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Mardi, le premier jour du mois de mai deux-mille-sept

Mund

Pulpe de ta bouche en forme de feu - je veux dire malléable comme le feu, ou plutôt non, labile comme le feu - changeante comme la flamme. Une succion vide du sein de cette bouche, mélange de formes non présentes, ou très subrepticement. Rouge, ta bouche; son absence de tempérance, semblable à celle d’une ville incendiée.

Un baiser peut-être, comme un désir de fuite, ou une fuite déjà consommée, bue toute entière, au bout de laquelle se serait trouvée encore ta bouche. Y revenir immanquablement, l’iriser, la fendre. Y revenir incessamment, l’insoumettre.
1.5.07 00:00


Mercredi, le deuxième jour du mois de mai deux-mille-sept

Marc Overmars


Au bac rappelle-moi de ne pas prendre l’option math, parce que le calcul que j’ai fait est un des plus miteux de l’ère euclidienne ; en guise de tampon le Tank est une vania sale imbibée d’éthanol drainant plus de liquide qu’un barrage hydroélectrique et donnant le sentiment que le bar sera à court de pillave avant que lui ne soit à court d’histoires sur son exil thaïlandais, les goules en goguette des salons du livre et ses procès pour détournements de mineurs, ses putains de procès : Cette pute antisémite avait pris le parti de tout mettre sur le dos du substitut du procureur Novak et, pour ma part, je n’avais apprécié que modérément l’après-midi passée à macérer dans mon jus en souvenir d’une sous-Cybill-Sheperd que je n’avais même pas connue, enfin en tout cas pas bibliquement, et je l’ai assez dit, il aurait pu pleuvoir des procs bananés grand style à la Dick Rivers ou sourdre des flicards hémiplégiques montés sur des gnous accros aux neuroleptiques, il aurait pu, je sais pas moi, se passer n’importe quoi, absolument n’importe quoi vu le chaos qui régnait déjà, au lieu de quoi il s’est passé… rien, rien du tout... et Archie, pas rancunier pour trois roubles, disait toujours qu’un homme averti part avec le désavantage de manquer de sommeil, ce qui à l'échelle d'une nation – cette nation qui justement avait quitté l’ère où se nourrir, se reproduire et se loger prenaient cent pour cent du temps, le problème ne consistant alors pas en autre chose que savoir comment lutter contre l’ennui ; et question vie, je préfère encore ne pas en parler, alors forcément le statu quo apparaissait en fin de compte comme la pire des punitions, à tel point que j’étais prêt à accepter n’importe quel changement, même pour voir les choses empirer…. pourtant dieu sait qu’on imagine difficilement pire que ce monde feutré de taffioles à la plume dans lequel on a toujours voulu me faire graviter et où les chattes guindées qu'on met sous les plateaux de petits fours rechignent à enfiler des costumes d'écolières sous prétexte que ça fait pervers, vont même jusqu'à se plaindre – je n’invente rien – d'un peu de sperme reçu dans l'oeil, comme s'il ne fallait pas mériter et faire quelques sacrifices pour se faire oblitérer par la fine fleur des lettres françaises… au moins en Thaïlande les femmes, si elles ont souvent le tort d'être plus belles de dos – ce qui a d’ailleurs fait de moi un adepte convaincu de la levrette, comme mes collègues ont fait de moi un grand lecteur de SAS – une bonne occasion, n’est ce pas, de réfléchir sur la proportion de nos choix qui sont fait par défaut… je disais, les femmes en Thaïlande ont cette grande qualité qui vient avec l’extrême pauvreté : la totale vénalité… et bla et bla et bla et ta gueule Tocqueville, laisse moi boire en paix!
2.5.07 00:00


Jeudi, le troisième jour du mois de mai deux-mille-sept

Hakan Sükür


Je mettrais bien cent billets sur le fait que Supertanker s’est mis en mode logorrhée pas seulement à cause de l’antifreeze descendu à l’hectolitre mais aussi parce que K. lui a méchamment tapé dans l’œil, contact visuel à très haut voltage : flash et kurzschluss neuronal, ses veines lui chantent du Sinatra I got you under my skin et sa queue sifflote du Liza Minnelli I want you now, tellement en chien devant la fraîcheur feinte de fillette de la féline Geldhoff qu’il ferait presque de la peine, presque je dis parce qu’à l’aune de ses sept cent mille conneries débitées à la seconde tout ce qu’il fait, c’est chier le monde. Et les yeux doux ce n’est ni à lui, ni à moi que K. les fait, c’est à son énième daïquiri fraise parce que tant qu’à se mettre une grosse race, dit-elle, autant le faire avec une zeste superflu de féminité. Aussi excitée par le poète que par un voyage en car à Villepinte, sereine comme un bonze sous lexomil elle se dit sûrement que viendra fatalement le jour où elle aura l’occasion de me faire payer l’addition : avant que je bouffe de la terre matin, midi et soir pour les siècles des siècles elle m’aura foutu à genoux et maintenant Ska tu fais moins le mariole hein, on l’entend moins ta grande gueule… C’est que vous voyez mesdames et messieurs du jury, Billy-Bob et moi on a toujours été très indépendants de nos parents et très dépendants de la colle qu’on achetait en pots dans la quincaillerie du vieux Silas et je vous jure que tout ce qu’on a pu voler on était bien déterminé à le rendre dés que notre situation se serait amélioré, parce que vous avez Billy-Bob il chante et un jour pour sûr un grand ponte va le repérer et à nous le jackpot, alors tous les gens auxquels on a pu faire du tort, on les remboursera, le double, le décuple même !
3.5.07 00:00


Jamel l'oiseau


4.5.07 00:00


Vendredi, le quatrième jour du mois de mai deux-mille-sept

Rainer Werner Fassbinder


Houston, on a un problème : pour quel branque sonne le glas, Tank ? Dégondant les porte du Speak, une horde filandreuse de punks croisés avec des beatniks du néolithique tenants en laisse des bergers allemands croisés avec des furets au taquets, leur chef (garde-robe sponsorisé par la Wehrmacht) s’adresse à l’assistance dans un sabir mêlant finnois, hongrois et turc (à moins que ce ne soit tchèque, suédois et grec) en brandissant une photo de Rita Hayworth et un filtre à air usagé. Dans un éclair ô combien miraculeux de lucidité, j’agrippe K. et tape le bond vers une porte fausse entrée de artistes / vraie sortie de secours pour fumistes, instrumentistes en cavales et agrégés de philo en descente de crystal meth. Dehors je pivote à la Kareem Abdul Jabbar et vérifie que ni le poète, ni la fiancée du Dr Gero ne nous ont suivis : RAS. Canard WC débouche les chiottes, nous on débouche dans une venelle où un type parle à sa caisse comme si c’était K2000, je lui propose de nous lâcher devant l’Untergang et fizzzzz on part en burn out comme si on avait la BAC au seufs : mollo Michael Knight, ma cavalière est trop sex et trop jeune pour mourir. Le bitume du boulevard Richard Lenoir se soulève comme une vague hawaïenne et Kit surfe sur la crête comme un séraphique Kelly Slater / les millions de fleurs d’ibiscus qui pleuvent des toits des immeubles forme un océan écarlate d’où de loin en loin émerge la tête d’une naïade déchirée à la despé / des immenses cathédrales de papier journal érigés par des clochards hippies s’échappent d’incandescent Te Deum remixés par Timbaland / et les réverbères crachent plus de lux qu’un siècle de lumières et, récurés par des émissaires de Procter & Gamble en toge et capuche, les plaques d’égouts brillent plus que toute la caillasse de P-Diddy et 50 Cent réunis.
4.5.07 00:00


Samedi, le cinquième jour du mois de mai deux-mille-sept

Javier Soledad


A l’Untergang, reçu comme un couple princier par Werner, maîtres des lieux, – tapis rouge, carré VIP, champagne rosé – K. et moi, météorites de l’Harmaguédon en dérapage contrôlé, sommes ceints d’une foule d’admirateurs nippons nous mitraillant au flash. La Très Irradiante K. distille son lavage spécial cerveau-gonade à l’adresse des mâles massés derrières le cordon rouge : Zhou, réfugié en Ile-de-France suite aux persécutions prescrites par le parti communiste chinois pour son appartenance au Falun gong, déjoue la vigilance de la sécurité et se jette à ses pieds, contorsions de lombrics asphyxiés et hululements cantonais suraigus, K. tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ta culotte est béni ; sécurité ! envoyez moi le jaune au pressing, il a souillé son pantalon… Autoproclamé Négus de l’espace, Sultan du temps et Rajah des quatre éléments, je commande aux légions de strip-teaseuses retraitées et aux centuries d’éboueurs sous percodan : l’univers se réduit à un poing, le monde à un majeur tendu à la face de Dieu et la ville à un ongle jauni par une mycose non traitée. K. me fait du bouche à bouche pour la photo et à l’opposé, sur la scène conchiée de cervelle de bébé chien éclaté au mousquet, la tarlouze de service tire sa révérence en se dandinant dans son slip en cuir au son flinguée d’une beatbox de la seconde apocalypse, alors qu’au même moment peut-être et même sûrement Louis Althusser tape un salto dans sa tombe pour des raisons qu’il est préférable d’ignorer… Jean Baudrillard, j’écris ton nom… Roland Barthes, j’écris ton nom… Jacques Derrida, j’écris ton nom… A nos pieds, K. une bassine d’or sertie de diamants, une seule pour l’union de nos deux régurgitations, cocktail de vomis que l’on jettera en pâture à cette foule transie d’amour pour nous et notre image d’éternel et immaculé succès, et la verront lapée par la multitudes des langues galleuses effrénées tandis que la limousine de Lord Stanley nous conduira à l’aéroport.
5.5.07 00:00


Dimanche, le sixième jour du mois de mai deux-mille-sept

Adewale Akinnuoye-Agbaje


[Intérieur, fin d’après-midi] Au comptoir un lépidoptère lit Marek Halter. Attablé devant un génépi magique je vois Carlos pénétrer dans le rade à pas feutrés, enfin aussi feutrés que se peut pour celui qui doit d’avantage son blaze au chanteur qu’au terroriste : une mouche kamikaze s’écrase en piqué sur sa crinière huileuse où nichait déjà un imposant myriapode chargé de l’évacuation des lentes. Curieux de savoir pourquoi je l’ai fait mander, il capte au vol un ballon de côtes du Rhône en direct du bar et se joint à moi (tout est smooth) : Carlos le jour où tu feras un shampoing, pense à prévenir les services vétérinaires, ils voudront sûrement lancer une alerte au SRAS. Lui répondant ; Tu piques Skandal mais quand tu sortiras tes couilles toutes neuves de leur emballages gaffes aux vapeurs d’ammonium, elles pourraient attaquer les quatre neurones qui empêche ton crâne de collapser ; maintenant j’ai pas bouger mon royal cul pour me faire insulter, alors ou tu parles bizness, ou tu parles tout seul. L’atmosphère se dégradera en fin de soirée avec des passages nuageux et des risques d’orages, Carlos tu devrais éviter le rouge, ça te rend nerveux et les mecs nerveux sont toujours ceux qui partent en premier ; j’ai un Monsieur Weil sur les bras qui s’est vu en bonne position / mauvaise posture avec un trav’ de luxe et, pas de bol, un paparazzi assermenté rodait par hasard dans le tierquar à l’heure dite, maintenant mon impossible monsieur bébé tousse de plus en plus fort parce que le photographe ne retrouve pas les négatifs… Ce que le photographe ne sait pas, c’est qu’il est tombé sur un ami de Skandal et que s’il fait pas un effort pour retrouver très vite les négatifs et me les remettre, il a de fortes chances de bouffer son gland en sushi façon California roll, et aussi goûteux que soit le produit fini, la phase de préparation est rarement agréable.
6.5.07 00:00


Lundi, le septième jour du mois de mai deux-mille-sept

Zoë Tamerlis


La parole est à la défense : range ton caquetage et ton costard de caïd, Skandal, celui qui fait travailler son flow à ton pote, c’est ni moi, ni assimilé… j’ai mis ma carrière de prof de chant entre parenthèses le temps d’écouler doucement un stock d’amphés que j’ai touché en affaire. Accusé, levez-vous : t’es un vicelard Carlos, et j’ai jamais eu confiance en ta gueule, alors si vient à mes oreilles que tu me l’as faite à l’envers, je récupèrerais toute l’huile de ta tignasse et j’y ferais frire ton pancréas… maintenant trace ta route, parce que tu sais ce qui est plus chargé que la Saco M60 de Rambo ? ( … ) Mon agenda. Se levant, Carlos remet une couche d’esbroufe : garde tes menaces de psycho-killer en chocolat pour les collégiennes auxquelles tu rejoues Marc Dutroux et le secret du caveau tous les mercredis après les cours, j’ai pas pour habitude de fouetter devant un têtard qui cherche à se faire plus gros que le squale. (Note pour plus tard : enseignez à ce baltringue le sens des mots crainte de respect.) (Note pour un peu plus tard : voir s’il peut me faire un tarif préférentiel sur le speed.)

Check ce timing si parfait qu’à peine Carlos a passé la porte dans un sens que la franchit dans l’autre un Quatre-dents rasé de frais et en total sobriété : reste à l’eau Frankie, on a du sérieux, du lourd au programme et bien besoin qu’au moins un de nous deux soit négatif à la tise. Je te brieffe : hier un Viet’ joueur de schlass dans une veine assez rockabilly m’a été envoyé par Bi-goût comme une piqûre de rappel, style tu-m’as-peut-être-oublié-aux-States-mais-moi-pas – et toi comme moi on sait que Slim ne mettra pas d’ordre là-dedans – en clair, c’est jusqu’à l’anéantissement quoi qu’il arrive… ma gueule ou la sienne. Du coup j’ai décidé de le liquider, de le bousiller, de le convertir à l’horizontal sur l’ECG… et j’ai besoin que tu marches avec moi – je sais déjà que je peux compter sur B-Cube et le Fantôme, maintenant j’ai besoin de savoir si toi aussi t’es dans mon crew.
7.5.07 00:00


Mardi, le huitième jour du mois de mai deux-mille-sept

Hidetori Nishijima


Frankie vise juste : j’ai une tête à passer mes samedis au musée et mes dimanches au planétarium ? tu m’as même pas encore casquer pour le rapt transatlantique de miss Ok Podium que tu veux déjà que je re-signe, qui plus est pour une mission que même un Jap’ complètement déchiré au saké aurait pas accepté en 45 ? Parade riposte : la thune que je te dois, t’es conscient que t’as peu de chance de la toucher si le Métisse me fait traverser le Jourdain (Skandal : one point), et sur l’échiquier panaméen si toi et moi on dépose le roi Mammouth, c’est pas un boulevard vers les sommets qui va s’ouvrir devant nous, c’est carrément un putain de téléphérique (Skandal : match point). Jeu, set et match, Quatre-dents plié dans ma housse de raquette, je paye la tournée de Gatorade : team mi-sobre, on monte un plan démontable à quatre qui fait la part belle aux gros calibres et fusils à canons sciés. Bi-goût joue dans la cours de ceux qui sont intouchables en frontal quand ils jouent à domicile ; pour avoir un chance de le fumer, on doit le ramener sur notre terrain et je connais qu’un seul moyen de traîner un kid récalcitrant à l’école ou un soldat devant le peloton d’exécution : lui faire croire qu’on l’emmène au centre commercial. Ephémères directeurs de casting, fixons les rôles : profitant de sa gueule encore fraîche, le rookie Casper aka le Fantôme (on aura compris pourquoi) sera l’appât, intermédiaire d’un oligarque russe dans un gros deal ou autre scénar du cru, il sera le bout de gruyère sur la tapette, et la tapette ce sera moi et mon glock, Balthos-Bal et sa winchester circoncise, Frankie et son Steyr AUG 9mm des grandes occasions. Quand on en aura fini, Bi-goût sera tellement aéré que madame pourra utiliser son mari pour tamiser sa cocaïne.
8.5.07 00:00


Mercredi, le neuvième jour du mois de mai deux-mille-sept

Djamolidine Abdoujaparov


Suivant l’aval de la tour de contrôle, Frankie et moi laissons le lépidoptère à son Marek Halter et décollons direction Neuilly où Mammouni m’attend dans son antre, un coquet duplex (preuve qu’à bonne échelle la contrebande de Marlboro et de Camel est une combine juteuse) meublé trendy à la nipponne et estampes coréennes du XIXème artistement apposées sur les murs, mais stop pas de méprise, fruste est l’homme et se fout de ces chinoiseries chinés par sa bonne femme comme de sa première MST ; il nous reçoit en souplesse : pantalon de lin, sous-pull en laine vierge et mocassins en agneau retourné, avec ça portrait craché du légendaire sprinter ouzbek Djamolidine Abdoujaparov – sec et nerveux, visage taillé à coups de serpette – cordial sans être familier – après tout on n’a pas désossé les carlingues d’avions ensemble. Pas le genre à servir du liquide frein frelaté à ses invités, c’est autour d’une bouteille de Tanqueray Ten que je le lance sur le sujet Vojvodine, un type que tu dois bien connaître, je me trompe ? Oh, bien connaître, c’est beaucoup dire… le vieux et moi, on a été en affaire quelque mois avant qu’il soit liquidé… à la base pas trop chaud pour tremper dans sa combine, j’ai du jouer l’arrangeant pour faire plaisir à Roccaforte avec qui il était notoirement connecté… Le truc, c’est qu’il lorgnait sur des hangars désaffectés à Ivry pour y créer des studios et, comme il disait, sortir de l’artisanat pour entrer dans l’ère proprement industrielle de la bite… il le touchait pour une gorgée de pisse, mais les problèmes sont arrivés quand la municipalité a voulu acquérir le terrain pour des HLM, et en prime une internationale enragée de riverains a créé une assoce pour protester contre l’installation d’une usine à rêves mouillés à quelques encâblures de là où ils essayaient "le mieux possible d’élever leur gosses" (comme si les gosses allaient lâcher Yu-Gi-Oh et Harry Potter pour les Aventures anales de Miss Carina dés le premier convoi de putes débarqué
9.5.07 00:00


Jeudi, le dixième jour du mois de mai deux-mille-sept

Tecumseh Fitch


- Pour faire levier sur les officiels, le pope pouvait compter sur Roccaforte, mais apaiser le courroux des masses c’était déjà un autre challenge : acheter la résignation des plus motivés, intimider les incorruptibles, en gros alterner caresses et coups de schlapes dans la gueule, c’est un travail de longue haleine qui demande de l’homme de terrain… mon taf : monter une équipe d’une demi-douzaine de lascars aguerris et fiables, chapeauter cette action duraille au long cours et garder au frais et sous pression le proprio histoire qu’il soit pas tenter de faire la connerie qui nous obligerait à lui faire prendre un bain perpétuel dans le béton des fondations du nouveau chantier.

J’imprime bien ce que Mammouni me raconte mais au fond des entrailles de mon moi, je sens que quelque chose, un détail qui colle pas que Frankie aussi – je le vois au rictus buccal typique de sa phase de branlage réflexivo-mental – essaye de pointer du doigt : no offense Mammouni mais ce plan que tu me déplies là, c’est du compact, du massif, avec tout le respect que je te dois, pas le genre de boulot qu’on confie à un player de ton envergure, surtout quand on Slim parmi son cercle d’intime.

- C’est exactement ce que j’ai demandé à Roccaforte quand il m’a refilé le taf ; savais pas que ses ramifications allaient jusqu’à Slim, mais je savais qu’il était plus connecté qu’un FAI… Rocca je lui dis : ton dealer de fesses il doit bien connaître du parrain avec plus de bras à louer qu’une succursale Manpower ? Il m’envoie chier dans un style d’égoutier alcoolique – je l’avais vu venir – mais plus tard, au vol, je capte l’info comme quoi Vojvodine et Slim sont comme Sammy et Scoubidou (à ce moment de son dialogue, je me dis que Mammouni a vraiment des références de baltringues), plus tard j’entend qu’ils sont voisins de vestiaires au jacuzzi de leur cigar club. Le fait que le Double-V compte dans ses relations un type avec un bras plus long que les rails du Transsibérien qui pourrait lui monter d’un claquement de doigt un crew deux fois plus bandant que le mien, et qu’il vienne s’adresser à moi, ça colle pas. Du coup je retente la pression sur Roccaforte, que dalle, rien à faire, il veut pas lâcher le bout d’un morceau d’explication. Sur ce terrain, je suis comme toi Skandal : clairvoyant comme Mary Ingalls.
10.5.07 00:00


Jamel l'oiseau


11.5.07 00:00


Vendredi, le onzième jour du mois de mai deux-mille-sept

Marie-Elisabeth et Darie Cons-Boutboul


L’ami Mammouni j’ai comme la diffuse sensation qu’il passe trop de temps devant la télé, M6 et Gulli en mode impression cortex, mais alerte et focus (toi-même tu sais) nullement perturbé je garde le cap : je veux savoir comment le vent a tourné sur le terrain de jeu de Vladimir.

- Mes gars et moi on a fini par infibuler les grandes bouches des suce-curé du coin – au final, les plus forcenés on leur proposait de choisir eux-mêmes entre un studio de films de boules propret en dérapage contrôlé et des débarquements hebdomadaires de dealers de crack congolais par charter entier, sourires banania laissés au vestiaire et machette entre les dents ; avec ce genre d’argument même l’archidiacre on l’aurait convaincu d’assister le réal sur le tournage d’Infirmières au collège #8. Du côté des cathos et bien-pensants associés y avait plus de soulèvement à craindre, c’est du côté des officiels que la machine était grippée… trop gourmands les types, surtout l’autre… député, maire, député-maire ? qu’est-ce que j’en sais ? (et qu’est-ce qu’on s’en branle ?)… Jack Chorac, un vrai chancre… quand la camarde est venue lui foutre un coup de faux entre les omoplates, Vojvodine attendait toujours que les pieds de Chorac retouchent terre, histoire de pouvoir commencer à discuter et annoncer des chiffres qui nécessitaient pas l’intervention d’experts de la NASA pour être lus. Pas le footix de base, j’ai veillé à ce que mon cash me soit versé régulièrement, du coup j’ai presque toute la maille que le pope avait convenu de casquer, alors maintenant les hangars d’Ivry, ce qu’ils vont en faire, je m’en tape comme du douzième épisode de Super Jamie… Mon avis : ça va se tasser, le successeur du Double-V va laisser pisser, trop flippé pour mettre les mains dans le cambouis comme il faut et retailler les bourses de Jack Chorac au gillette.

11.5.07 00:00


Samedi, le douzième jour du mois de mai deux-mille-sept

Klaas-Jan Vandervaalgenwert


Sachant de quel acier trempé est faite ma très révérée Juliette, digne héritière Vojvodine, je serais pas aussi convaincu que Mammouni de voir cette histoire de studios rangée au chapitre des affaires classées : un (relativement) beau matin de dysménorrhée, elle serait capable de lâcher au cul de ce Chorac une armée entière de mercenaires azerbaïdjanais aussi sous-alimentés que surentraînés, aussis sous-payés que surarmés. Blitzkrieg à l’accent azéri, monde de fantasmagories, réalités non avenues à balayer… parce qu’en attendant – en attendant quoi ? que son cycle menstruel veuille bien se dérégler ? – c’est pour ma gueule le Jack Chorac et autant le dire tout de suite : j’en veux à près autant que d’une couille à l’oreille gauche. Technocrates couronnés par le suffrage universel, petits-vérolés de la démocratie, poussifs passeurs de passe-droits, quand ça boxe pas, ça crève étouffé par des mycoses, et quand ça boxe, c’est pas dans ma catégorie… c’est pour un boss à la Slim, ou un Roccaforte, ou un Fauvert ; toute cette histoire commence à puer le gros coup politique à cent mètres (plein les poches). Pour pressuriser Chorac faudrait être en mode ouf malade et, contrairement à la rumeur propagée par l’autre poule toxico qui cavalait sous le blaze de Joy, je n’ai pas encore renoncé à faire usage de mon pool génétique pour faire de la terre un monde meilleur, alors me faire vasectomiser au coupe-ongle pour avoir mal parler au député ou maire ou député-maire Chorac : tu peux te brosser. Et même, pour peu qu’il ait dans un moment d’oubli commandité le détartrage du pope, je me vois mal lui coller deux balles derrière la nuque : autant envoyer directement une invitation à tous les condés du pays pour une partie de campagne et me coller une cible sur le fion.
12.5.07 00:00


Dimanche, le treizième jour du mois de mai deux-mille-sept

4ème jour

Quatrième jour
La pluie a fait mine de tomber par rafales de douze - les chiennes en ont pleuré... longtemps, trop longtemps. J'ai eu envie de les abattre mais Duda est partie avec ma winchester.
Exit les poussièreuses aux coins des tempes : elles chantonnaient en revenant de la mine (ordalie mon cul!)... les visiteuses pleinières ? les ex-médusées du cortex oui !
Quand même attaché à cette idée pourrissante de lumière, hein ? J'en aurais bouffé par cagettes entières... et puis quoi encore ? des crotales au petit-déjeuner ?
/ Quatrième jour
13.5.07 00:00


Lundi, le quatorzième jour du mois de mai deux-mille-sept

Josip Skoblar


Après Carlos, sur ma liste des suspects dans l’affaire Mordechaï Weil, j’ai couché le blaze de Chabert : rat de commissariat, hustler à la française, et accessoirement grand chamane des partouses interraciales du Somerset – celles du premier vendredi du mois, tout au moins. Glissant comme une anguille, fluctuant comme la trajectoire d’un canard décapité, aime les coups tordus où les mains restent pures de poudre et de sang, est soupçonné de savoir à peine se servir de son Beretta, a un temps bossé avec Carlos qui lui a transmis les ficelles du chantage et, dit-on, l’élève a latté le maître, mais d’une force… A lui je viens sans prévenir, le but : déstabiliser, effrayer, l’empêcher de se préparer à me la faire à l’envers. Glock en main, Frankie légèrement en retrait colt à la ceinture, deux gros chassés qui éjectent la porte de ses gonds : salut Chabert, devine qui vient dîner… En compagnie de ce qui ressemble à une catin de Château Rouge, baltringue jusqu’au bout il verdit à la vue de mon gun et manque de se chier dessus ; je lui colle sur le front : range ta bite, sors ta langue, je sais que t’as shooté Mordechaï Weil en apnée dans le rectum de Vincent McDoom, je veux les négatifs dans la minute ou je retapisse ta chambre couleur cerveau. Tremblant comme un parkinsonien monté sur vibromasseurs, il me jure que c’est pas lui, sur la vie moi Skandal, j’ai pas monté cette combine, j’ai les mains plus blanches que les pertes de ma mère. Laisse-moi te rafraîchir la mémoire [coup de pompe dans les côtes] Mordechaï Weil, j’ai dit ! Izi Skandal, je te dit que je l’ai pas piégé ce mec, je sais même pas qui c’est. Tu sais pas qui c’est ? [saisie au col] un gros thuné qui tape dans le trav’ de luxe [paire de gifles à la coréenne] ça te dit rien ? Ô douce mémoire je sens que tu reflues dans le crâne de Chabert : un geoisbour ashkénaze dans le genre fat ? qui tringle des michetonneurs perruqués ? garde tes mandales Skandal, c’est Carlos qui le tient par le scrotum.

14.5.07 00:00


Mardi, le quinzième jour du mois de mai deux-mille-sept

Ken Kutaragi


A peine les phonèmes achevés d’être produits, mon sang se met à circuler à l’envers, mes intestins s’enroulent autour de mon, la bile me remonte l’œsophage et je me trouve à gerber sur Chabert. Où cet enfant de putain a pu trouver les cojones nécessaires pour me foutre dans son grand bateau à la coque vermoulue ? Frankie, donne lui une serviette et vire moi la gonzesse, je sens que les vapeurs soufrés de sa moule commencent à attaquer mon système nerveux central. Mordechaï, tu dis que c’est Carlos qui le tient par le fond du sarouel ? Pèse ton baratin Chabert parce que si c’est lui, Zeus et tous ses potes bisexuels dégénérés du slibards m’en soient témoins, sa mère va être convoquée à la morgue pour une reconnaissance de corps avant demain matin.
- Sur la vie de moi, c’est ce vieux chacal huileux. C’est Frigo qui l’a mis sur ce coup, même que je me souviens que je l’avais pourri pour pas m’avoir refiler le tuyau en prio, un feuj double-gras porté sur les trans, mais je savais pas qu’il s’appelait Weil, dans la finance, vicieux mais pas connecté, du gâteau, j’en ai eu les boules pendant un mois d’être passé à côté, plus facile à faire cracher qu’un chinois tuberculeux. Cette maille, crois-moi, je l’aurais comme un évangéliste le messie vu l’état méchamment déficitaire de ma balance commerciale – y a ce gros samoan qui fait le book pour les matches du super 12, il m’a pris deux barres de paris, tout sur ces putains de Sharks (du sûr) et direct ils enchaînent la pire série de défaite de l’histoire de leur putain de club…
Temps mort Chabert, quand j’aurai envie que tu me racontes ta life je ferais un publi-communiqué – et si tu crois décrocher deux trois biftons de mon larfeuille en me rejouant la ballade du Bad Lieutenant, c’est jusqu’à l’omoplate que tu te carres le doigt dans l’œil.



A Allyson Wyte qui fête ses 23 ans aujourd'hui, nous souhaitons un joyeux anniversaire.

15.5.07 00:00


Mercredi, le seizième jour du mois de mai deux-mille-sept

Ludmila Udmurtova


Que Carlos, la pseudo-frappe labellisée Fruidor, ait sorti son orgue à mythos face à moi comme si j’étais qu’une maîtresse d’école en préretraite, ça me troue le cul, ça me perfore le rectum, ça me transperce l’anus… Si con ? il a cru que j’étais si con que ça ? assez con pour ne pas finir par voir sa patte graisseuse dans cette combine fumeuse ? (Bas : il t’a vendu) Chabert, fais-moi plaisir, avant de rouvrir ta gueule enlève ce morceau d’olive prédigéré qui traîne sur ton oreille ; j’ai rien contre ce que j’ai mangé, mais tant que c’est pas dans les conduits auditifs de mes interlocuteurs. [Siphon serviette, raclement de gorge ; se lance] il a du te vendre à Mammouth… tout Paname sait qu’il a ta tronche dans son viseur – paraît même que le vieux Stains prend des paris sur le nombre de jours qu’il te reste à passer au-dessus du niveau de la terre – je mets tout ce que tu veux sur le fait que face à toi, Carlos tout ce qu’il voyait c’était un cadavre en sursis et l’opportunité d’écourter le temps additionnel en raflant un bonus (merci Mammouth)… à peine tu l’as laissé qu’il devait déjà être en train de courir alerter le métisse pour toucher sa comm’, et logiquement bientôt il va te rappeler pour te dire qu’il a du solide sur Weil, et passe me voir Skandal, je te dirais ce qui m’est revenu par l’intercom, toi pas méfiant tu te pointes et un porte-flingue tiré au pif dans le crew de Mammouth te dessoude en dorsal… baissez le rideau. Comme tout le monde a plus ou moins capté que, plus qu’autre chose, t’es un blème entre Slim et le métisse, un trait sera tiré vite fait sur l’affaire et Carlos aura même pas un poil de cul grillé : victime livrée à l’expiation, garantie sans représailles… à part toi, tout le monde est gagnant.
16.5.07 00:00


Samedi, le seizième jour du mois de juin deux-mille-sept

Capataz de Cargadores

A la fumeuse table du fond, j’avise un peu tardivement un attelage qui tend légèrement à déflagrer : la soixantaine minimum, gitane filtre au bout d’un fume-cigarette en plastique, une Yvette Horner déclassée au style de guichetière de cynodrome fulmine furieuse contre la galtouse infâme du gitan ; face à elle, une égérie post-punk de seconde zone bien ancrée dans sa trentaine, tignasse graisseuse noir de jais et tatouages de camionneur polonais recouvrant les deux bras que son débardeur tâché laisse découverts jusqu’aux épaules ; indifférente à la jactance enflammé de Jacqueline Sardou, elle s’enfile la spécialité du chef comme si on lui avait servi le menu du Fouquet’s après un trip de trois mois au Soudan. A mesure que l’estomac de l’une se remplit, le verbe de l’autre tend à prendre un peu plus de volume et mamie je serais bien curieux de savoir si tu vas la fermer un jour ta grande gueule de michetonneuse au rebut. Arrive ici Ferdi et transmet mes amitiés au troisième âge via la représentante qu’ils ont délégué dans ta cambuse ce soir pour nous les réduire en paillettes…

- Izi Skandal pas d’embrouille avec la matronne, la seule et unique fois où j’ai vaguement tenté de lui mettre un stop, sa chiennasse de garde m’a pointé express une lame de douze sous la carotide en m’agrippant par les cojones. Deux semaines que j’ai mis à remarcher droit.

- Et t’as laissé cette gadji dresser ta face comme si t’étais qu’un shitsu castré sous ritaline ?

- Fais ton mariole Skandal, mais cette gadji, au fond des pupilles elle avait el diablo… c’est une déglingo de la pire espèce, une fistule sur le cul de l’humanité… si tu veux mettre la garde de ton chibre en jeu sur sa moquette, be my guest, elle va te laminer en mon de temps qu’il en faut pour dire “Sasha, une bière au gingembre… et que ça saute”.

16.5.07 00:00


Jeudi, le dix-septième jour du mois de mai deux-mille-sept

Les dernières morts nocturnes

les derniers pas vers son lit qui lui fera oublier quelques heures

les premiers balbutiements de diurnes turpitudes toujours renouvelées, toujours à recommencer avec cette volonté usée qui semble intacte

les derniers Noctambus berçant les derniers ensommeillés, fendant l’air gras dans un bruit sourd de pistons

les dernières certitudes et les tous premiers doutes

les premiers grincements des grilles branlantes des stations de métro que l’on ouvre

une dernière envie d’un dernier verre

les premières gouttes d’une rosée poisseuse dans les squares et les jardins aux grilles closes, vides de cris d’enfants

les premières fuites d’étoiles mystérieuses

les premiers soubresauts des premiers rayons d’un soleil froid qui s’impatientent, là-bas, derrière l’horizon vaguement bleuté.

Des dernières agonies nocturnes naîtront les premières morts matinales.

On sent qu’une aurore livide, quelque chose de piètre, ne tardera pas à poindre. Quelque chose qu’on n'a pas envie de voir, qui tient d’une volonté artificielle de continuer alors même que tout a été dit.
17.5.07 00:00


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