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Dimanche1er Octobre 2006
Corollaire J’ai vu juste. Je voyage en grande sûreté. Je demeure seul au sein d’années impérieuses. De chaque côté de ma colonne les stigmates d’une salutaire violence. Je bois un vin doré, celui de la vigne de nos cheveux. Brièvement, je me souviens : un homme s’égara, à ses côtés un enfant, le sol se déroba sous leurs pieds. |
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1.10.06 00:00 |
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Aurore (Retranché du temps, je devins libre). Autour de moi, il y a l'apparence du mouvement et l'illusion du bruit. Cela cesse. L'aurore s'étend sur la longueur de mes membres, je ressens le jour. Ton rire m'enlève à mon sommeil. Tu as apprivoisé l'aurore et ton souffle s'élève simplement. Sous la frondaison amère d'un fresne, le ventre qui mène à ton sexe brille. Tu vois la ramure réticulée et, comme je ressemble à tes yeux, tu ne me vois pas et ignores si je prends toujours la peine d'exister. |
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2.10.06 00:00 |
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Lundi 2 Octobre 2006
Aux larmes acides revenant déçues Après trois jours d'absence, nous retrouvons Nelly... Je me souviens de la seconde fois, de sa mise quelque peu négligée surtout, elle qui n'apportait semble-t-il pas de soin particulier à son apparence, par incurie peut-être, ou juste parce qu'elle devinait l'absence d'une telle nécessité. Le cadre de notre rencontre échappe à mon souvenir, chaleureux est tout ce qui me vient quand je tente de le faire renaître à mes yeux. Chaleureux et vaste, et certainement dépeuplé ; j'imagine. Nous évoquâmes l'histoire du héros Mordechaï et, à travers elle, celle de tous ceux qui prirent sur eux de choisir leur mort, refusant par-là celle qu'on leur voulait imposer. Suave, souriant parfois mais ne se laissant jamais aller à rire, elle avait des mots simples au service d'idées qui ne devaient leur apparence d'évidence qu'à un cheminement long, complexe, ancien; qui étaient l'aboutissement d'une lente progression souterraine, de ce travail silencieux de l'ombre dont on ne prend conscience qu'une fois son fruit cueilli. Elle dit que le devenir héros ne naissait pas du refus de la misère d'être ordinaire, qu'il était simplement l'expression de la forme la plus achevée d'adhérence au monde ; pour devenir héros, une conscience aigüe du temps immédiat et un ancrage profond dans la réalité de l'instant étaient nécessaires, et, plus que tout, une appropriation totale de son existence, un contrôle si poussée sur celle-ci qu'on tenait à déposer soi-même sur le tableau ce vernis en lequel consiste la mort. Elle ne dit pas qu'elle ne savait rien de ce qui appartenait à l'immédiateté, elle tut l'existence du filtre qui l'isolait du monde et qui était aussi le vaisseau dans lequel elle dérivait lentement vers la mort, insoucieuse d'une vie dont seuls lui apparaissaient la contingence et le caractère fortuit. |
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2.10.06 00:00 |
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Mardi 3 Octobre 2006
Aux ladreries âpres redevenues décentes Le souvenir ne m'en est pas resté, mais je sais qu'au terme de la seconde fois, nos bouches vinrent à se joindre, scellant un étrange pacte, un voeu tacite qui nous liait au sein d'une errance immobile, voyage sans mouvement, hors du véniel et du superflu ; en allant vers elle, vers ces lèvres, je ne pouvais avoir comme ambition de la ramener avec moi vers les choses et les gens, je ne pouvais que la suivre loin des objet et de l'agitation personnel. Je voulus me convaincre que j'avais délibérément fait ce choix, je tenais à ne pas admettre que je n'étais qu'un aérolite pris malgré lui dans une orbite croisée au hasard de sa dérive et condamné à effectuer d'incessantes révolutions. Je renonçais comme elle à avoir un destin, c'est-à-dire que je me fermais à la poésie de l'éventuel, et je laissais derrière moi l'idée de progresser ; jeune, je devais me considérer achevé, ayant vécu tout ce qu'il y avait à vire et arrivé au point où tout ce qu'il me restait à accomplir était mon chemin vers la mort. En m'unissant à Nelly, je passai du côté des non-vivants, de ceux auxquels il n'arrivera plus jamais d'éprouver un désir neuf. Le désir d'elle devait être mon dernier et jamais je ne saurais quel fut le sien ultime, tant il était certain que notre baiser n'avait eu lieu que par la seule énergie né de mon attirance et son absence de volonté d'aller contre, qui ne tenait qu'à son incapacité à distinguer l'intérêt d'une opposition, à discerner ce qui pourrait venir justifier de trouver quelque part la force de me repousser. |
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3.10.06 00:00 |
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Distance J'adopte l'allure d'un messager atemporel. Tu es hors les murs. J'aperçois tout de même en m'élevant ton ombre fuligineuse. C'est une sente étouffée qui serpente difficilement jusqu'au faîte de la colline. Là-haut, un chardonneret contemple ses oisillons morts au bas du nid. Absente, je t'imagine versant des larmes. Je suis dans mes rues, parfois je lévite. Le soleil se cache, j'imagine les tâches de rousseur qu'il a donné à ta peau. |
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3.10.06 21:06 |
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Mercredi 4 Octobre 2006
Pour Todd Bridges, en France, quelle alternative possible à l'appellation 'Willy de Arnold et Willy' ? Looser est une condition que l'on peut accepter, pas une à laquelle on peut aspirer. Par conséquent, chez notre looser par incurie, qui a goûté au sentiment de gratification qu'il y a à être un winner avant d'abandonner cette condition par fatigue, lassitude ou aquoibonisme, subsiste toujours, à l'état larvaire, une velléité de regagner son statut perdu pour recoller un peu à cette image idéalisée de soi avec laquelle on vit tous et qu'il avait un peu laissé au placard. On sait que les misères professionnelles, sociales et sexuelles qui caractérisent la vie du looser sont intimement interdépendantes et s'organisent en un cercle vicieux de la loose dont il est très difficile de sortir. Mais cette interdépendance fait aussi qu'en parvenant à changer un aspect de sa vie, le looser va entraîner dans cette spirale positive les autres rapports qui déterminent sa condition, rendant vertueux le cercle autrefois vicieux. Cette révolution est toutefois conditionnée par le geste d'un tiers, le looser se définissant par son absence de gestes, sa consternante passivité. Si l'on propose par exemple au looser par incurie un emploi au sein d'une entreprise valorisante, il y trouvera l'opportunité de recomposer dans ce cadre un semblant de tissu social et, au sein de ce tissu, probablement des occasions de rompre son isolement sexuel - sachant que cette chaîne peut aussi être remonter dans le sens inverse. On le voit, le statut de looser par incurie est bien plus précaire que ce que l'on serait amené à supposer d'emblée. Toutefois il convient de relativiser ce propos car s'il est un statut plus fragile encore que celui de looser par incurie, c'est bien celui de winner par accident. (Aujourd'hui 4 octobre, un bonn anniversaire à Eve Lawrence ) |
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4.10.06 00:00 |
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Asphalte J’ai vu ta face se tordre dans la douleur de l’abîme. Ton œil se déchirer et le calme revenir. Je songe au lacis de venelle qui nous a vu nous perdre. |
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4.10.06 22:57 |
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Opalescence Tes lèvres sont fines. Je peine à parvenir jusqu'à toi dans ma robe de fêlures. Tu n'es pas comme les autres images du crépuscule, contemples les aberrations de ce pays de cocagne, vois plus lourd, délies l'été. Le rameau plie sous le poids de l'orage. Je reviens en arrière, cueillir le fruit amer de ces ides de la mort. Tu ne me distingues pas. |
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5.10.06 00:00 |
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Jeudi 5 Octobre 2006
Beck est scientologue C'est peut-être parce que j'aime à comprendre la logique des choses, parce que je veux toujours savoir comment leur mécanique est régie, et que j'ai tendance à croire qu'il y a toujours une cause et au-delà un dessein, que je ne sais pas admettre les coïncidences. Je constate que du jour où j'ai cessé d'attendre quoi que ce soit de la vie, elle s'est remise à me donner, comme une amante qu'on néglige en vient à redoubler les artifices de sa séduction. On peut aussi considérer qu'à partir du moment où l'on n'a pas d'attentes, on peut sans pression s'ouvrir à l'éventuel et accueillir chaque soubresauts du cours des événements comme une bénédiction et se lancer sans angoisse dans leschemins qui croisent notre route. |
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5.10.06 00:00 |
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Vendredi 6 Octobre 2006
Avant-propos
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6.10.06 00:00 |
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Samedi 7 Octobre 2006
Lige / Hiératique / Fléchir Les jours de marches étaient longs, monotones. Lorsque la route croisait des villages, ceux-ci étaient souvent désertés, et parfois les maisons en avaient été brûlées. Certains hommes avaient perdus la tête avant que les autres ne partent où meurent. Certaines femmes aussi. Ainsi certains hameaux à l’abandon ou en ruine se voyaient hanté par une présence sans conscience, un corps ballotté entre de chimériques frontières qui n’attendait qu’un e pluie plus froide que les autres pour une dernière pneumonie. Et cheminant avec nous l’espace d’une matinée, un homme jura avoir entendu chanter au fond d’un puit noir. |
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7.10.06 00:00 |
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Dimanche 8 Octobre 2006
Grelots / Trille / Cauteleux Il appartenait à chacun d'habiter sa nuit. La jeunesse toute relative des hommes ne pouvaient les empêché de faire face. L'obscurité les happait tous avec ce bruit chuintant de vent mauvais. C'était cela ou vivre avec le souvenir d'un homme pieu, mort cerné par ses ex-voto et le silence que ne venait brisé aucune litanie de prière. Avec tant de peur charrié par chacune de ses veines, on cesse toujours d'être vraiment jeune, même quand c'est ce que tente de prétendre le nombre de ses années. il n'existe rien de semblable à un enfant-soldat ; il n'existe que de petits soldats. De petites vies qui ont compté leur dose d'effroi. |
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8.10.06 00:00 |
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Lundi 9 Octobre 2006
Sapiens sapiens
Il n’y a que de mauvais choix à faire. C’est la vie qui pourrit la magie de la vie. C’est la vie elle-même qui consciencieusement pourrit la magie de la vie. Un lot est considéré puis appelé commun. Croissant, nous souffrons. Le gros d’entre nous est mort, les autres prennent le métro, confinés dans leurs vies blettes. Les femmes pleurent. Je revois la scène d’ici. La scène vient se greffer sur mon bras dans un crissement de bête. On finit par trouver une paire de souliers vernis à notre pointure, et ce n’est pas une métaphore, c’est bien de souliers que je parle. Alors on les met et on attend qu’ils perdent leur brillant. Entre deux attentes stériles, nous nous livrons des batailles qui ne le sont pas moins, mais qui ont l’insigne mérite de nous distraire. Ceux qui n’ont pas de dons aimeraient en avoir, ceux qui en ont ne savent pas quoi en faire. L’ensemble se complaît dans une violence sourde, sans issue ni poésie. On se souvient vaguement de ceux dont on a dit “c’est quelqu’un de bien”, mais on ne parvient pas à savoir ce qu’on voulait dire par-là. Ces personnes-là, dont on parlait, est-ce qu’elles n’avaient pas, comme les autres, attendu que ternisse le vernis de leurs souliers ? Notre galerie est pleine de prénoms et on ne sait pas quoi faire pour ne pas les mélanger. Et quand un jour on cesse de les confondre, quand un jour les amoureux s’embrassent sur un quai, quand un jour le train arrive en gare à l’heure, on se rend compte qu’on n’en est pas pour autant plus heureux ou meilleurs. On ressent la rage entre les rires, et le reste n’est que littérature.
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9.10.06 00:00 |
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Brûlure J'ai jaillit de ta révolte séminale. Je regarde les étendues pavées qui me ceignent. Je ne suis pas dans la ville. Je jouit de ma brûlure comme d'un tonnerre sanglant. Je vois : une vieiilarde se nourrit de son pas, laissant l'eau combler son attente. Tu témoignes au loin de ces vies non-avenues. L'espace tourne comme mille manèges et nous voilà partout. |
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10.10.06 00:00 |
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Mardi 10 Octobre 2006
Avant-propos Je sais on va encore dire que c’est du foutage de gueule, que je me moque de mon lectorat (lequel existe si on en croit les statistiques), que présenter comme ça du brouillon, du bâclé, du pas-relu-pas-fini, vraiment, ça ne se fait pas. Mais bon le temps, c’est pas toujours quelque chose qu’on a et entre gagner sa vie, la regagner et voir ses ex, c’est pas toujours évident de le prendre. Donc, je fais ce que je peux. Alstibes / Scrofuleux / Léguer Je n’ai pas écrit encore comment Fulvio et moi nous rencontrâmes. Je n’ai que dit le lieu, une église. Je ne veux pas tout révéler maintenant mais simplement dire que nous avions alors tous deux treize ans et n’étions plus enfants. Je ressentais déjà en moi les prémisses de l’effondrement à venir et Fulvio habitait son verbe corrosif comme le sel, déjà. Je gardais dans un coin de ma tête l’enfant que j’avais été et dans mon souvenir le moment où j’avais cessé de l’être. Encore à ce jour ce souvenir persiste, miraculeusement intact, parcelle rare de ma mémoire en laquelle je place une certaine foi. Car peut-être notre rencontre n’eut-elle pas lieu dans cette église – que pourtant il me semble revoir – peut-être n’avions nous pas comme je l’ai écrit treize ans, de ces choses-là je ne peux jurer, mais ce jour où je quittais l’enfance, je sens que le souvenir que j’en garde est fidèle à cette chose vague que l’on nomme vérité. Ce jour-là, un spectacle devait être donné sur la place à une heure quelconque de l’après-midi. La représentation avait été précédée de nuits sans sommeil gonflées d’attente ; le mystère avant d’être joué avait été par moi rêvé mille fois. Le jour venu, je me rappelle avoir parcouru jusqu’à la place les rues, et elles étaient douces et vertes. L’heure dite vint et sur la place aucune estrade n’était monté et nulle présence de comédiens. |
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10.10.06 00:00 |
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Mercredi 11 Octobre 2006
Alstibes / scrofuleux / Léguer II (Fin de la note d'hier) L'attente s'étendit jusqu'à se rompre ; l’événement n’eut pas lieu. Rien n’arriva et personne ne sut dire pourquoi. Certainement il existait une raison, je le conçois aujourd’hui. A l’époque ne pas la connaître et savoir qu’elle n’existait pas étaient pour moi choses équivalentes. Je fus frappé en pleine poitrine par l’arbitraire. Peu de temps après, je compris que cet arbitraire découlait de ce magma informe auquel vint se greffer le nom de chaos. Tandis que la place se vidait de ses hommes et de leurs attentes déçues, j’apprenais sur le pavé à accepter que les choses arrivent sans raison. Je me résignais, partant, je quittais l’enfance. Ce n’était pas la frustration qui m’avait fait grandir, c’était la révélation de mon impuissance d’Homme. - L'avais-je cru un jour ? Oui forcément, je l'avais cru, que tout est possible. - Tout n’était plus possible ; ne pouvait arriver que ce que le chaos épargnait. Je vis les hommes comme ils étaient, vulnérables et démunis tel l’enfant, je franchis par-là cette frontière qui n’avait jamais réellement existé. Je parcouru en sens inverse les rues qui étaient toujours aussi douces, aussi vertes, jusque chez moi. Non loin de la maison de mon père, il y avait un figuier. Je m’étendis dans son ombre. Comme un homme de onze ans. |
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10.10.06 00:00 |
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Jeudi 12 Octobre 2006
Tribune Y avait longtemps... On se demande en ce moment si les mannequins sont trop maigres. La question n’est pas nouvelle mais on semble se la poser plus sérieusement aujourd’hui, ou en tout cas avec plus d’insistance. Dire que les mannequins sont minces tiendrait de la mauvaise foi ou de l’abus de langage et je ne tiens à verser ni dans l’un ni dans l’autre. Les mannequins sont maigres. On rechigne à utiliser le mot qui a le tort d’être fortement connoté, de renvoyer à la privation, à la maladie et, partant, à la mort. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à la batterie de synonymes peu flatteurs qui viennent s’accoler à sa définition : chétif, desséché, efflanqué, émacié, famélique, have, grêle, osseux, rachitique, sec etc... Le maigre ne fait pas envie, il fait peur ou pitié. Comme la jeunesse a trouvé de dire black, pour ne pas dire Noir (autre mot aux connotations qui gênent), les professionnels de la mode ont trouvé de dire skinny, pour ne pas dire maigre, ce mot qui effraie. Considérant qu’on ne peut reprocher à quelqu’un que ses excès, la question posée est donc : les mannequins sont-elles trop maigres ? (J'ouvre. On sait jamais.) |
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12.10.06 00:00 |
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13.10.06 00:00 |
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Vendredi 13 Octobre 2006
Muscles / Saillie / Esche Je l’ai écrit déjà, j’ai passé trois ans à attendre, cloîtré chez moi, qu’Ambre imperceptiblement grandisse à son métier. Quand Fulvio était fatigué de m’entendre jouer du piano, il désertait la maison pour se perdre dans la ville ou à ses frontières. Avant que nous vinssions au monde, passé la Porte Est s’étalaient des coteaux plantés de vignes dont on tirait un vin de table acre et sombre. Aux mains de vignerons appartenant à la même fratrie, le cépage n’avait pas survécu à la malédiction qui avait fait s’entretuée les frères. De ce vin plus personne ne voulait boire et tout fut brûlé. Une étrange friche s’étendait donc à l’est, peuplée d’étrangers vivant sous de vétustes cabanes et de parias que la ville avait vomi. Plus qu’un no man’s land, c’était la terre de ceux qu’on ne considérait pas comme des hommes. Fulvio aimait à s’y rendre car il trouvait là-bas des femmes à nulles autres pareilles ; parfois même des qui n’avaient jamais entendu son nom. |
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13.10.06 00:00 |
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Samedi 14 Octobre 2006
Para tonnerre Il n’y a rien de plus stupide qu’une chanson dont on a l’impression qu’elle a été écrite pour soi. Celle-là me donne cette impression, surtout la partie qui dit fools rush in where wise men never go. Je me tiens pour un de ces hommes sages but wise men never fall in love dit la suite de la chanson, avant que ne s’ensuivent la partie proprement injonctive qui m’invite à open up your heart and let this fool rush in. Mais la phrase qui m’interpelle le plus est celle qui me concerne le moins : when we met I felt my life begin. C’est bref, simple, presque anodin et pourtant très puissant. Pourquoi ? Parce que la vie c’est cette chose un peu chiante dont on espère toujours qu’à un moment elle va commencer. Ce que souvent elle néglige de faire, un peu comme La Presqu’île de Julien Gracq que j’ai finalement renoncé à finir. Alors oui, forcément, l’idée qu’elle commence, et surtout l’idée qu’une personne soit assez hors du commun pour la faire commencer, c’est puissant. En tout cas, c’est évocateur.
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14.10.06 00:00 |
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