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Dimanche, le premier jour du mois de juillet deux-mille-sept

Parousie

Les présents du ciel se soulèvent comme feuilles dans le vent

Ton absence résonne avec une force constante

J’ai partout sur mon torse les scories de nos étreintes. Marqué et fébrile toujours, je vois les images immobiles de toi : ton corps blanc et or, tes mains dans le contre-jour

Temps long comme il est lent, veines éparses au sein des jours comptés, veines charriant ton nom dans mon sang

Je préfère taire les résurgences de la douleur,

garde ma force pour dire les lumières à venir

la présence
1.7.07 00:00


Lundi, le deuxième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Le mec qui s'appelle Costache dit-elle


Il faut bien s’y mettre, malgré les bubons et les bulbes déréglés qui vous enfoncent les cheveux dans le crâne, il faut bien s’y mettre : ce soir je serais la plus belle pour aller défourailler certes, mais en attendant de perforer des poumons, de déchirer des foies et d’exploser des rates, à une heure où les poules ont pas encore fini de cuver leur grain transgénique, je dois capter le micro-créneau que Roccaforte a trouvé dans son agenda pour recevoir la quantité négligeable que je suis. Désolé de te coincer entre le café et le dentifrice mais je vais à la pêche aux infos concernant la rectification du Pope Vojvodine et selon Mammouni, toi et lui étiez en biz pour une histoire de foncier sur la petite couronne en vue d'un Dysneyland pour adultes, je me trompe ?

- Skandal, si j’étais pas pressé je te reprocherais de pas mettre lubrifiant avec de me sodomiser le conduit auditif avec des questions de chichiteuse faubourienne. Passons… ni toi, ni moi, on a du temps à perdre en formalités. Pour le Double-V j’ai joué les entremetteuses auprès d’un piranha politicos que tu trouveras dans la rubrique ABS sous le nom de Chorac, prénom Jack. Quand un quelconque deus ex machina a brusquement décidé qu’il était temps pour Vladimir de réintégrer le caveau familial, les négociations étaient gelées pour cause de rapacité caractérisée de la part du chancre Chorac. C’est tout ce que je peux dire et c’est déjà pas mal.

- Je préfèrerais entendre un air qu’on m’a pas encore fait écouter…

- J’ai une tête à prendre mes capotes une taille en dessous histoire d’être sûr de pas lâcher la purée avant la mi-temps ? Non… alors où tu comprends que quand je dis que j’en sais pas plus c’est que j’en sais pas plus, ou tu te caltes et tu vas bouffer des œufs en gelée devant Motus (mo-mo-motus).
2.7.07 00:00


Mardi, le troisième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Zuck my deek


- Tu penses que Chorac l’a fait descendre ?

- Si ton cerveau te servait à autre chose qu’éponger les deux litres de tise que tu t’injectes quotidiennement dans le caisson, t’aurais déjà compris que si Chorac est assez con pour réclamer l’équivalent du PIB de l’Azerbaïdjan en cash à Vojvodine, il est pas assez demeuré pour ignorer que de l’autre côté du Styx y a pas de Western Union d’où envoyer les pots-de-vin.

- Y a quand même un truc qui me taraude, quelque chose de pas clair dans cette embrouille : Slim et le Pope gravitaient notoirement dans la même nébuleuse, l’un dans le sillage de l’autre et alternativement l’inverse, alors pourquoi – un claquement de doigt et c’était fait… – pourquoi il a pas levé la quantité idoine de ressources humaines pour sortir son poto de la diarrhée dans laquelle il pataugeait comme un bousier parkinsonien ?

- Dis-moi Skandal, le Slim c’est ton boss, non ? Alors si t’as des questions sur son agenda, ses fréquentations et la régularité de son transit intestinal, pourquoi tu vas pas directement les lui poser au lieu de me pourrir mon p’tit déj’?

- Disons que provisoirement les intérêts du padrone et les miens en propre divergent… Et quand bien même je dois lui rendre des comptes, la réciproque est loin d’être forcément vraie. Alors si t’as du concret, du fiable, tu me rendras service en me le lâchant.

- Je promène pas ma carcasse sur cette planète dans le but – respectable mais peu profitable – de rendre service à tous les trous du fion qui le réclame. Tout ce que je peux te dire Skandal, c’est qu’avec un Slim dans la partie la balance aurait penché du bon côté en moins de temps qu’il en faut à une bande lapins partouzeurs pour coloniser l’Australie. Maintenant si tu veux bien me laisser, j’ai un planning plus chargé qu’un rafiot de clandestins maliens abordant l’île de Malte.

3.7.07 00:00


Mercredi, le quatrième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Le temps... et rien d'autre


Nostromo est un roman remarquable à plus d’un titre : acuité habituelle du regard de Conrad sur ses personnages, complexité et finesse parfaitement maîtrisées de leur interactions, souci évident du détail d’où découle un réalisme saisissant dans la peinture des enjeux politiques autour de Sulaco et, enfin, indéniable virtuosité stylistique... malgré le style très classique. Mais ce qui frappe le plus dans cette œuvre c'est le degré d’intrication des diverses strates du temps et les incessants allers-retours entre présent et passé. Ou, devrais-je dire, les incessants allers-retours entre les divers temps du passé. Car on sait en fait peu de chose de ce temps qui est celui de l’énonciation et dans l’incessant va-et-vient, il est difficile de cerner quel est le temps du récit. Après avoir naviguer entre des passés dont le degré d’ancienneté varie – donnant ainsi la sensation d’une longue mise en place – l’intrigue semble enfin se fixer, lorsque après cent cinquante pages, Sulaco se voit menacée par la révolte montériste. On semble alors saisir qu’elle se situe à l’échelle de la province de cette petite république et que les personnages ne serviront que de rouages à des événements les dépassant par leur portée historique (pour reprendre les propos du Capitaine Mitchell). Mais ces événements, par ailleurs évoqués dés l’entame du récit, seront expédiés lors de nouveaux brusques sauts dans le temps. D’abord la première phase concernant, l’encerclement de Sulaco, le sera dans une lettre de Decoud à sa sœur ; mais surtout la crise politique, les affrontements et la sauvegarde de l’intégrité de la province, cet enchaînement si longuement mis en place (et véritable pain béni pour un romancier) sera expédié en une dizaine de pages dans un récit dépassionné et bien postérieur à ces heures glorieuses, assumé qui plus est (et ça ne peut pas être anodin) par le raseur Mitchell. Enorme frustration pour celui qui avait anticipé un récit haletant de ces instants critiques.
A ce moment, on ne peut que se rendre à l’évidence : le nœud dramaturgique n’est pas le destin de Sulaco et de sa mine d’argent au sein de la révolution qui balaye le Costaguana. Cette révolution n’est presque qu’une toile de fond, ou plus précisément, un révélateur qui permet, par le biais du chaos engendré, de pénétrer au plus profond des psychologies des personnages touchés. On se rend compte, en raisonnant par analogie, que les va-et-vient entre les divers passés qui rythment le début du roman, nous plongeaient systématiquement dans des situations critiques, d’abord à l’échelle des personnages, et seulement ensuite à l’échelle de la cité. Et c’est parce que la clé n’est jamais ailleurs qu’au niveau humain que toute dramatique associée au contexte politique est systématiquement désamorcée (soit en se voyant brièvement résolue au sein d'un dialogue postérieur, soit parce que son dénouement avait été révélé antérieurement).

Quant à Nostromo, héros éponyme, très longtemps son ombre ne fait que planer au-dessus de Sulaco sans que l'on comprenne pourquoi il a donné son nom au livre. Le magnifique capataz de cargadores reste un mystère pour le lecteur, comme il l’est pour les habitants de la ville. Homme cumulant les succès et les exploits, c’est à ses échecs et à sa déchéance que s’attache Conrad. Autour de lui aussi, le temps se distord, devient aussi mouvant qu'élastique. De son incroyable chevauché à travers le Costaguana (qui fera basculer le sort de la province), on ne saura que peu de choses, quelques bribes dans la bouche de Mitchell ; en revanche, c’est en intégralité que l’on vit son échec à ramener la précieuse cargaison d’argent à bon port. Ces lingots d’argent auraient d’ailleurs pu donner leur titre au roman tant ils semblent être le centre de toutes les attentions et la cause de toutes les dérives. La mine qui vomit ce trésor vampirise Charles Gould et prive sa femme du bonheur conjugal ; les lingots précipitent directement la perte de Decoud et indirectement celle de Sotillo, avant enfin de sceller le sort de Nostromo. Ces deux derniers devenant totalement esclave du trésor, comme les deux légendaires gringos évoqués dans les premières pages. Mais comme les événements politiques du Costaguana, cet argent n’intéresse Conrad que dans la mesure où il révèle une partie de la psychologie de ces personnages.
Au final, on pourra conclure que sous des dehors de fresque quasi-historique et de récit d’aventure, Nostromo s’avère être un roman principalement psychologique, ou en tout cas dont l’action ne dépasse pas l’échelle humaine. Aucun des actes d’héroïsme brièvement mentionné ne fait l’objet d’un plus ample développement parce que Nostromo est un livre sur les faiblesses des hommes et non sur leurs mérites, une tentative de saisir leur vérité dans ce qu’ils cachent et ce qu’ils ne maîtrisent pas. En témoigne d’ailleurs le capataz lui-même, ce Nostromo dont la vanité est double puisqu’il est aussi vaniteux que vain.
4.7.07 00:00


Jeudi, le cinquième jour du mois de juillet deux-mille-sept

510. Zischelwind

En nos mains les descendances illuminées
Repos offert et les noires vagues qui refluent incessamment nous lavant
L’heure de ta voix s’étiole au long du vent, se brise au front de mugissantes lames
Ciel de cendre, lourds et beaux matins fugaces, levant assassiné

Un pan de ton vêtement abritait mon visage, les pluies nous virent orphelins du jour
Ceinte de mes bras et légère, le vent n’avait su te ravir à moi
Et l’odeur de mon cou avait la couleur de tes bras
5.7.07 00:00


Vendredi, le sixième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Jamel l'oiseau


6.7.07 00:00


Samedi, le septième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Sviatoslav Richter


La catastrophe capillaire qui tient lieu de coupe à Rocca a beau être digne de Raoul Vaneigem au lendemain d’une de ses plus grosses cuites, il s’est pas retenu de marquer quelques points : on ne bute pas une poule susceptible de démouler un petit pactole d’œufs en or, sauf à être aussi con que dans une fable – mais ceux dont le déficit en matière grise est assez important pour qu’il puisse prétendre à un premier rôle chez Lafontaine, finissent rarement sur les bancs de l’assemblée. Je laisse donc Roccaforte en tête à tête avec son Oral-B Plak Control® et regagne ma planque minable chez mon pseudo-marin schleu, armé de quelques intentions fermes, parmi lesquelles avaler une boîte d’aspirine et me recoucher (histoire de finir une nuit que je suis pas même sûr d’avoir commencée) et élucider le chapitre dit de la discorde entre Big Boss et le Pope. Pourquoi Slim m’a fait mander en express du moment qu’il s’agissait de dépanner le Double-V au rayon famille, alors que quelques mois plus tôt quand il avait débarqué pour parler biz’ il s’était fait recaler comme Miss Clermont-Ferrand à un casting Elite Model Look ? Mettre une gamine dans les pattes du pape de la fesse en DVD, no problème ; mais donner un coup d’accélérateur au développement de son bizness, pas moyen. Je pige pas là. Un vicelard dans le style de Chabert – retors du cortex, virtuose des stratégies de contournement – pourrait certainement me dire ça (note pour un peu plus tard : organiser un brainstorming parce que plusieurs cervelles valent mieux que la mienne, imbibée et lacunaire). Quelque chose me dit qu’une fois ce brouillard là dissipé, la Ford Mustang de mon enquête pourra foncer à 230 km/h sur la route de la résolution… après, j‘avoue, mon instinct a d’avantage la fiabilité d’un pot de yaourt de Canton que d’un bolide sorti de la gueule de Detroit.
7.7.07 00:00


Dimanche, le huitième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Engelbert Humperdinck


A peine calé dans mon pieu, tombe la convocation express au domicile de mon boss de lumière, j’ai nommé T. la péremptoire et son cortège infini de « il faut », « tu dois » « grouille ta race » et autres impératives tendresses prodiguées avec la régularité d’un métronome sur le piano d’étude d’une adolescente niçoise passionnée par les reconstituions grandeur nature de la bataille de Waterloo. En bas de l’immeuble je suis accueilli par un laquais tout neuf et livrée d’occase – type félin qui m’ouvre la porte en grande pompe comme il le ferait des grandes lèvres de la chatte de Jackie Onassis : par ici monsieur, et attention à ne pas glisser sur le dallage, les Philippins ont passé la nuit à le cirer. Juliette dont les éclipses de sourire rythment mes nuits et mes jours – enfin surtout mes nuits, le jour ayant trop pris depuis la mort du soleil des allures no man’s land demi-tarif – s’affiche en robe d’été Balenciaga et mules en agneau retourné de chez Marc Jacobs, flûte de champagne main droite et Vogue menthol main gauche, vous rentreriez de soirée mademoiselle que j’en serais pas à moitié étonné.
- J’ai une tête à passer ma soirée du 21 juin à taper dans mes mains en écoutant du jazz manouche ? Non… alors quand mon emploi du temps aura été décrété aussi privé que les chiottes du McDo de la Place de Clichy j’engagerai une Roumaine pour le caser dans une newsletter quotidienne. Où j’étais, peu importe… j’annonce : le Tank m’a récuré les pieds jusqu’entre les orteils comme je l’avais prévu et il signera tout ce que je lui mettrai dans les mains pourvu qu’unetelle paraphe en état de sobriété un contrat d’exclusivité avec les productions Double-V Video. Tocqueville prétend que tu connais cette K. : je m fous qu’elle soit albinos, syphilitique ou végétarienne, je la veux en string dans ma salle à manger avant quarante-huit heures, et dis-lui de prévoir du lubrifiant et une boîte de cotons-tiges.
8.7.07 00:00


Lundi, le neuvième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Weegee the doomed


- Pour le moins oui, je la côtoie un peu la K., à parler franc c’est même pratiquement bibliquement que je la connais… mais sans ça, mon amour – tu permets que je t’appelle mon amour ? – la première des infos que j’ai sur son compte, c’est son ascendance qu’elle concerne et, crois-moi, elle se place au premier rang de ce qu’il y a à savoir sur Mademoiselle Geldhoff… oui t’as bien entendu, Geldhoff… Geldhoff comme dans Bob Geldhoff le bras armé de Dieu, la calleuse main aux relents de poudre par laquelle s’abat la divine colère, l’exécuteur attitré des basses œuvres de Slim : froid comme une junkie de Reykjavik, lyrique comme un SS à la sortie trop arrosée d’un Opéra de Wagner, une mâchoire à faire se chier dessus un alligator et des phalanges qui ont fait pisser plus de sang que les perceuses des blocs opératoires de la Pitié-Salpêtrière. Dans sa life, le bonhomme a deux passions : sa fille et faire souffrir les particuliers… autant dire que si se présente l’occasion d’assouvir l’autre grâce à l’une, en deux-deux il va sauter dessus et avant d’avoir vu la couleur de l’élastique de ton string, tu vas te retrouver la tête en bas, au-dessus d’un seau de soude caustique, pendue à un crochet de boucher et du Céline Dion à deux cent vingt décibels dans les tympans. Alors Supertanker – pas de doute il est bien brave ce cacographe – il remet ses pulsions et son braquemart dans son slibard histoire que je puisse garder le mien attaché le plus longtemps possible à mon scrotum… parce que le type Geldhoff, il est pas du genre à faire dans le détail et tu peux être parié ta précaire virginité que pour être bien sûr de son coup, il va ratisser large et passer au laminoir tous ce qui t’a approché à plus ou moins quinze mètre ces douze derniers jours. Non, merci darling… même si j’en fais pas grand-chose, je tiens à mon chibre.
9.7.07 00:00


Mardi, le dixième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Eusèbe Pamphile de Césarée


- Si ce que tu voulais dans la vie c’était joué à la poupée, fallait penser à passer ton brevet de puéricultrice. Enfile une pampers et tracte-moi cette putasse jusqu’ici, le dab je le gère.
Va donc, toi misérable pupazzo, t’opposer à la plus farouche des volontés enveloppée dans la plus lisse des plastiques : je file ventre à terre débusquer K. en me disant qu’avec un peu de chance, elle se contentera de me rire au nez sans en toucher mot à son daron. Au tel, elle me file rencard à la terrasse des Deux Magots où je la trouve en compagnie de Vickie-vick la revenante – qui mérite son épithète tant par sa longue éclipse que par sa tronche à jouer dans le prochain remake de Zombie sans trucages numériques et sans maquillage. A la table de gauche, un Philippe Sollers de solderie en total look Old England la joue ping-pong rentrant avec une sorbonnarde devenue perméable aux vaticinations de ce genre de lettrés périmés à force de tromper la faim à coups de chips aux crevettes et de cafés crème. A droite une liftée du jour se retient les agrafes en plein flip de finir plus fripée que les aisselles de Régine. L’endroit idéal pour une sortie d’after, c’est, en enfilant mitaines et lunettes de soleil, ce qu’a du se dire la paire de déglinguos que je capte en flag à l’heure matinale où piaillent les piafs et où un demi s’impose pour faire couler le ou les comprimés de Demerol qui feront passer la journée – breakfast of champions, toi-même tu sais. Vicky-vick, quand t’auras tellement aspiré la moelle du poulain qui te sert d’étalon qu’il pourra passer d’un seul tenant par le conduit de ta fosse septique, fais-moi signe… j’en ai plein le cul de mon boche de coloc’ et de cette impression de passer des vacances en Bavière alors même que j’ai pas franchi le périph’.
10.7.07 00:00


Mercredi, le onzième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Αναπλάσσω [façonner à nouveau]


Imminence de l’aurore, ensemble indistinct de corps lumineux
Je perçois le scintillement des lignes de fuite
Ta peau reflètera le jour, en mes années sauvages tu vins, pris diverses formes, me perdis dans cette danse
Prégnance du lien, belle heure liminaire, musique sûre de ton corps
J’écoute la lenteur de ton battement
Tout ce qui a été révélé le fut de l’autre côté de ton bras
11.7.07 00:00


Jeudi, le douzième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Mehdi Mahdavikia


En lévitation intercontinentale K. file sur un surf imaginaire à douze miles au-dessus de l’archipel du Vanuatu, nous vous prions de regagner vos sièges et d’attacher vos ceintures, le commandant de bord vous informe que nous entamons notre descente vers l’aéroport, il est 10:34 heure locale et la température extérieure est de 72°C : wake up darling, c’est par ici que ça se passe, pose sous nos latitudes les deux merveilleuses profilées bombées qui te servent de boul’ et trouve dans ce qui te reste de lucidité post-orgie de quoi me prêter deux toutes petites minutes d’attention. C’est dans mes artères qu’elle pulse, dans mes veines qu’elle coule non-stop, fluide comme du liquide de frein tout neuf et chaude comme une gomme après soixante tours de piste à Monza, un bout de gamine de pas même cinquante kilos qui décide le matin dans quel sens le monde va tourner : T. aka Cordélie aka Juliette aka la fille de feu Vojvodine aka mon boss aka l’amour de ma vie… et tu peux crois-moi sans problème bénir le jour où elle a décidé qu’elle voulait te rencontrer et faire briller sur ton décolleté légendaire la lumière de Râ le grand dieu solaire.

- Qu’est-ce qu’elle me veut la putasse ? Je cherche pas de taf Ska, c’est le daron qui paye l’essence, les factures, les restos, la dope et le teinturier

- Sois pas si terre à terre K., pas tant une question de thune que de prestige international si tu veux… Le genre de poste hautement exposé aux radiations de la strass connection, tout Paname qui nettoie tes semelles boueuses à coups de langue et des attachées de presse déguisées en Fée Clochette qui jettent des pétales de roses partout où tu t’apprêtes à poser le pied en chantant le Pie Jesu du Requiem de Fauré remixé par Timbaland.

- Ça m’a tout l’air d’être un job de pute de luxe.

- T’es pas loin darling, t’es pas loin…
12.7.07 00:00


Vendredi, le treizième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Jamel l'oiseau


13.7.07 00:00


Samedi, le quatorzième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Saint Jean Baptiste ah ouais ?
Sous réserve de modifications


La Honda CBR de K. entre nos cuisses et chauffent les germanopratins pavés de la place, reflet de notre image floue dans les yeux de carpes mortes d’un gang de paroissiens que l’Eglise vient de vomir comme un pochard gastronome une pizza semi-digérée noyée dans le martini rosso. Plus frais qu’une télétransportation newtonienne nous voilà au coin de l’avenue P… dans le luxueux capharnaüm qui sert d’appart’ à une K bien décidée à gratter quelques heures de sommeil avant d’envisager la possibilité d’accepter de se laisser traîner à la casa Double-V : pas d’objections Miss, moi-même je signe direct pour une sieste, même – et surtout – non crapuleuse, mon déficit de sommeil étant pas loin de faire aussi flipper que celui de la balance commerciale étasunienne. On boira bien quelque chose avant de se coucher darling ? non, je t’assure j’en crois rien et j’en croirais rien tant que je t’aurais pas vu de mes yeux vu le faire, je pourrai pas croire que tu sais décapsuler une Smirnoff Ice avec les dents… pop / pschitt… et homme de peu de foi, je m’incline K, devant la toute puissance de tes maxillaires.

- Ska, si ça peut te faire plaisir, quart d’heure américain syndical : j’honorerais ta pouf de mon auguste présence, mais pas une demi-minute de plus. Et si tu veux le conseil qui va bien, change d’écurie… parce que t’as parier sur le mauvais cheval : ta petite, mon daron va la driver avant qu’elle ait eu le temps de faire un tour de bateau mouche avec ses arrière-cousins arriérés rednecks du trou-de-bal de l’Oklahoma en chantant du Hank Williams.

- Te formalise pas ma belle, mais je préfère quand tu te sers de ta gueule comme d’un décapsuleur que comme d’une pompe à merde : le Geldhoff a rien à foutre dans le biz’ de T. C’est moi que Slim a mis sur le coup et personne d’autre ; ton dab il doit encore être occupé à nettoyer les chiottes de chez Vitelli avec la tronche d’un punk qu’a voulu la faire à l’envers à Slim.

- Ce que mon père dit quand je l’entend le dire, voilà encore un truc que je suis capable de savoir : l’héritière Vojvodine c’est avant longtemps qu’il va la driver. Après mon poulet, si tu crois que c’est à un second couteau dans ton genre que Slim confierait la tutelle du numéro un de la chatte en DVD en Europe, c’est que t’as atteint un stade de stupidité tellement avancé que tu en deviendrais presque attendrissant.

Comme toujours quand je réfléchis à ce qu’on vient de me dire, j’ai été contraint de fermer ma gueule – et comme disait toujours l’autre branque de Bellecour : le multifonction, c’est un truc de robot.
14.7.07 00:00


Dimanche, le quinzième jour du mois de juillet deux-mille-sept

ερύθρός

Tes lèvres au dessin souple sont comme diverses nuits
en songe
Tirée du puit, l’eau est amène qui nous recouvre et mes mains trouvent le chemin de ton bassin
Etrange lueur du crépuscule, chants noyés dans la touffeur du couchant, prémisses silencieuses d’une nuit hantée
Ce qui charrie l’ombre fuyante de mon corps s’éteint, je reste étendu, plein de toi
L’imminence de ta parole me ramène au siècle, assujetti et fou
15.7.07 00:00


Lundi, le seizième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Ontophanie

On ne naît pas poète. On ne le devient pas non plus. Il y a un désir qui est comme une île et il faut nager jusqu’à lui.
Nous parlons d’un journal de bord mort avant d’avoir vécu. Sa réalité ? Elle est plus que discutable. Ceux qui l’ont rêvé culte le voient aujourd’hui prisonnier de sa factice exubérance. Comme tout ce qui n’a jamais existé, c’est à une dérive sans fin qu’il est condamné. Il n’y a pas d’espoir d’échouage. Ce navire ne mouillera nulle part. Il restera perpétuellement aussi loin de la vérité qu’on peut l’être.
16.7.07 00:00


Mardi, le dix-septième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Clive Anthony Broadus

Les garimpeiros lui ont sauté au cou comme un gang de sauterelles vampires sur une vierge boutonneuse et à peine le temps de dire « Tristan trisse la tresse du triste temps » il était à poil et peeling facial retourné freestyle à la crosse de 38. Ça a chanté dans toute la jungle, de la route de l’enfer jusqu'au camp 04 et les gosses criaient des insultes en portugais comme à la curée. Il est revenu à pied par la brousse et ça lui a pris cinq jours, ni plus ni moins, au bout desquels il est tombé la tête la première dans une pirogue direction Oyapoc où il a trouvé une pute à crédit sous prétexte qu’il parlait si bien le français… même pas en rêve il avait de quoi payer. Au bout de deux jours de baise et de baratin la fille l’a foutu à la porte avec le plus gros coup de schlap au cul qu’une pute puisse donner. A se demander si elle lui a pas casser le boul parce que depuis il chie pas sans douleur et même parfois il saigne un peu. Il est remonté en stop jusqu’à Salvador de Bahia et aux dernières nouvelles c’est là-bas qu’il trime, je crois en tant que docker.
17.7.07 00:00


Mercredi, le dix-huitième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Desert Lamento

Pourquoi toutes ces putes massées derrière la porte ?
Marilyn, passe-moi mon épuisette, je vais en capter deux-trois histoire de…
(Derrière le frigo une blatte en tongs fume du tabac aux crevettes dans une pipe en terre… Le fromage dégouline sur les bords d’un vieux toast et le ventilateur fait un bruit de conspirateur asthmatique en solex…Une des putes se retrouve dans l’épuisette suite au coup de filet)
Regarde Marilyn, elle a les pupilles dilatées… la dope, ça c’est la dope… c’est pour ça qu’elles ont la dalle… c’est la dope qui les creuse, ça les affame, elle te boufferait les tripes en rillettes si tu les laissais faire. Passe-moi le cutter…
(La lame du cutter brille bleue sous la lumière du néon mais on distingue quand même une petite tâche de rouille qui commence à se forme à la surface du métal… Sur la crédence un boa se tord au son d’un groove acarien tribal et les étoiles pissent un liquide blanchâtre à la gueule du ciel)
Là, tu vois, c’est derrière les ligaments que les reines pondent les œufs, et quand les larves se développent elles bouffent la pute de l’intérieur. La pute est obligée de se piquer à cause de la douleur et de bouffer comme un chancre pour nourrir les larves, mais la dope excite les larves et elles bouffent encore plus, du coup la douleur augmente et les besoins en dope et l’appétit des larves, et tu vois c’est un cercle vicieux. Mais sans la piquouse à la base, jamais la reine aurait pondu les œufs. Sors le 38., je vais l’achever…
(Derrière la porte les coups des putes redoublent, les gonds rendent un son qui évoque celui d’un panzer rouillé en piqué sur Tiananmen. Le sirocco se lève, violent et subit comme une poussée d’herpès et un chacal qui traînait non loin de là achève d’empaler une effigie de son ex sur un cactus)
18.7.07 00:00


Jeudi, le dix-neuvième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Desert Lamento (deuxième partie)

C’est les Chinois-Africains qui ont inondé la place de Qualuud. Au début, je me souviens, il étaient peut-être deux ou trois dealers : un derrière la boutique du vieux Gas, un dans la cave de la baraque d’hiver et un autre je crois, qui traînait peut-être entre l’usine de ressorts et le centre de cure, surtout les mois en -embre. Et le business a décollé et ils ont débarqué de tous les recoins de la Chinafrique avec leurs cheveux crépus et leurs yeux bridés. Putain de métèques !
(La dépêche tombe : Harry Potter est mort dans un attentat suicide mercredi matin dans la banlieue de Falloudja. Les putes fondent en larmes et s’arrachent les cheveux tandis qu’un imam déguisé en femme fait des libations avec des cocktails lait de chèvre/curaçao/pisse d’iguane)
Regarde-moi ça Marilyn, elles chialent comme des femmelettes. Ça pourtant elles ont pas peur des aiguilles et de s’écorcher la peau du bide avec leurs lames de douze. Y en a qui remplissent de sang des boyaux de chats avant de se les foutre dans la schneck. Si, si, je les ai vues faire près de l’ancienne gare, sous les auvents dépouillés, à la lueur du couchant.
(Quelques unes des putes se mettent à ramper en slip vers le château d’eau. La plus jeune siphonne le réservoir du pick-up et s’asperge d’essence et s’immole par le feu. Du haut de la colline, deux gamins en cavale regardent la scène avec des jumelles et se masturbent mutuellement)
Regarde celle qui crame, on dirait une bûche ramoneuse. Faudra que je refasse le plein du pick-up ; le vieux fout de l’huile de colza dedans. Une fois il a choppé un Chinois-Africain et il lui a fait boire le bidon de cinq litres, et chaque fois que l’autre s’apprêtait à gerber, il lui foutait de la ouate chirurgicale dans la bouche. Il a mis une heure à crever et dés qu’il était froid, il s’est fait bouffé par un gang de putes dopées.
19.7.07 00:00


Vendredi, le vingtième jour du mois de juillet deux-mille-sept

Jamel l'oiseau


20.7.07 00:00


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