|
Samedi, le premier jour du mois de décembre deux-mille-sept
En rêve In feuchter Luft schwankt blühendes Apfelgezweig On tient souvent pour une seule vérité ce qui n’est que deux fois à moitié vrai. Derrière son comptoir, je sais que Freddy garde sous la caisse un exemplaire de Sebastian im Traum. Je sais qu’il l’ouvre chaque fois que la solitude le surprend. Dix-sept ans ont passé depuis qu’i la trouvé ce vieux livre dans les affaires de son père. Dix-sept ans qu’il l’écoute et Nous faisons en sorte de rendre les choses le plus simples possibles. C’est d’ailleurs pour ne pas trop nous embarrasser que, toutes, nous les nommons choses. J’ignore si Freddy a une sœur, s’il en a eu une, si elle est encore vivante, si Dans l’air humide oscille les rameaux en fleur du pommier |
|
|
1.12.07 00:00 |
|
|
Dimanche, le deuxième jour du mois de décembre deux-mille-sept
La Slovaquie ou la mort J’écris depuis un présent fracturé. S’agit-il de se repaître de ces miettes nonchalamment semées ? Doit-on accorder foi à cette vision fragmentaire ? Et lorsque je dis on je ne le dis pas à l’exclusion de moi. Je ne sais pas plus que vous si je dois croire à ce que j’écris. Pourtant John-Michel, je ne l’ai pas inventé quand même. Son pull marin au col jamais boutonné, ses mains calleuses, son sourire crispé, sa façon horripilante de dire fondamentalement ; ça je n’ai pas pu l’inventer. Il voit Gisèle revenir des toilettes et malgré tout, il la trouve belle. Freddy aussi la trouve belle, mais il ne la désire pas. Il ne peut pas. C’est peut-être sa sœur. Es rauscht die Klage das herbstliche Rohr, dem Schatten der Schwester, ce n’est pas la chatte de la sœur. Ça ne se traduit en tout cas pas comme ça, même si au fond ça l’est peut-être, même si je ne peux m’empêcher de penser que quelque part ça l’a été. Le roseau automnal, l’étang bleu/ Bruissent la plainte/ Mourante sous des arbres reverdis/ Et suivant l’ombre de la sœur. L’ombre de la sœur. Personne ne songe à suivre l’ombre de Gisèle. C’est la plainte qui est mourante, mais Freddy lors d’une lecture inattentive, à un jour craint que ce ne soit la sœur. Gisèle n’est pas mourante. Au moins pas dans l’acception générale du terme. Mais John-Michel nous dirait que tout ce qui vit est mourant. Pour le poète, ce qui ne vit pas l’est aussi, comme une plainte. Ou comme la vague de cristal contre le mur en ruine Die kristallne Woge Je ne sais pas si Gisèle est belle. Avec ses pupilles dilatées, ses lèvres pâles, son nez dont l’extrémité bouge quand elle parle avec animation.
|
|
|
2.12.07 00:00 |
|