamais servi. C’était bien entendu une vérification de pure forme parce que seul le dernier des crétins aurait commis un meurtre avec son arme de service sans s’en débarrasser après. Et s’il était bien quelque chose dont on pouvait se targuer, c’était de ne pas confier d’armes aux crétins dans nos services. En faisant un bref calcul approximatif incluant le nombre d’agents armés et la fréquence de renouvellement des armes, je me suis rendu compte que la liste sur laquelle j’étais ne devait pas être bien longue. En attendant, on me confisqua mon 9mm et je fus assigné à résidence. Ça sentait le roussi de mon côté et j’étais conscient que mon absence de mise en détention, je la devais uniquement à mon casier vierge et à mes états de service impeccables. Si ce n’est profil bas, je ne pouvais pas faire grand-chose. Pourtant bien que l’étau fût dangereusement serré, je suis à peu près sûr que sans l’intervention de John, j’aurais pu m’en sortir.
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14.4.06 16:31 |
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Samedi 15 avril 2006
Le retour de la vengeance
John Gaillaud avait fini par remarquer un changement dans le comportement et ses habitudes de sa fille et il ne tarda pas à imputer ces modifications à l’influence, forcément néfaste, d’un petit ami. Il commença donc à espionner Juliie afin d’en savoir plus sur celui qu’il se figurait être un bellâtre adolescent ou, au pire, un étudiant paresseux. Si Juliie et moi veillions depuis le départ à être prudent, nos mesures de précaution n’étaient pas à la hauteur du dispositif que John mit en place pour tracer sa fille et il ne tarda pas à découvrir la vérité. |
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15.4.06 21:00 |
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Dimanche 16 avril 2006
Aparté bloguesque Je me demandais ce que je devenais depuis que je n'avais plus de nouvelles de moi sur mon blog alors je suis venu à mes nouvelles et elles sont plutôt bonnes (pas comme ta mère). Je deviens un type avec une super coupe de cheveux parce que mon geste de coiffeur a quelque chose de visionaire : sur le coup il est échec mais lorsque le cheveux repousse le sens et la finalité du sacrifice consenti apparaissent. Du côté de ce que je ne suis toujours pas devenu, on mettra alcoolique. Et pourtant c'était pas gagné quand on voit comme je gère beaucoup mieux le contrecoup des lendemains de cuite avec quelques bières dans le sang. Du côté de ce que je suis toujours, on trouvera, en vrac, beau, perdu, fan de Jennifer Dark, confit dans l'ennui, mal rasé, poète. Pour ce qui est des choses que j'ai brièvement été, la seule significative que j'ai notée est : superficiellement amoureux d'une sylphide rock. |
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16.4.06 20:11 |
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Lundi 17 avril 2006
L'enfance de l'art
Deux ans s’étaient ainsi écoulés depuis cette histoire, et John Gaillaud, de la route duquel je m’étais promis de rester écarté, était devenu la seule personne à même de me mettre sur la piste de Snezana, par le biais des informations qu’il devait posséder sur Gabriel Volta. Le tout serait de trouver le moyen adéquat pour qu’il accepte de coopérer, parce qu’après tout il n’existait aucune raison valable pour que son ressentiment à mon égard se soit atténué. Miguel n’avait pas changé en deux ans. Toujours derrière ses lunettes carrées ces yeux inexpressifs de carpe morte enfoncés dans un masque de cire sans âge, totalement glabre. Très grand, sec et osseux, il avait une stature qui à défaut d’être imposante était inquiétante, et dans ce métier, c’était souvent préférable. Je n’avais pas renouer contact avec lui depuis mon retour, il fut donc surpris de me voir et s’empressa de me demander quand j’étais rentré, si j’étais hors de danger au sein du centre, si j’avais pénétré le service avec ma véritable identité, et une foule d’autre question relative à ma sécurité. Je lui appris que je n’étais officiellement jamais venu le voir ici, dans la section alpha du département de lutte contre la sédition et qu’il était seul et qu’aucune personne externe au service n’avait pénétré l’infrastructure si ce n’était un modeste électricien du nom de Radoslaw Kaminski et je lui montrai le laissez-passer et l’autorisation falsifiée que d’anciennes connections m’avaient permis d’obtenir. Il voulut savoir pourquoi, au lieu de prendre tant de risque, je n’avais pas attendu qu’il finisse sa garde pour venir le trouver chez lui. Je lui relatais toute l’histoire et insistait sur l’urgence dans laquelle je me trouvais : chaque heure qui passait diminuait mes chances de retrouver Snezana. J’avais besoin qu’il m’aide à parvenir jusqu’à John, qu’il passe les postes de sécurité de niveau 4 qui nous séparait de la réanimation et que mon laissez-passer ne permettait pas de franchir, et qu’il le ramène jusqu’à moi. - Parles-en à ton pote jésus et à tous les allumés de son mégalo-fan-club. Dis-leur que le Messie, le vrai, il les emmerde. Je reconnus immédiatement dans la voix qui avait résonné parmi tous les cris et les bruits d’os brisés celle de John et je bondis jusqu’à la porte. - Va crever, lui répondit une voix non identifiée, perdue dans le dédales de couloirs. Je tournai la tête à droite et à gauche, mais pas trace de John. Sa voix retentit de nouveau : - On retournera à la poussière, on y retournera tous. Et on aura pas mal de trucs à lui demander. Puis une porte claqua, une autre un peu plus loin et encore une autre encore un peu plus loin. Je compris, en même temps que tout le monde dans le service, que John était en train de quitter le bâtiment pour se réfugier dans des bistrots du boulevard, sûrement à la suite d’une dispute avec un collègue, dispute qu’il avait selon toute vraisemblance provoqué dans le seul but de pouvoir aller se saouler. Je sus immédiatement qu’il allait me falloir écumer tous les bars du coin pour le retrouver et Miguel proposa de m’accompagner, craignant sans doute la réaction qu’aurait John lorsqu’il me verrait. Je suggérais de nous séparer et de vérifier chacun un côté du boulevard, mais il m’opposa que si nous restions ensemble, nous aurions l’occasion d’évoquer le passé devant une bière pour rendre nos recherches un peu moins fastidieuses. Je me fis la réflexion que si mes chances de retrouver Snezana diminuaient d’heure en heure, je pouvais éventuellement déjouer la vigilance des probabilités en prenant une pause entre et quart et moins quart. Nous trouvâmes finalement John au bar de la jeunesse en plein tête-à-tête avec un whisky sans glace. Il me reconnut mais ne cilla pas. - Mais qui vois-je ? Le corrupteur de ma princesse et son acolyte. Le pervertisseur de ma fille, la rétine de mon globe oculaire, le sang de mes artères, la moelle de mes os. Que me vaut l’honneur de sa présence ? Qu’est-ce qui a bien pu le décider à amener son illustre cul dans la pauvre demeure de ma déchéance éthylique ? Est-ce que par une inespérée ironie du sort, celui qui a détruit l’innocence du plus précieux de mes biens et ruiné ma vie aurait besoin de moi ? Si c’est ça, je préfère te prévenir tout de suite Tancrède : je n’ai pas l’intention d’écouter tes doléance. J’ai bien autre chose à faire, Sir Scotch ici présent et moi-même avons à nous entretenir. Il me disait justement à l’instant tout le bien qu’il pensait de toi, Miguel, malgré ton handicap racial. Je m’attendais à cet accueil et je savais que je n’obtiendrais pas l’aide John si je n’étais pas à même de lui faire miroiter une récompense à même de lui faire perdre tous ses moyens. Je le fixais en silence et sortis une enveloppe de la poche revolver de ma veste. - Mon dieu que c’est comique. Tu penses qu’un chèque suffira à laver l’honneur souillé de l’ange que tu as ravi à son enfance, réduisant mon cœur de père en miette. Ça c’est vraiment trop fort. J’ouvris l’enveloppe et posait son contenu sur le comptoir juste à côté du verre de John. Une lumière brilla fugitivement dans ses yeux.
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17.4.06 20:33 |
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Mardi 18 avril 2006
Un début de piste
Alors que John s’apprêtait à faire main basse sur eux, je récupérais les billets : deux places pour la finale féminine des championnats du monde de patinage artistique, sésames épuisés quelques heures après leur mise en vente et que des poignées de fanatiques s’arrachaient à prix d’or. J’avais du faire des pieds et des mains auprès de mon demi-frère qui travaillait à la fédération pour qu’il accepte de me les céder, et je savais que John serait prêt à tout pour les avoir. Il me regarda remettre les billets dans l’enveloppe : L'adresse de Nicola Volta était celle d'une coquette résidence de proche banlieue. Les immeubles ne dépassant pas quatre étages étaient disposés autour d'un terre-plein central gazonné parfaitement tondu où l'on avait aménagé une aire de jeux pour les enfants des locataires. Tout était en ordre, c'était un havre de paix, un îlot de calme, le dernier endroit où je m'attendais à tomber sur un homme agonisant dans une mare de sang, la poitrine transformée en passoire par les six balles du barillet d'un .38 à canon court. C'est pourtant bien ce qu'il me fut donner de voir lorsque je poussai la porte de l'appartement de Nicola Volta. |
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18.4.06 23:39 |
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Mercredi 19 avril 2006
Une histoire de doutes
Je m’approchai de lui précautionneusement : il s’agissait de ne pas laisser de traces de mon passage pour les flics qui suivraient. J’essayai d’obtenir des informations sur son frère tant qu’il respirait encore, mais le pauvre, incapable de réaliser qu’il était condamné, ignorait mes questions et ne cessait de m’implorer d’appeler les secours. Je décidai de le laisser à son agonie pour réfléchir quelques instants à la tournure que prenaient les choses.
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19.4.06 19:40 |
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Vendredi 21 avril 2006
Fuck you all
Sa réponse me surprit quelque peu. Je ne me souvenais pas avoir assassiné qui que ce soit dernièrement et je n’avais jamais eu de quelconques problèmes de mémoire. |
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21.4.06 00:00 |
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