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Jeudi, le seizième jour du mois d'octobre deux-mille-huit
Héautontimorouménos "Ce qu'un homme fait pour gagner sa vie présente peu d'intérêt. C'est en tant qu'instrument réagissant à la beauté du monde qu'il existe. Je ne demande jamais à un homme ce qu'il fait. Ce qui m'intéresse, ce sont ses pensées et ses rêves." Howard Philips Lovecraft aka The lurker at the threshold |
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Mardi, le quatorzième jour du mois d'octobre deux-mille-huit
"And of ye Seede of Olde shal One be borne who shal looke Backe, tho' know'g not what he seeke." "Et de la Semence d'Autrefois naîtra Celui qui regardera en Arrière sans savoir ce qu'il cherche." YOGG SOTHOTH |
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Dimanche, le trentième jour du mois de mars deux-mille-huit
Le jour des sauterelles 1939, Los Angeles, un certain John Fante accouche d'un certain chef- d'oeuvre : Demande à la poussière. La bombe ne fait d'abord pas de bruit : c'est une bombe à retardement. 1939 encore, Los Angeles toujours, un certain Nathanaël West frappe un coup dont la magnitude s'approche dangereusement de celle de Ask the dust. Le livre, L'incendie de Los Angeles, n'a pas le retentissement qu'il mérite, ne l'aura jamais. De prime abord, le bouquin est loin d'impressionner. La légère ironie, l'humour distancié ne font pas mouche et les signaux semble annoncer qu'on se dirige vers une classique histoire d'amour un peu niaise. Fausse route. Pas de romance entre le héros Tod Hackett et sa voisine, Faye Greener. Tod désire cette Faye qui le fascine, certes, mais il n'est pas question d'amour. Cette petite-là n'apparaît d'ailleurs pas foncièrement "aimable". Aucun des personnages, en fait, n'inspire de réelle sympathie, pas même Tod, héros bancal, sans tripes, ni cran, faisant plusieurs fois plus que frôler le pathétique. Tous ces personnages, qui ont convergé vers Hollywood, sont des paumés, des névrosés, des ratés, des désaxés. Ils forment une galerie grotesque, dont la folie douce monte en puissance au fil de ces pages sans intrigue pour aboutir à une apogée de n'importe quoi, n'importe comment d'une violence d'autant plus époustouflante qu'elle est surtout symbolique. L'incendie commence doucement pour monter progressivement en régime, noircir, avant un final en apothéose qui prend à la gorge. L'ironie est balayée pour laisser la place à une profonde amertume, résultante du triomphe de la machinerie de l'absurde. L'incendie n'est pas dénué de défauts et n'atteint pas au sublime d'un Demande à la poussière qui possède ce supplément d'âme qui vient souffler le lecteur. Sa ligne est peut-être un peu trop flottante, la psychologie de ses personnages un peu sommaire, ses descriptions longuettes, mais quelle justesse, quelle puissance, quelle violence, quelle humanité ! On se prend la claque d'autant plus en pleine tronche que rien ne l'annonce. Un bouquin qui frappe fort et juste et qui rappelle à ceux qui l'avait oublié que dans le fond, rien n'a vraiment changé depuis l'entre deux guerres. "It was a mistake to think them harmless curiosity seekers. They were savage and bitter, especially the middle-aged and the old, and had been made so by boredom and disappointment." "C'était une de les prendres pour d'inoffensif curieux. Ils étaient violents et amers, surtout les vieux et les presque-vieux ; ils l'étaient à force d'ennui et de désillusions."
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Mercredi, le quatrième jour du mois de juillet deux-mille-sept
Le temps... et rien d'autre Nostromo est un roman remarquable à plus d’un titre : acuité habituelle du regard de Conrad sur ses personnages, complexité et finesse parfaitement maîtrisées de leur interactions, souci évident du détail d’où découle un réalisme saisissant dans la peinture des enjeux politiques autour de Sulaco et, enfin, indéniable virtuosité stylistique... malgré le style très classique. Mais ce qui frappe le plus dans cette œuvre c'est le degré d’intrication des diverses strates du temps et les incessants allers-retours entre présent et passé. Ou, devrais-je dire, les incessants allers-retours entre les divers temps du passé. Car on sait en fait peu de chose de ce temps qui est celui de l’énonciation et dans l’incessant va-et-vient, il est difficile de cerner quel est le temps du récit. Après avoir naviguer entre des passés dont le degré d’ancienneté varie – donnant ainsi la sensation d’une longue mise en place – l’intrigue semble enfin se fixer, lorsque après cent cinquante pages, Sulaco se voit menacée par la révolte montériste. On semble alors saisir qu’elle se situe à l’échelle de la province de cette petite république et que les personnages ne serviront que de rouages à des événements les dépassant par leur portée historique (pour reprendre les propos du Capitaine Mitchell). Mais ces événements, par ailleurs évoqués dés l’entame du récit, seront expédiés lors de nouveaux brusques sauts dans le temps. D’abord la première phase concernant, l’encerclement de Sulaco, le sera dans une lettre de Decoud à sa sœur ; mais surtout la crise politique, les affrontements et la sauvegarde de l’intégrité de la province, cet enchaînement si longuement mis en place (et véritable pain béni pour un romancier) sera expédié en une dizaine de pages dans un récit dépassionné et bien postérieur à ces heures glorieuses, assumé qui plus est (et ça ne peut pas être anodin) par le raseur Mitchell. Enorme frustration pour celui qui avait anticipé un récit haletant de ces instants critiques. A ce moment, on ne peut que se rendre à l’évidence : le nœud dramaturgique n’est pas le destin de Sulaco et de sa mine d’argent au sein de la révolution qui balaye le Costaguana. Cette révolution n’est presque qu’une toile de fond, ou plus précisément, un révélateur qui permet, par le biais du chaos engendré, de pénétrer au plus profond des psychologies des personnages touchés. On se rend compte, en raisonnant par analogie, que les va-et-vient entre les divers passés qui rythment le début du roman, nous plongeaient systématiquement dans des situations critiques, d’abord à l’échelle des personnages, et seulement ensuite à l’échelle de la cité. Et c’est parce que la clé n’est jamais ailleurs qu’au niveau humain que toute dramatique associée au contexte politique est systématiquement désamorcée (soit en se voyant brièvement résolue au sein d'un dialogue postérieur, soit parce que son dénouement avait été révélé antérieurement). Quant à Nostromo, héros éponyme, très longtemps son ombre ne fait que planer au-dessus de Sulaco sans que l'on comprenne pourquoi il a donné son nom au livre. Le magnifique capataz de cargadores reste un mystère pour le lecteur, comme il l’est pour les habitants de la ville. Homme cumulant les succès et les exploits, c’est à ses échecs et à sa déchéance que s’attache Conrad. Autour de lui aussi, le temps se distord, devient aussi mouvant qu'élastique. De son incroyable chevauché à travers le Costaguana (qui fera basculer le sort de la province), on ne saura que peu de choses, quelques bribes dans la bouche de Mitchell ; en revanche, c’est en intégralité que l’on vit son échec à ramener la précieuse cargaison d’argent à bon port. Ces lingots d’argent auraient d’ailleurs pu donner leur titre au roman tant ils semblent être le centre de toutes les attentions et la cause de toutes les dérives. La mine qui vomit ce trésor vampirise Charles Gould et prive sa femme du bonheur conjugal ; les lingots précipitent directement la perte de Decoud et indirectement celle de Sotillo, avant enfin de sceller le sort de Nostromo. Ces deux derniers devenant totalement esclave du trésor, comme les deux légendaires gringos évoqués dans les premières pages. Mais comme les événements politiques du Costaguana, cet argent n’intéresse Conrad que dans la mesure où il révèle une partie de la psychologie de ces personnages. Au final, on pourra conclure que sous des dehors de fresque quasi-historique et de récit d’aventure, Nostromo s’avère être un roman principalement psychologique, ou en tout cas dont l’action ne dépasse pas l’échelle humaine. Aucun des actes d’héroïsme brièvement mentionné ne fait l’objet d’un plus ample développement parce que Nostromo est un livre sur les faiblesses des hommes et non sur leurs mérites, une tentative de saisir leur vérité dans ce qu’ils cachent et ce qu’ils ne maîtrisent pas. En témoigne d’ailleurs le capataz lui-même, ce Nostromo dont la vanité est double puisqu’il est aussi vaniteux que vain. |
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Dimanche, le dixième jour du mois de juin deux-mille-sept
Flux "Oui, me disais-je, moi aussi j’aime tout ce qui coule : les fleuves, les égouts, la lave, le sperme, le sang, la bile, les mots, les phrases. J’aime le liquide amniotique quand la poche des eaux crève, j’aime le rein avec ses calculs douloureux, sa gravelle et je ne sais quoi ; j’aime l’urine qui jaillit brûlante, et j’aime la blennorragie qui s’écoule indéfiniment ; j’aime les mots des hystériques et les phrases qui coulent comme la dysenterie et reflètent toutes les images des maladies de l’âme ; j’aime les grands fleuves comme l’Amazone et l’Orinoco, où des hommes timbrés comme Moravagine vont flottant à travers rêve et légende sur un canot et se noient aux bouches aveugles du fleuve. J’aime tout ce qui coule, même le flux menstruel qui emporte les œufs non fécondés. J’aime les écritures qui coulent qu’elles soient hiératiques, ésotériques, perverses, polymorphes ou unilatérales. J’aime tout ce qui coule, tout ce qui porte en soi le temps et le devenir, tout ce qui nous ramène au commencement où ne se trouve point de fin : la violence des prophètes, l’obscénité qui est extase, la sagesse des fanatiques, le prêtre avec sa litanie gommeuse, les mots ignobles de la putain, la salive qui s’écoule dans le ruisseau de la rue, le lait du sein et le miel amer qui coule de la matrice, tout ce qui est fluide, tout ce qui se fond, tout ce qui est dissous et dissolvant, tout le pus et la saleté qui en coulant se purifient, tout ce qui perd le sens de son origine, tout ce qui parcourt le grand circuit vers la mort et la dissolution. Le grand désir incestueux est de continuer à couler, ne faire qu’un avec le temps, et fondre ensemble la grande image de l’au-delà avec « ici et maintenant ». Désir infatué, désir de suicide, constipé par les mots et paralysé par la pensée." Henry Miller, Tropique du Cancer |
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Lundi, le vingt-et-unième jour du mois de mai deux-mille-sept
Amstrad designed dreams "Quand tu regardes une femme avec des vêtements dessus, tu imagines toutes sortes de choses; tu leurs donnes une individualité, quoi! qu'elles n'ont pas naturellement. Il y a tout juste une fente entre les jambes, et tu t'échauffes là-dessus - tu ne la regardes même pas la moitié du temps. Tu sais qu'elle y est, et tu ne penses qu'à y fourrer ton instrument... comme si ton pénis pensait pour toi... pour une fente avec des poils dessus, ou sans poils... C'est si totalement dépourvu de sens, que ça me fascinait de le regarder. J'ai du l'étudier dix minutes ou d'avantage. Quand tu le regardes de cette façon, avec détachement, quoi! il te vient des drôles d'idées dans la tête. Tout ce mystère sur le sexe... et puis tu découvres qu'il n'y a rien... c'est le vide... ça serait drôle si tu y trouvais un harmonica... ou un calendrier! Mais il n'y a rien, absolument rien... C'est dégoütant. Ca m'a rendu presque fou... Ecoute, sais-tu ce que j'ai fai fait ensuite ? J'ai tiré un coup en vitesse, et je lui ai tourné le dos. Oui, mon vieux! j'ai pris un livre et je me suis mis à lire. Tu peux tirer quelque chose d'un livre, même d'un mauvais livre... mais un con, c'est du temps de perdu, absolument!..." Henry Miller, Tropique du Cancer |
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Another one about Jesus, a wedding sheet and a bowie knife
Someone needs to take A rusty bowie knife to you From your groin to your chest-bone, And spill the truth That way you might touch your inside Like I has to Like you always make me do Someone spaded Jesus Christ through skin meat and bone The iron from the spike it starts that rusting The iron from his blood, it adds to that rusting His blood runs down the hill And pools up in the cotton field Where the cotton it be twice growing And it is cherished for its red red hue And it is marvelled for its stiffness And it is revered for its twice growing From above the earth crawling back into the earth To be spat back out that mool Be twice growing like Jesus Christ will To return like Jesus Christ And centuries have passed and I met you And you love me Christ girl, you know how much you love me And someone made for us This old wedding sheet One side of the sheet well it be the man side The other side of the sheet, well it be the woman side I fit myself into the pre-made hole, in this wedding sheet When I lay down on top of you Someone says I’m hard But I’m never hard enough for you Especially when you take your sewing needle And scratch a mark on your wrist Especially when you take your sewing needle And scratch a mark on your ankle Especially when you take your sewing needle And close up that hole in our sheet And you use this sheet to wipe away your inside And now our sheet it’s got a red red hue And now our sheet it’s got this stiffness And now our sheet it’s growing twice growing The iron from your inside, it reopened up that hole Yes it did rust it Your blood did rust it Your eyes went and rust it And everything is rusting And everything will rust for you as well Jay Munly |
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Mardi, le vingt-septième jour du mois de mars deux-mille-sept
Guerilla Radio Nothing is over! Nothing! You just don't turn it off! It wasn't my war. You asked me, I didn't ask you! I did everything I had to do to win, but someone wouldn't let us win. Then I come back to the world and I see all those maggots at the airport protesting me, spitting. Calling me baby killer and all that vile crap! Who are they to protest me? Who are they? Unless they've been me and been there and know what the hell they're yelling about? For me, civilian life is nothing. In the field, we had a code of honour. You watch my back, I watch yours. Back here, there's nothing! Back there I can fly a gun ship, I can drive a tank, I was in charge of a million dollar equipment. Back here I can't even hold a job parking cars! Where is everybody? I had a friend who was there for us. There were all these guys, man. Back there were all these fuckin’ guys! Who were my friends! Back here there's nothing! Remember Dan Forest? Wore this black headband. I took one of his magic markers, and I said "if found... mail this to Las Vegas", because we were always talking about Vegas. And this fucking car, this fucking 58 Chevy convertible. He was talking about his car, he said he would cruise till the tires fell off. In one of these barns a kid came up. This kid carrying a shoe shine box. ''Shine please, shine?'' He kept on asking. Joe said ya. I went to get a couple of beers. And the box was wired. He opened up the box... Fucking blew his body all over the place. He's laying there and he's fucking screaming... there's pieces of him all over me! And I'm trying to pull them off, you know... my friend! it's all over me! I got blood and everything and... I'm trying to hold him together, I put him together… the fucking entrails keep coming out! And nobody would help! They only go ''I want to go home!'' just calling my name. ''I want to go home, Johnny! I want to drive my Chevy!'' But I couldn't find his legs. ''I can't find your legs!'' I can't get it out of my head. It was seven years. Every day it hurts. Sometimes I wake up and don't know where I am. I don't talk to anybody. Sometimes a day... Sometimes a week... I can't put it out of my mind. |
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Bonus : la critique express
300 Pitch : Dans le corridor dit Thermopyles, trois cent Spartiates défendent leur cité face à l'assaut de dizaine de milliers de Perses. Avis critique : Trop de sentiments, trop peu de sexe. Trop de grandiloquence, trop peu de combats. Trop d'idéologie, trop peu de membres coupés. |
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Mardi, le vingtième jour du mois de mars deux-mille-sept
Le spectacle si touchant de la perfection Posons qu’il existe des films que l’on va voir ayant soif, et que ceux-ci s’avèrent si époustouflants que même longtemps après être sorti de la salle, on ne pense plus à cette envie autrefois pressante de boire. Posons qu’il existe des films qui défient toute critique (enfin pas toute, mais du moins la mienne) tant la douce puissance de leur âme nous laisse désarmés, dépouillés de toutes les grilles d’analyse et d’interprétation qui nous permettent habituellement de juger un film. Si de tels films existent encore, alors il nous reste des raisons d’aller au cinéma. Si de tels films existent, à n’en pas douter Lady Chatterley en fait partie. Véritable prouesse, ou non, plutôt prodige, miracle, Lady Chatterley parvient à être un film d’amour pur (à la fois film-d’amour pur et film d’amour-pur) sans contenir le moindre résidu si insignifiant soit-il de niaiserie. Œuvre aussi ambitieuse que précieuse, elle installe calmement son rythme et s’immisce en nous aussi sûrement que le fait la passion entre Constance et le garde-chasse. Et dés lors elle distille une beauté qui est d’autant plus saisissante qu’elle n’a rien d’irréel. Maîtrisé de bout en bout, le film ne compte pas une scène superflue au long de ses deux heures quarante. Tout y est innocent et édénique comme a pu l’être avant Paul et Virginie, et tout y est mots de taiseux et silences comme l’est la plus pure poésie. Et, bouleversé, on se rend compte au final que l’on a assisté à un spectacle rare, celui de la perfection. |
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Mercredi, le quatorzième jour du mois de mars deux-mille-sept
Miracle "Sur le méridien du temps, il n'y a pas d'injustice; il n'y a que la poésie du mouvement qui crée l'illusion de la vérité et du drame.[...] ce qui est monstrueux ce n'est pas que les hommes aient fait pousser des roses sur ce tas de fumier, mais que, pour une raison ou pour une autre, ils aient besoin de roses." Henry Miller, Tropique du Cancer ...sans oublier de souhaiter un bon anniversaire à Sasha Grey... |
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Lundi, le cinquième jour du mois de mars deux-mille-sept
Inland Empire Que sommes nous face à Inland Empire ? En quel genre d’inoffensif et spongieux bétail doit-on se changer pour accepter ce film en son sein ? Ce qu’a toujours fait Lynch, c’est éclater la structure narrative, faire vaciller l’évidence de la représentation cinématographique, mettre au jour la multiplicité des sens. Son cinéma est une expérience intime qui nous met au prise avec cette chose très réelle qu’est l’impossibilité de l’exhaustivité de la compréhension : nous ne pouvons pas tout comprendre, jamais. En cela voir un de ses films n’est pas comme pour les autres oeuvres audiovisuelles l’expérience d’une narration simple qui donne l’illusion de contrôler, mais un miroir tendu qui nous permet de contempler notre condition profondément humaine, celle qui nous interdit de comprendre et de savoir sans la somme d’efforts nécessaires à la connaissance, une connaissance qui elle-même ne sera jamais complète, peu importe les forces jetée dans cette bataille. Une réalité posée dévie ou s’interrompt brutalement, fait place à l’avènement d’une autre réalité, quelque chose qui est donc a priori inacceptable, mais qui sera néanmoins accepté dans l’espoir que la réalité de départ soit rétablie ou que la déviation, l’interruption soit justifiée. Elle ne l’est bien sûr pas et nous ne pouvons que constater que la fiction a survécu et notre intérêt avec elle ; sans qu’aucun accord préalable (tacite ou explicite) ne soit passé, le cinéaste a obtenu de nous que nous renoncions à tout comprendre et nous a fait accepter l’idée qu’il n’existe de la réalité que les interprétations qu’on en donne. Mais au jeu de l’éclatement de la structure narrative, Inland Empire va trop loin. L’évidence ne vacille plus, elle est abolie, et en corollaire, ce qui vole en éclat c’est la cohérence. Et là où il y avait plusieurs sens possibles, il n’y en a plus aucun (ou alors il est enfoui tellement profondément qu’on peut le tenir pour mort). La fascination qu’exerce le mystère se voit trop souvent remplacé par le sentiment d’être le jouet d’une vaste fumisterie où d’assister au spectacle d’un artiste qui s’auto-parodie a force de patauger dans ses obsessions sur le visible et le caché, le théâtre des rêves et les portes (physique ou non) qui permettent d’y accéder. Ce qui est rageant c’est que le film entier suinte un incontestable talent, mais celui-ci donne l’impression d’avoir été pris au piège de sa virtuosité ou du crédit acquis grâce au chef-d’œuvre définitif que constitue Mulholland Drive. On sent qu’en taillant à la hache dans la prétention et les impostures qui entachent le film, on trouverait cette ancienne alchimie, mais comme face à n’importe quelle autre œuvre, nous n’avons devant Inland Empire que nos yeux. |
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Mercredi, le vingtième jour du mois de décembre deux-mille-six
Do not go gentle into that good night Grave men, near death, who see with blinding sight Dylan Thomas |
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"Ce que nous voulons, c'est étendre la Terre jusqu'à ses confins reculés.
Les autres mondes ? Pourquoi faire ? Nous cherchons un miroir. S'épuiser à trouver un contact qui ne sera sans doute jamais établi ? Nous sommes dans la position ridicule de celui qui se précipite vers un but qui l'effraie et dont il n'a que faire. C'est de l'homme que l'homme a besoin !" (Solaris - Andreï Tarkovsky) |
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Dimanche, le dixièeme jour du mois de décembre deux-mille-six
Naomi Watts : "Je suis contre... par principe"
Là où le bat a blessé, c’est lorsque je me suis retrouvé immergé dans une structure classique de couple, contraint de porter la responsabilité d’une fille que sa faiblesse rendait d�pendante de mes attentions. Si j’ai trouvé là le sentiment réconfortant de servir à quelque chose, j’ai également constaté une certaine privation de liberté et une absence d’émulation intellectuelle dommageable. Il apparaît bien sûr que j’ai fait là l’expérience d’une forme particulièrement achevée de couple sexiste où chacun respectait les représentations traditionnelles qu’il avait intégré. Et il est toujours peu sûr de baser tout un jugement (définitif et nuancé ) sur cas de figure presque archétypique. Mais une telle expérience est idéale pour tirer des conclusions générales. Celles-ci sont claires. Les relations amoureuses sont une chose trop accessoire pour qu’on y consacre l’énergie que nécessite d’avoir une personne pratiquement à sa charge. Une fille qui persiste dans la soumission intellectuelle face au mâle qu’on a tenté de lui inculquer à coup de préjugés, de raccourcis abusifs et de prêt à penser, ne peut participer que de manière très marginale à un enrichissement culturel et intellectuel au sein du couple. Une fille qui a trop bien intégré les clivages sexuels dont notre société ne parvient pas à se défaire, aura tendance à se concevoir en gardienne du temple domestique et se verra incapable de remettre en cause et de faire exploser les valeurs traditionnelles qui sclérose le quotidien et se révélera inévitablement d’un ennui mortel. Aujourd’hui coupé des femmes de chair avec lesquelles mon impossibilité de communiquer est flagrante, je me suis réfugié dans un bestiaires féminin alimenté par les actes de dominations les plus violents, la mode et la pornographie. Je me partage entre des chimères diamétralement opposées - ange adolescentes asexuées et putes suintant la luxure - pour assouvir des aspirations contradictoires. Suis-je prêt à accepter la fin de ces soumissions extrêmes à l’ordre masculin (le mannequin image pure privée de parole et traité comme une poupée, l”actrice X autorisée seulement à parler pour proclamer qu’elle est une chienne et traitée elle aussi comme une poupée - quoique gonflable celle-là ) pour assister à l’éclosion de femmes qui ne se soumettent pas et ne renoncent pas aux attributs longtemps considérés à tort comme apanage du sexe masculin ? |
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Samedi, le neuvième jour du mois de décembre deux-mille-six
Je te Naomi aime Watts
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Vendredi, le huitième jour du mois de décembre deux-mille-six
Naomi Watts-o-ever King Kong Théorie est un livre intéressant à plusieurs titres. Hybride, il tient à la fois de témoignage, de manifeste et d'essai. Ce n'est pas à proprement parler une somme ou la révolution féministe pour lequel on a tenté de le faire passer, mais la voix de Despentes ne sonne pas comme une de plus dans le désert. Si son ton souvent péremptoire ne lui permet pas d'éviter des maladresses, elles sont généralement rattrapées par son énergie, sa sincérité et sa volonté de s'écarter de tout dogme en même temps que des sentiers battus. Elle sert un féminisme réaliste, un féminisme de terrain qui ne tient pas à s'encombrer d'une morale bourgeoise de féminisme de salon. c'est presque un mode d'emploi, une pratique sans théorie. Et sa principale qualité est aussi son défaut majeur : Despentes n'est pas une chercheuse. L'originalité de la démarche fixe ses limites. L'auteur n'a pas réellement autorité et si l'on ne doute pas qu'elle a travaillé et longuement rebattu son sujet avant de rédigé son texte, cela ne se voit pas vraiment. Son côté instincitf en fait une oeuvre fluide, jamais absconse, mais surtout trop vite digérée. Je m'interroge sur sa capacité à marquer les esprits. C'est un livre que j'encourage à lire tout en me demandant s'il parviendra à satisfaire son inavouable ambition : convaincre de l'urgence qu'il y a à faire éclater les carcans des sexes pour les affranchir de stéréotypes qui ne rendent personne heureux en même temps qu'ils rendent un grand service à la société occidentale du capitalisme triomphant ; et créer individuellement un insurrection contre l'absurde marché de la fesse. Pas celui qui s'assume comme marché (pornographie, prostitution) mais celui qui se cache, se camoufle et régit au quotidien les rapports de force et de séduction entre les sexes. |
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Jeudi, le septième jour du mois de décembre deux-mille-six
Naomi petite Watts aujourd'hui Au même titre que le viol et la pornographie, la prostitution a voix au chapitre dans King Kong Théorie. Rien de plus logique, Virginie Despentes s'étant occasionnellement prostitué avant de publier Baise-moi. Sans quitter le cadre du manifeste féministe, elle tient à mettre au point deux ou trois choses qui ne vont pas de soi pour tout le monde. La principale étant qu'il n'existe pas une unique façon de se prostituer et de la même façon, il n'existe pas une seule manière de vivre la prostitution. En clair, toutes les putes ne sont pas dépressives au bord du suicide, et toutes les putes ne mènent pas une vie marginale entre drogue et criminalité. |
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Mercredi, le sixième jour du mois de décembre deux-mille-six
Encore toi Naomi Watts ? A propos de la pornographie, Virginie Despentes note encore ceci : « On évoque souvent la frustration de la réalité, comparée à la mise en scène pornographique, ce réel ou les hommes doivent baiser avec des femmes qui ne leur ressemblent pas, ou pas souvent. […] La frustration du réel, c’est le deuil que les hommes doivent faire, s’ils veulent entrer en hétérosexualité, de l’idée de baiser avec des hommes qui auraient des attributs externes de femmes. » Si la formulation est maladroite – j’aurais plutôt dit “de baiser avec des femmes dont la libido est semblable à celle d’un homme” – l’idée qu’elle soulève n’en est pas moins intéressante en ce qu’elle pointe la différence structurelle qui existe, généralement, entre le désir des femmes et celui des hommes. Non pas que l’un soit moins intense que l’autre, simplement ils ne sont pas semblables. Ainsi entrer en hétérosexualité, pour chacun, homme comme femme, c’est souvent s’adapter, faire des concessions. Ce n’est que récemment (quelques décennies tout au plus) que cette adaptation au sein du couple à cesser d’être le seul fait de la femme, c’était le fameux devoir conjugal. Cette disparition semble symptomatique d’un rééquilibrage des forces au sein du mariage, mais si on ne parle plus aujourd’hui de devoir conjugal, on parle de plus en plus de viol domestique. Le viol justement est au cœur de King Kong Théorie. Il est considéré par l’auteur comme fondateur de son féminisme. A son sujet, elle souligne une chose frappante : si elle s’est débattu, elle n’a pas cherché à se défendre. C’est-à-dire qu’armée d’un couteau à cran d’arrêt caché dans sa poche, elle n’a pas cherché à l’utiliser pour blesser son agresseur ou à le menacer, contrairement, rajoute-t-elle, à ce qu’elle aurait fait si l’agression n’avait pas eu un caractère sexuel. Elle remarque judicieusement que les seuls films (hormis le sien Baise moi) où l’héroïne, violée, entre dans un cycle de violence dirigée vers son agresseur et le reste de la gent masculine, ont été réalisés par des hommes. Cela, explique-t-elle, tient à la culpabilité qu’il existe à avoir choisi de vivre violée plutôt que de mourir inviolée. A propos de ses agresseurs, elle a une réflexion saisissante mais ô combien juste : ils n’avaient certainement pas l’impression de commettre un viol. C’est que ce crime est particulièrement mal considéré chez les hommes. Il est condamné unanimement et souvent avec plus de virulence par ceux qui ont commis des infractions graves. Ceux dont on pourrait penser qu’ayant déjà basculé du mauvais côté de la barrière, ils auraient tendance à avoir une conscience plus lâche de ce qui est mal et de ce qui ne l’est pas. Dans son dernier album, Booba, qui a déjà eu l’occasion de séjourner derrière les barreaux, incarne parfaitement l’archétype du misogyne de cité (“Ici on est tranquille, loin de tout parasite / Baby fais-moi la bise puis suce-moi la bite” dans Le duc de Boulogne ou encore “Tu veux baiser sans sucer, bouffonne ?” dans Garde la pêche – deux exemples entre des dizaines d’autres), pourtant dans Boîte vocale, on peut entendre cette rime : “C’est Tallac records au bout du fil / demande la peine de mort pour pointeurs et pédophile”. Ainsi tout le monde, du bon père de famille au rappeur le plus misogyne s’accorde à condamner le viol avec une force que seule surpasse la condamnation de la pédophile. La réalité statistique est, elle, implacable : une femme sur trois au cours de sa vie a été victime de viol, violences ou agression sexuelle. Pour le viol caractérisé, la proportion tournerait autour d’une femme sur dix. Ces chiffres, je ne les prends pas comme de simples chiffres, ils viennent pour moi recouvrir une réalité que j’ai plusieurs fois rencontrée, sous forme de confidences, de témoignages. Les statistiques sont souvent abstraites, sur celles-ci je peux mettre des noms, des visages. Mais tous sont ceux de victimes. Car le paradoxe est là, nous connaissons tous des victimes, mais personne ne connaît d’agresseurs. Ou du moins, aucun agresseur n’ose se présenter comme tel. Car forcément, nous en connaissons ou en avons connu. C’est qu’un violeur ne se présentera jamais comme tel car il ne se définira jamais comme tel. Le décalage est dans le prisme : la victime sait que c’est un viol, le violeur lui pense n’avoir pas forcé, avoir juste peut-être un peu encouragé. Mais non il n’est pas un violeur, surtout pas, pas lui. Pour citer un rappeur moins conformiste : “C’est pas moi, c’est les autres”. L’adolescent qui participe à un viol en réunion sur une jeune fille dont tout le monde s’accorde à dire que c’est une traînée, une salope, une pute ou autre, ne se dit pas qu’il est un violeur. L’homme qui utilise du GHB ne se dit pas qu’il est un violeur. Celui qui à la fin d’une soirée arrosée pénètre sans son accord une femme à demi inconsciente ne se dit pas qu’il est un violeur. Pourtant tous le sont. Ils sont aussi coupables qu’Adolf Eichmann qui régulait le flux des trains vers Auschwitz, et ils sont aussi peu conscients que lui du caractère condamnable de leurs actes. Or ne pas voir le mal où on le fait porte un nom : la perversion. Ce décalage dans la perception de ce qui est violence sexuelle et ce qui ne l’est pas est une preuve criante que la parole de la femme n’a pas encore acquis la valeur que possède celle de l’homme. Le fait qu’en changeant de prisme un viol n’en soit plus un – alors qu’un meurtre en est toujours un, un vol également – ne peut s’interpréter autrement que comme cela : la femme ne sait pas ce qu’elle veut, c’est l’homme qui le sait. La parole de la femme est, peu ou prou, assimilée à celle d’un enfant |
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